Analyse

Casablanca: Qui détient le vrai pouvoir?

Par L'Economiste | Edition N°:4626 Le 13/10/2015 | Partager
Ville, région, préfectures: Les prérogatives des 3 conseils se chevauchent
Une nouvelle ère dans la gouvernance locale

Après les élections, l’heure est à  l’installation des 3 nouveaux conseils: régional, communal  et préfectoral, à Casablanca. Les nouveaux élus se penchent aujourd’hui sur le vote du règlement intérieur et la formation des différentes commissions.

Les pouvoirs élargis du président de la région confèrent à Mustapha Bakkoury (à gauche) des prérogatives que Abdelaziz El Omari (au milieu) risque de lui envier. Mais Khalid Safir, wali de la région, gardera un droit de regard sur toutes les décisions et les plans d’actions de la région

Mais au-delà de ces formalités (passage obligé avant le démarrage effectif), le flou reste entier sur le rôle exact de chaque conseil. Quelles sont les véritables prérogatives de chacune des 3 entités? Qui fait quoi au juste? Qui du PJD ou du PAM détient les ficelles du pouvoir? Faut-il s’attendre à des situations de blocage dans la configuration actuelle?
Sachant que le PJD a remporté la présidence de deux conseils sur 3, à savoir le conseil communal (Abdelaziz El Omari) et préfectoral (Mohamed Najib Amor). Pour sa part, le PAM s’est adjugé 30 sièges sur 75 du Conseil régional. D’ailleurs, c’est le SG de cette formation politique, Mustapha Bakkoury, qui préside désormais aux destinées de la plus importante région économique du Royaume (après avoir battu le pjdiste Abdessamad Haikar).
«Sur le papier, les 3 conseils ont pratiquement les mêmes compétences et prérogatives, mais c’est la pratique qui montrera qui aura finalement le dessus», explique Mohamed Zineddine, politologue et professeur universitaire. Le parti de la lampe jouera certainement la carte de la proximité, puisqu’il a réussi à faire tomber dans son escarcelle la majorité des arrondissements. En effet, sur les 16 arrondissements que compte la métropole, 12 sont présidés par le PJD. Ce qui assurera aux élus pjdistes une proximité par rapport aux citoyens et leurs besoins quotidiens.
Mais le vrai pouvoir est ailleurs. Certes, dans l’ancienne configuration, le Conseil de la ville avait toutes les latitudes dans le cadre du système de l’unité de la ville instauré dès 2003, alors que les conseils préfectoral et régional étaient pratiquement des coquilles vides. Mais aujourd’hui la donne a complètement changé. Avec la mise en place de la régionalisation avancée, les pouvoirs élargis du président de la région, tels que spécifiés par la loi organique 111.14 relative aux régions, laissent entrevoir une nouvelle ère dans la gouvernance locale.
En vertu de la loi régissant les régions, ce n’est plus le wali qui assume le rôle d’ordonnateur du budget. Ce sera désormais l’une des prérogatives du président de la région. Ce dernier est également chargé de l’application du plan d’actions établi pour 3 ans renouvelables. Le Conseil de la région est également appelé à élaborer les schémas de transport et à aménager le réseau routier. Le chef de la région est aussi chargé de gérer et de préserver le patrimoine de son territoire. Dans ce sens, il est habilité à octroyer les autorisations d’occupation du domaine public et à représenter sa région  devant les tribunaux …

Sur les 16 arrondissements que compte Casablanca, 12 sont tombés dans l’escarcelle du PJD. Le RNI en compte 3 et l'UC un seul

Parmi les principales missions du président de la région, figure aussi le recrutement des équipes qui vont gérer le territoire. «Le problème qui se posera est celui de pouvoir attirer les meilleures compétences dans la région, alors que le statut du fonctionnariat ne permet pas de dépasser un salaire équivalent à celui de l’échelle 11», commente le politologue Zineddine. Ce même problème s’est, rappelons-le, déjà posé lors du recrutement des équipes des SDL récemment lancées pour gérer plusieurs secteurs de la métropole. L’une des solutions serait de recourir aux ressources humaines disponibles au sein de la Commune urbaine de Casablanca (CUC). «La Commune dispose de plusieurs cadres et ingénieurs ayant les compétences qu’il faut. Il faudra juste les redéployer à l’échelle de la région, en ayant recours à un bon système de motivation», préconise le politologue.
En dépit des larges attributions accordées aux présidents des régions, l’autorité de tutelle, à savoir le ministère de l’Intérieur, représentée par les walis, gardera un regard vigilant  sur le fonctionnement des 12 conseils régionaux.
Bien qu’il exerce un rôle de contrôle, le wali verra cependant ses pouvoirs réduits. Mais le représentant de l’Intérieur contrôlera notamment le bien-fondé des décisions prises par la région. Il assiste aux conseils, supervise le bon fonctionnement des instances et valide les plans d’actions. Plus important, le wali a même le pouvoir de révoquer le président de la région, via un jugement en référé en cas de manquement. L’on revient ainsi, selon des analystes, à l’ancienne configuration en vigueur avec l’article 7 du Dahir de 1976, relatif à l'organisation communale. En somme, le wali a toujours un droit de regard sur l’ensemble des décisions.

 

Le quart du PIB national!

Bien qu’elle ne soit pas la plus grande en termes de superficie, la région Casablanca-Settat est caractérisée par la plus forte densité de population. Elle compte près de 7 millions d’habitants et représente près du quart du PIB national (24,5%). Selon le HCP, la création de richesse reste concentrée au niveau de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, à hauteur de 48%. Autrement dit, les deux régions concentrent la moitié de la richesse nationale. Elles recèlent notamment le principal des activités industrielles et de services, et autres filières créatrices de valeur ajoutée. L’actuelle reconfiguration du Grand Casablanca permettra d’imprimer une nouvelle dynamique à l’activité économique et industrielle dans toute la région, dans la mesure où certaines activités peuvent être transférées vers des zones industrielles à El Jadida ou Settat. Pour l’heure, les principaux indicateurs de la région ne sont pas encore disponibles. D’ailleurs, le HCP compte communiquer cette semaine sur les données et tendances fortes qui se dégagent dans les 12 régions.

Aziza EL AFFAS

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