Politique

Présidence de la Chambre des conseillers
Une élection qui révèle le grand désordre

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4628 Le 16/10/2015 | Partager
La majorité désormais disloquée
Rupture nette dans les rangs de l’opposition
Les grands partis contraints d’opérer de profonds changement en vue des législatives de 2016

L’opposition farouche au chef du gouvernement, incarnée par Hakim Benchamach, a fini par payer, en le propulsant président de la Chambre des conseillers

Une seule voix a fait la différence et consacré Hakim Benchamach président de la Chambre des conseillers. Le PAM conserve donc le perchoir, occupé par Mohamed Cheikh Biadillah depuis 2009. Du coup, la Chambre des représentants est dominée par la majorité, celle des conseillers est désormais contrôlée et présidée par l’opposition la plus farouche, le PAM. Ce qui crée un contrepoids à la majorité politique.
Cependant, la séquence de cette élection, qui clôture un processus électoral démarré en juin dernier, aura des répercussions politiques. D’abord, l’impact sur la cohésion de l’équipe de Abdelilah Benkirane n’est pas encore mesuré. A la fin de toutes ces élections (représentants du personnel, Chambres professionnelles, communales et régionales, renouvellement de la Chambre des conseillers), on assiste à l’éclatement de la majorité, avec un fossé béant qui sépare ses composantes. En effet, le MP et le RNI ont décidé de voter en faveur du candidat du PAM. Les deux autres, le PJD et le PPS, ont choisi son concurrent, celui de l’Istiqlal, sachant que les deux candidats sont de l’opposition. En outre, la majorité a demandé à son candidat déclaré Abdelatif Ouammou de se retirer de la course à la présidence de la Chambre des conseillers. L’objectif, inavoué, est d’éviter de se donner en spectacle et confirmer officiellement que la majorité est disloquée. D’ailleurs, le PPS a publié un communiqué de presse la veille qui dénonce  l’attitude des parlementaires du MP qui ont décidé de voter en faveur de Hakim Benchamach.
Ce désordre dans la scène politique montre que le mal est profond dans les rangs de la majorité, mal tenue par Abdelilah Benkirane. Le chef du gouvernement est interpellé pour remettre de l’ordre à l’intérieur de sa maison. En effet, le désordre dans l’échiquier politique a atteint son summum. D’autant que le PJD n’a pas voté pour l’Istiqlal pour faire plaisir à Hamid Chabat. Il l’a fait, par défaut, pour barrer la route à la candidature de Hakim Benchamach. Cet objectif était tellement fort qu’on a fini par mobiliser des représentants de l’UMT au 2e tour. Mais ces tentatives de faire tomber le candidat du PAM, par ailleurs président du Conseil national du parti, n’ont pas porté leurs fruits.
Au terme de ce marathon électoral, le monde politique  traverse une crise de positionnement et d’alliances. Voilà deux candidats de l’opposition et des partis de la majorité, divisés,  qui votent pour des candidats différents. Il est impératif de procéder à de profonds changements au sein des partis importants pour mieux se préparer aux élections législatives de 2016.
L’impact de cette élection laissera des stigmates sur l’opposition.  La coordination entre ses composantes, avancée comme une réplique à la majorité il y a quelque temps, vole en éclats. La rupture entre le PAM et l’Istiqlal est désormais actée. Deux blocs, chacun de son côté veut imprimer son rythme à cette Chambre, nouvelle formule, en conformité avec la Constitution de 2011. D’un côté, l’Istiqlal, accompagné par l’USFP, ne digère pas que la présidence lui a échappé alors qu’il était arrivé en tête de l’élection de la Chambre des conseillers. Il reproche au PAM de n’avoir pas respecté son engagement pris dans le cadre de l’accord de l’opposition, qui stipule que le perchoir reviendrait à la formation classée première. De l’autre, le PAM, avec l’UC, considère qu’il est le plus apte, en raison de son classement en tête du peloton lors des élections communales du 4 septembre.  Il est aussi le plus fidèle dans l’orientation de l’opposition. Depuis que Hamid Chabat a annoncé son alignement sur la majorité, conduite par le PJD, plus précisément dans le camp du «soutien critique», l’Istiqlal a perdu des points. D’ailleurs, cette élection semble consacrer l’isolement de l’Istiqlal sur la scène politique.
M.C.

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