Politique

Nabila Mounib au Club d’Assabah
Sahara: Les limites de la diplomatie d’urgence

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4628 Le 16/10/2015 | Partager
Acteurs économiques, intellectuels, société civile... doivent aussi défendre la cause nationale
Des missions économiques pourraient prendre le relais
La SG du PSU qualifie son déplacement en Suède de «mission accomplie»

«La meilleure stratégie de défense des intérêts du Royaume passe d’abord par l’économie», soutient Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU)

Manque d’initiative, autocensure, monopole des dossiers sensibles… Ce sont quelques-unes des limites en matière de gouvernance diplomatique, révélées par la récente position de la Suède sur la question du Sahara marocain. C’est ce qu’affirme Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU), qui a présidé une délégation de partis marocains de gauche les 5 et 6 octobre à Stockholm. Cette délégation a eu, rappelons-le, une série de rencontres avec des dirigeants politiques et des députés représentant différentes tendances du paysage politique suédois.
Mounib, invitée du Club d’Assabah, a tiré une série d’enseignements au terme de ce déplacement, qu’elle qualifie de «mission accomplie». Au lieu d’adopter une approche «sécuritaire», la diplomatie marocaine gagnerait à opter pour une approche «participative».
Ce qui s’est passé ces dernières semaines avec la Suède en est un exemple édifiant. Le Maroc a dû recourir à la diplomatie d’urgence pour obtenir des résultats, à savoir que le gouvernement social-démocrate en place depuis septembre 2014 précise désormais que la reconnaissance de la prétendue «Rasd» n’est pas à l’ordre du jour. L’absence d’un ambassadeur marocain à Stockholm depuis janvier 2014 (l’ancien Bouchaâb Yahdih vient d’être nommé wali de la région Laâyoune-Sakia El Hamra) n’a pas arrangé les choses non plus. Mais «les meilleurs ambassadeurs du Maroc restent ses ressortissants à l’étranger», estime Mounib. Beaucoup de MRE ont d’ailleurs montré leur sympathie lors du déplacement de la délégation de gauche à Stockholm. «J’ai noté un élan exceptionnel que ce soit au Maroc ou à l’étranger, mais encore faut-il disposer de l’information au moment opportun, pour pouvoir réagir», précise la leader de gauche. Il faut aussi s’armer d’arguments nécessaires avec une logique et de la rationalité (données historiques, politiques, juridiques, économiques …).
Pour mieux défendre la cause nationale, Mounib appelle désormais à l’activation d’une «diplomatie forte », mais surtout «participative». Elle doit intégrer, selon elle, outre les hommes politiques, des acteurs économiques, intellectuels, activistes de la société civile... «Des missions économiques pourraient aussi prendre le relais, notamment dans des domaines comme les énergies renouvelables», suggère-t-elle. La meilleure stratégie de défense des intérêts du Royaume passe d’abord par l’économie. «Cela contribuera à réduire l’impact du boycott de certains produits marocains sur le marché suédois», affirme Mounib. Il faudra cibler aussi les autres  pays scandinaves (Norvège, Danemark, Finlande…), les Pays-Bas … où la diplomatie marocaine est peu présente.
A condition de mettre les moyens humains et financiers qu’il faut. Pour Mounib, il faudra prévoir un budget spécifique pour ce genre d’activités des partis. «J’ai dû faire récemment des déplacements à Istanbul et Palerme à mes frais afin de défendre la cause nationale», déplore-t-elle.
A Stockholm, la mission de la délégation s’est trouvée devant trois écueils majeurs, en l’occurrence la sympathie de la société civile suédoise avec le Polisario et les populations de Tindouf, l’image négative qu’a la société suédoise sur le Maroc, outre la question de reconnaissance et ses mécanismes intérieurs qui ne sont pas connus avec exactitude.
Mounib a tenu à préciser que la délégation a eu des réunions fructueuses avec des hommes politiques, des parlementaires, des acteurs de la société civile et des présidents de think tank suédois et étrangers sur les développements de la position de Stockholm au sujet de l’intégrité territoriale du Royaume (voir aussi encadré). «L’éclaircissements sur le contexte historique et humain de la cause nationale s’est traduit par un revirement suédois sur cette question et a permis de dissiper l’amalgame entre la question palestinienne et le dossier du Sahara», poursuit Mounib. Certes, la pseudo «Rasd» a perdu pas moins de 44 reconnaissances à la fin 2014 (elles sont passées de 80 à 37). D’autres sont en cours. «Il ne faut pas pour autant se reposer sur ses lauriers, mais poursuivre les efforts avec l’engagement de tous», conclut-elle.

Dissiper les amalgames

AU siège du Riksdag, Chambre unique du Parlement suédois, les membres de la délégation de gauche, conduite par Nabila Mounib, ont eu des entretiens avec les membres de la Commission des Affaires étrangères au parlement suédois, en présence notamment de son président Kenneth G. Forslund, du Parti social-démocrate au pouvoir, de sa vice-présidente, Pernilla Stalhammar, du Parti des verts, également membre de la coalition conduite depuis 2014 par le Premier ministre Stefen Lofven, ainsi que Karin Enström du Parti des modérés. Un meeting a également eu lieu avec Tobias Billstrom, premier vice-président du Parlement, ainsi qu’avec l’un des leaders du Parti de gauche, et qui coiffe aussi le Comité Al Qods au Parlement suédois, Torbjörn Björlund. Cette dernière rencontre visait surtout à dissiper l’amalgame entre la question palestinienne et celle du Sahara marocain.

Aziza EL AFFAS

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc