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Chronique

Bienvenue chez les néo-entrepreneurs

Par Hamid BOUCHIKHI | Edition N°:4633 Le 23/10/2015 | Partager

Hamid Bouchikhi est professeur de management et entrepreneuriat, directeur du centre Impact entrepreneurship Essec, France (Ph. H.B.)

Ils sont l’autre visage de la jeunesse marocaine: éduqués, branchés sur le monde, confiants en eux-mêmes, collaboratifs et ambitieux. Ils ne sont ni la jeunesse dorée des beaux quartiers, ni la jeunesse diplômée qui manifeste devant le Parlement pour exiger un emploi. Ils rêvent de changer le pays mais n’ont pas participé aux manifestations de février 2011. On les voit au Technopark de Casablanca et dans les évènements dédiés à l’entrepreneuriat à travers le pays. Ils sont différents de leurs aînés qui ont prospéré dans l’immobilier, l’agriculture exportatrice,  l’industrie légère ou les services. Ils sont les néo-entrepreneurs marocains.
Combien sont-ils? Il est difficile de répondre par manque de statistiques sur le phénomène entrepreneurial marocain.  On peut raisonnablement estimer qu’ils sont quelques centaines à créer ou à nourrir une forte intention de créer une start-up. Quel est leur impact sur la croissance économique? Il est trop tôt pour y répondre car, à quelques exceptions  qui se comptent sur les doigts d’une main, les néo-entrepreneurs sont à la tête de jeunes entreprises dont la promesse est plus visible que les réalisations.
Puisque nous ne connaissons pas leur nombre et qu’il est trop tôt pour mesurer leur impact, essayons d’en esquisser un premier portrait sociologique. Les néo-entrepreneurs marocains sont âgés entre 25 et 35 ans,  ont fait des études supérieures, en France ou en Amérique du Nord, sont à l’aise avec les langues et maîtrisent internet et les réseaux sociaux. Ils sont nés et ont grandi dans un environnement marqué par deux faits majeurs: le développement explosif des technologies de l’information et l’intégration du Maroc dans la mondialisation. Il est naturel, par conséquent, que les néo-entrepreneurs marocains créent des entreprises basées sur les NTIC et soient branchés sur le monde  pour en importer des modèles économiques ou pour y trouver des débouchés commerciaux, des ressources financières ou des sources de contacts et d’inspiration. En simplifiant, on peut dire que là où leurs aînés cherchaient à constituer des rentes à l’abri de la concurrence, notamment internationale, les néo-entrepreneurs sont plus conquérants, ne craignent pas la concurrence et embrassent le monde.
Contrairement à leurs aînés, les néo-entrepreneurs marocains ne craignent pas de solliciter des investisseurs. Au risque, là encore de schématiser, on peut dire que les néo-entrepreneurs marocains cherchent plus à  devenir un petit poisson dans un grand lac qu’un gros poisson dans un petit lac(1). Autrement dit, ils mettent plus de valeur sur la possession d’une partie d’une grande entreprise que sur la totalité d’une petite entreprise. On reconnaît là l’effet de contagion culturelle heureuse de la Silicon Valley.
L’ouverture des néo-entrepreneurs sur la question de l’investissement va de pair avec leur ouverture sur l’écosystème et leur propension à solliciter les ressources qu’ils peuvent y trouver. Là où le réflexe premier de leurs aînés était de travailler tous seuls et d’en dire le moins possible sur son projet, y compris parfois à son banquier par crainte de se le voir «piquer»,  les néo-entrepreneurs sont moins autarciques. Ils n’hésitent pas à «pitcher» leur projet dans les réunions dédiées aux entrepreneurs, à solliciter l’accompagnement de tel ou tel réseau d’appui, et à s’associer avec d’autres entrepreneurs.
Les néo-entrepreneurs n’ont pas de revendications vis-à-vis de l’Etat, des banques ou autres institutions établies. Ils ont compris que leur destin est entre leurs mains et qu’il leur faut d’abord faire la preuve. De ce point de vue, les néo-entrepreneurs sont en rupture avec un très large segment de la population, y compris parmi les jeunes, qui continue à penser que les institutions leur doivent un travail, un revenu, un crédit, un logement… ou la protection contre la concurrence étrangère.
Au lieu de revendiquer des aides, les néo-entrepreneurs réclament la levée des obstacles qui entravent  leur action. L’accès au marché figure en haut de leurs préoccupations. Les grands donneurs d’ordre privés leur accordent difficilement une chance. Les  exigences de participation aux marchés publics les excluent d’office ou les obligent à faire partie d’un consortium à des conditions défavorables. Quand ils arrivent à obtenir des commandes, un autre parcours du combattant commence pour encaisser les factures. Les délais de paiement, dans le secteur privé comme public, sont une honte et doivent constituer une priorité nationale.
Après l’accès au marché, les néo-entrepreneurs souffrent de la difficulté d’accès au financement. Contrairement à leurs homologues américains et européens, ils n’ont pas dans leur écosystème les business angels, accélérateurs et fonds d’amorçage capables de miser sur une équipe prometteuse et l’aider à faire la preuve de concept technique et commercial de son projet. Tant que le pays n’aura pas correctement adressé ce trou dans l’offre de financement, il sera difficile de générer un flux de start-ups suffisamment éprouvées pour justifier l’intervention de fonds de capital-risque et l’accompagnement bancaire.
Enfin, les néo-entrepreneurs ont du mal à accéder à un capital humain de qualité.  Dans un pays où de très nombreux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ne trouvent pas de travail, il est paradoxal de constater la difficulté pour un entrepreneur de trouver des collaborateurs bien formés, autonomes et créatifs. La difficulté d’accès au capital humain est aggravée par la concurrence avec les grandes entreprises dont l’attrait auprès des jeunes Marocains reste encore très élevé. Les entrepreneurs à potentiel, c’est bien connu, ne peuvent pas offrir une rémunération immédiate compétitive et doivent pouvoir offrir de la rémunération différée et liée au succès de leur entreprise. Pour les aider, les pouvoirs publics devraient travailler, notamment mais pas seulement, sur les conditions d’octroi et la fiscalité des stock-options.
Les néo-entrepreneurs peints dans ce portrait sont peu nombreux à l’échelle de la population marocaine mais leur impact sur la croissance et le développement du pays peut être immense. Il suffit de quelques dizaines de grandes réussites pour faire bouger significativement l’aiguille du PIB et accélérer l’émergence du pays. Les pouvoirs publics et les acteurs privés de l’économie marocaine ont intérêt à mieux les connaître pour mieux abolir les entraves qui se dressent sur le chemin de la création de richesse.

Néo-entrepreneuses aussi

La diversité de genre est un marqueur fort des néo-entrepreneurs. L’observateur est frappé par la forte présence des jeunes femmes sur la scène entrepreneuriale. Même si cela ne constitue pas forcément leur motivation première, les jeunes néo-entrepreneures marocaines accomplissent une mission sociale majeure dans un pays où l’exclusion économique des femmes constitue une entrave sérieuse au développement.

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(1) Being a small fish in a large pond rather than a big fish in small pond.
 

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