Competences & rh

ANALYSE
Universités: Sahraouis, gauche radicale, Amazighs, islamistes,... un cocktail Molotov

Par L'Economiste | Edition N°:4699 Le 02/02/2016 | Partager

Agadir: Les forces de l’ordre sur le qui-vive

DES incidents sanglants, l’Université Ibn Zohr (UIZ) en a connu en ce début d’année. Lors d’affrontements entre jeunes

sahraouis dans la cité universitaire, un étudiant en 2e année de droit à la faculté de droit d’Agadir a assené un coup mortel à un jeune de 19 ans, au niveau de la tête. La victime, qui ne fait pas partie des étudiants de l’UIZ, n’aurait pas dû se trouver à l’intérieur de la cité universitaire. Mais ce n’est pas le seul dérapage à signaler. Au début du mois de janvier 2016, et après le match qui a opposé le Raja de Casablanca au Hassania d’Agadir, des affrontements ont eu lieu dans l’environnement des facultés. Un règlement de compte, nous indique-t-on, entre des étudiants séparatistes qui en voulaient à des supporters de Hassania, les «Ultras Imazighen» de leur nom. Résultat, des policiers blessés et 12 étudiants arrêtés.
En mars 2014, des étudiants en provenance de Zagora, avaient déclenché des violences. Ils réclamaient les mêmes droits que les étudiants des provinces du Sud, qui bénéficient des bourses sans passer par une commission. Un certificat de résidence étant suffisant. Le bilan était assez lourd du côté des forces de l’ordre, 12 membres hospitalisés et des véhicules incendiés. En 2015 par contre, le climat général était plutôt calme malgré des tensions. Les responsables ayant mis en place tout un système de gestion pour contenir les débordements et trouver des terrains d’entente. Les forces de l’ordre sont aussi mobilisées dans leurs fourgons en permanence devant les établissements universitaires, et dans le quartier Assalam où résident beaucoup d’étudiants, pour intervenir en cas de besoin. Souvent, les facultés à Agadir sont le théâtre des manifestations motivées selon le cas par les étudiants sahraouis, radicalistes ou amazighs... Des sit-in dont le théâtre peut être l’extérieur des établissements, la cour, voire l’intérieur des locaux administratifs! C’est ainsi que l’accès à l’administration est désormais limité (cas de la faculté de droit)
Après la fin des examens, enseignants et personnel administratif ont été félicités lors du dernier jour de surveillance pour avoir mené à bien leur mission, malgré les contraintes. Une véritable prouesse.
F. N.

 

 

Tanger-Tétouan: Calme, mais à surveiller

C’EST avec une attention toute particulière que les différents acteurs du monde universitaire à Tanger suivent les récentes tensions que connaissent les campus universitaires des autres villes du Maroc. Même si jusqu’à maintenant, Tanger et Tétouan semblent immunisées contre ce type de dérapages. L’ambiance au Nord est en général assez calme, en raison, entre autres, de la jeunesse des installations universitaires mais aussi de l’atomisation des installations, réparties entre Tanger, Tétouan et la toute récente faculté polydisciplinaire de Larache.
En effet, ce n’est qu’en 1995 que la faculté des sciences et techniques de Tanger a été lancée, suivie deux ans après par la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales. Mais l’engorgement actuel et la montée en flèche des effectifs (le nombre de bacheliers a été multiplié par trois depuis 2010 au niveau de la région) ne sont pas de nature à rassurer. A Tétouan, la situation tend vers le calme, même si la tension reste notable, selon des sources au sein de la faculté des sciences. Les différentes tendances du mouvement estudiantin (Al Adal Wal Ihsane, PJD, Annahj Addimocrati) sont depuis longtemps bien représentées à Tétouan (la faculté des sciences et celle des lettres de Tétouan ont été inaugurées en 1982), mais leurs affrontements verbaux n’ont que très rarement dérapé.
A.A
 

Marrakech: Terrain miné

LES derniers affrontements entre étudiants  à Marrakech et qui ont fait un mort ne sont pas les premiers. C’est même devenu une scène annuelle puisque, à chaque rentrée universitaire, les facultés des sciences humaines et des sciences juridiques de Marrakech s’embrasent avec des batailles rangées entre étudiants, ou encore entre étudiants et forces de l’ordre. La proximité de ces facultés avec la cité universitaire fait que les conflits durent plusieurs heures, avec des jets de pierres et de cocktails molotov et des agressions à l’arme blanche, faisant des blessés. A l’origine de ces affrontements, toujours les mêmes causes: des heurts entre factions radicales d’étudiants, en l’occurrence les Saharaouis des provinces du Sud. Si en 2016, ils se sont opposés à des étudiants, membres du mouvement culturel amazigh avec un bain de sang, l’an dernier, l’origine des heurts était une bagarre entre deux étudiantes résidentes partageant la même chambre à la cité universitaire. Et comme d’habitude, il n’en fallait pas plus pour que les étudiants résidant dans la cité universitaire en viennent aux mains et se servent des armes blanches avec deux clans qui s’affrontaient: celui des étudiants d’El Kelaat contre leurs camarades sahraouis.  En 2014, les résidents de la cité universitaire  sont sortis dans la rue parce qu’ils n’avaient pas trouvé de lits disponibles. Et puis, ils ont manifesté contre les conditions de vie et la cantine…Ces mouvements cycliques menacent aujourd’hui la vie estudiantine des autres étudiants, de la faculté de droit et de la faculté des sciences humaines qui s’enflamment tout aussi facilement, mais également des riverains qui subissent des actes de vandalisme à chaque bagarre.
B. B.
 

Rabat: Les islamistes dominent

Outre les protestations des étudiants en médecine contre le projet de service obligatoire, à Rabat, l’année 2015 a été marquée par le mécontentement des étudiants de l’Ensias (Ecole supérieure d’informatique et d’analyse des systèmes). Sit-in et grèves de la faim ont été organisés au sein de l’école afin de protester contre le déficit en capacité d’hébergement, et le retard dans l’achèvement des travaux de la dernière tranche de la résidence estudiantine. Sans compter les problèmes liés à la restauration, à la connexion au réseau internet... En décembre dernier, la faculté de droit de Souissi a aussi connu des contestations de la part des étudiants: sit-in, marches au sein de l’établissement… ce qui a poussé la direction de la faculté à revoir le calendrier des examens. Pour l’ensemble de ces actions, l’on peut constater le rôle important joué par les membres d’organisations à tendance islamiste, notamment d’Al Adl Wal Ihsane dans la mobilisation des étudiants. Ces groupes sont bien représentés dans la majorité des établissements de l’Université de Rabat grâce à un travail permanent de proximité. Les organisations estudiantines de la majorité des partis politiques, aussi bien de gauche que de droite, sont absentes. Mais au niveau de l’Université Ibn Tofaïl à Kénitra, en plus des islamistes, l’on y trouve également des étudiants affiliés aux partis d’extrême gauche. Contrairement aux années précédentes, marquées par des grèves et de fortes mobilisations pour différents problèmes (accès au master, transport, restauration….), 2015 a été plutôt calme. Cela est en partie dû à la stratégie adoptée par le nouveau président de l’université, selon un enseignant. Une stratégie fondée sur l’ouverture au dialogue avec les représentants des étudiants,  en vue trouver des solutions aux problèmes posés.
N.E.A.
 

Oujda: Après la tempête, le consensus

Fini les sit-in et les protestations quasi annuelles pour le report des examens à Oujda. Cette année, les étudiants ont

proposé un calendrier que l’administration a accepté afin d’apaiser les tensions. Une première au niveau de l’Université Mohammed Premier (UMP). Les examens qui devaient avoir lieu à partir du 12 janvier ont été reportés au 2 février pour les étudiants inscrits en cycle de licence fondamentale et master. Des examens qui concerneront 57.000 inscrits et qui se tiendront au niveau  des facultés à accès ouvert: Lettres (du 2 au 5 février), sciences (du 2 au 16 février) et droit (du 2 au 9  février). L’unique exception concerne les étudiants en master qui ont passé leurs examens en janvier.
Les cours se sont déroulés normalement et aucun incident n’a été enregistré au cours du 1er semestre entre les étudiants et les services de l’ordre.  Le problème sera, cependant, posé au cours du 2e semestre. «Avec des examens en février et résultats en mars, c’est carrément 2 mois de retard qui impacteront la qualité des formations et des préparations pour les examens de fin d’année en juillet», précise Hassan, un étudiant en économie. Cela reste, néanmoins, mieux qu’avant. Les années précédentes, l’UMP ne parachevait ses examens qu’en septembre. «Cela est devenu une habitude à l’UMP de finir l’année  universitaire l’an suivant. Et nous demandons que l’administration et les services de sécurité protègent les étudiants qui veulent passer leurs examens à temps», explique Hassan.
Les mesures de sécurité, prises au niveau de l’UMP, consistent en une programmation alternée des horaires d’examen dans les établissements à forte affluence, avec des dates spécifiques pour chaque filière. Quant à l’intervention des services de l’ordre, elle se fait à la demande des doyens et du président,  en cas d’émeute ou de blocage des portes d’accès aux salles d’examen.
Le courant amazigh est celui qui domine à l’université, suivi de celui d’Annahj Addimocrati.

 

 

Fès: Le campus Dhar El Mehraz échappe à tout contrôle

A Fès, les établissements de Dhar El Mehraz, relevant de l’Université Sidi Mohammed Benabdallah, connaissent

régulièrement des affrontements pendant l’année. Les événements de novembre dernier ont marqué les esprits. Le  retour en force des radicaux de gauche et des islamistes font du campus de  Dhar El Mehraz l’un des plus mouvementés de la capitale spirituelle. Avec ses trois établissements, le campus concentre près de 80% des effectifs contre seulement 20% au campus Saïss. Cette situation s’explique par le fait que tous les établissements sont à accès ouvert. L’existence de la cité universitaire au milieu du campus et donc le flux d’étudiants à l’intérieur de la cité échappe à tout contrôle. «Il faut noter que ces événements sont très rares, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Cependant, ils sont amplement médiatisés», avance Omar Assobhei, président de l’université. A titre d’exemple, le nombre de séances de cours réalisées dans tous les établissements en 2015 a dépassé la moyenne des années précédentes. «Mais il est vrai que des incidents tragiques regrettables ont eu lieu, suite aux confrontations entre groupuscules instrumentalisés qui veulent imposer leurs règles, sans fondement démocratique, réglementaire ou institutionnel convaincant», reconnaît Assobhei.
L’université, consciente de ce problème, a développé une stratégie intégrée de restructuration, y compris du campus Dhar El Mehraz. Elle prévoit la modernisation du campus universitaire Agdal, sa réhabilitation, sa dotation en infrastructures socioculturelles et sportives, … bref, en faire un espace à la hauteur des aspirations de toutes les composantes de l’université. La stratégie envisage aussi l’intensification des animations culturelles et sportives, où le dialogue et la communication occupent une place privilégiée. La promotion du dialogue, de la tolérance et de la culture des droits de l’homme est également mise en avant.
Y.S.A.

 

 

Casablanca: Les courants se côtoient, mais sans croiser le fer

L’université de Casablanca n’est pas en reste des différents courants de pensées qui fédèrent de nombreux étudiants.

Sauf que dans la plus grande université du Maroc (99.242 étudiants), ces courants se côtoient, sans pour autant croiser le fer. La vie estudiantine dans les établissements casablancais est plutôt calme, mis à part les cités universitaires qui connaissent de temps à autre des frictions, impliquant la plupart du temps des étudiants sahraouis. «Notre baromètre, ce sont les examens du premier semestre, et ils se sont déroulés sans incidents», déclare le président de l’université, Driss Mansouri. En 2015 aussi il n’y a pas eu de perturbations majeures, à part une protestation des étudiants de la faculté des sciences qui ont réclamé plus de temps pour les révisions. L’administration a fini par leur accorder deux jours supplémentaires. «Les revendications ne sont généralement pas politisées. Elles concernent le plus souvent le transport, les bourses,… des éléments qui ne relèvent pas directement de l’université. Nous essayons néanmoins de satisfaire leurs attentes dans la mesure du possible et d’être à l’écoute», soutient Mansouri.
Casablanca est traditionnellement le bastion de l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc). Le mouvement, dominé par Al Adl Wal Ihsane, est presque invisible et réussit de moins en moins à mobiliser les étudiants. Ne reconnaissant pas la «légitimité» de l’administration, il refuse de participer aux élections des représentants des étudiants au sein du conseil d’université et de son conseil de gestion. C’est aussi le cas des partisans d’Annahj Addimocrati. «Ce sont souvent des étudiants de la jeunesse des partis politiques qui se présentent à ces élections obligatoires de par la loi. Nous comptons 3 étudiants dans le conseil d’université, de la licence, du master et du doctorat, et un dans le conseil de gestion», précise le président. Cependant, ces élections attirent très peu de jeunes. Afin de mieux les encadrer et de les motiver, un appel à projets pour la création de clubs thématiques d’étudiants (culture, sport, social,…) a été lancé. Un à deux par établissement seront sélectionnés et bénéficieront d’un financement et d’un accompagnement de l’université.
A.Na

 

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