International

Une nouvelle cartographie se dessine dans le textile

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:4712 Le 19/02/2016 | Partager
La Chine cède la place à ses voisins comme le Bangladesh
Pétrole, dollar, accords douaniers… changements dans la chaîne d’approvisionnement

Les salaires en Chine augmentent rapidement, ce qui incite des entrepreneurs chinois à délocaliser des activités de sous-traitance (Ph. AFP)

Appréciation du dollar par rapport à l’euro, chute des prix du pétrole, nouveaux accords douaniers,  évolution des salaires… Ce sont là les quelques facteurs qui ont modifié la géopolitique du prêt-à-porter. Des années durant, l’industrie du textile vivait grâce à une production peu coûteuse en Asie. Mais une nouvelle rupture est en train de se dessiner. Avec 39% du marché, la Chine reste de loin le 1er exportateur mondial de vêtement. Viennent ensuite, le Bangladesh (5%), puis l’Inde et le Vietnam (4%). A cette liste, d’autres sourcing arrivent en force. En effet, le Vietnam, le Cambodge et la Birmanie se voient plus compétitifs dans leurs exportations sur le marché européen. Les deux premiers pays bénéficient d’accords douaniers avantageux. L’accord de libre-échange UE-Vietnam permettra d’exploiter l’énorme potentiel que présente le marché vietnamien pour les entreprises européennes. L’accord comporte toutes les dispositions essentielles du nouveau système juridictionnel des investissements en cours de négociations. Malgré l’offensive turque qui continue sur le marché du textile et d’habillement mondial, la Chine s’appuie sur ses propres forces.
En raison des taux de change, les chiffres sur les importations chinoises de textile-habillement en Europe montrent une hausse en valeur de 6,9% en 2015 mais une baisse du volume de 12,2%. Plus de 60% des entreprises de distribution avaient estimé fin 2015 que les fluctuations monétaires pouvaient se traduire par une hausse des prix de vêtements sur les marchés cette année, selon une enquête de l’Institut français de la mode (IFM) cité dans Le Monde daté du mercredi 17 février 2016. Il en ressort aussi que 49% des sondés comptaient de baisser leurs approvisionnements en Chine cette année.
Des stratégies se mettent aussi en place face à la concurrence des pays qui proposent des salaires minimums moins élevés. Il est question même d’une «nouvelle géopolitique de la filière textile». L’impact de l’appréciation du dollar est aussi à prendre en compte. La hausse de plus de 20% de la devise américaine depuis l’été 2014 pèse en effet sur les exportations. Cela s’est traduit aussi par une pression sur les prix des approvisionnements en Asie.
L’évolution du billet vert n’est pas le seul facteur cité dans la chaîne d’approvisionnement dans le secteur du textile. Les salaires en Chine augmentent rapidement, ce qui incite des entrepreneurs chinois à délocaliser des activités de sous-traitance, notamment dans l’habillement, vers des régions intérieures de la Chine mais aussi vers des pays voisins «bon marché» comme le Vietnam, le Cambodge ainsi que le Bangladesh, d’après des études du Cedith (Cercle euroméditerranéen des dirigeants du textile et de l’habillement). En Chine, le salaire mensuel varie entre 188 et 300 euros loin devant ce qui se pratique au Bangladesh qui reste le moins cher (80 euros par mois en moyenne).  Pour d’autres études, la baisse du prix du pétrole contribue à rendre plus attractif les prix des fibres synthétiques. Explication: «la chute des cours a limité la demande de coton et par ricochet, la pression sur les cours de cette fibre». La bonne nouvelle pour la filière textile vient aussi de la baisse du coût de l’énergie pour les industriels.

Le textile marocain toujours
en difficulté

En 2015, les ventes des secteurs textile et cuir et électronique ont enregistré un léger repli, selon les chiffres de l’Office des changes. Elles reculent de 1,5% par rapport à 2014. Rien que pour le mois de janvier 2016, le textile affiche une baisse de 9,5% de ses exportations. Vêtements confectionnés, articles de bonneterie, chaussures… tous les indicateurs sont au rouge. En tout, les textiliens marocains ont à peine vendu 2,9 milliards de dirhams de produits.
Le principal client du Maroc est l’Union européenne. Le Maroc reste très concurrencé par la Turquie, le Bangladesh, le Vietnam et la Chine sur le marché européen, notamment au niveau de l’export de jeans. Ces quatre pays -gros producteurs- fournissent l’essentiel de l’Union européenne en jeans à hauteur de 62% des exportations totales et 69% en termes de pièces. Ce sont d’ailleurs les mêmes concurrents sur le marché du textile en général (cf. notre édition N° 4539 du 03/06/2015).

F. Z. T.

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