Enquête

A Ksar Sghir, le parc éolien de Haouma vend déjà ses Mégawatts

Par L'Economiste | Edition N°:4546 Le 12/06/2015 | Partager
22 éoliennes, 50 Mégawatts, un investissement de près de 800 millions de DH
Le site est géré par Energie Eolienne du Maroc, une filiale de Nareva et de la CIMR
A quelques km de Ksar Sghir, le site alimente, entre autres, les cimenteries de Lafarge

Chez Energie Eolienne du Maroc, on se rappelle très bien

Le Parc de Haouma est le dernier parc éolien à être entré en service au Nord. 22 éoliennes le composent et génèrent de l’énergie électrique qui sera revendue à des clients privés

des premiers tours de pale dans le parc éolien de Haouma. Sa construction avait été lancée en janvier 2012 et avait duré 18 mois. Mais dès le 8 janvier 2013, plusieurs mois avant la fin des travaux, les premiers kilowatt-heures ont commencé à circuler bien avant que l’installation des éoliennes, 22 au total, n’ait été finalisée. «Dès la mise en place de la première éolienne, Haouma a commencé à produire de l’énergie. Ce sont d’ailleurs les premiers kilowatt-heures produits sous la loi 13-09» explique content, Mohamed Sebti, directeur du pôle énergie chez Nareva qui avec la CIMR est l’actionnaire de référence de EEM avec 75% des parts.

Haouma est un parc de taille moyenne avec 22 aérogénérateurs (éoliennes) d’une capacité totale de 50 Mégawatts. Il se situe à quelques kilomètres de Ksar Sghir à une trentaine de kilomètres de Tanger. Ses éoliennes avec 260 tonnes chacune, culminent à une hauteur de près de 300 mètres. L’ensemble mat et nacelle mesure 62 mètres, alors que les pales font 46 mètres de long chacune, soit la largeur d’un terrain de foot
 

Ce parc avait été lancé en parallèle avec deux autres, ceux de Akhfennir à 100 km au nord de Tarfaya et Foum El Oued dans les environs de Laâyoune. A eux trois ils disposent d’une capacité totale de 200 MW. Haouma en apporte le quart, soit 50 Mégawatts de capacité, de quoi alimenter une ville de la taille de Larache. Le parc est situé sur une colonne de crêtes à quelques kilomètres de Ksar Sghir. Ses mats qui plafonnent à 62 mètres de haut surplombent les quais du port TangerMed. Ils tournent au-dessus de petites collines toutes tachées de verdure où des troupeaux de chèvres paissent tranquillement, un calme que les éoliennes, symbole d’un développement durable respectueux

Le parc éolien de Haouma semble bien intégré dans son environnement. Sa construction a pris en considération les éléments environnementaux comme le bruit ou les couloirs de passage des oiseaux migrateurs. Il a en plus, permis aux habitants des douars environnants d’être désenclavés avec l’ouverture de plusieurs pistes. Le site est une source de revenus pour la population locale. 200 personnes des environs ont participé à sa construction, une vingtaine d’entre eux y ont gardé un emploi

de la nature, ne font que mettre en valeur.
Mais l’énergie produite à Haouma ne va pas alimenter le réseau public, elle est réservée aux quelques clients de Nareva comme les cimenteries de Lafarge de Casablanca et de Meknès, Air Liquide et plusieurs sites de Managem comme les mines d’Akka et Guemassa, plusieurs centaines de kilomètres plus loin. Cette prouesse est rendue possible par le biais de la loi 13-09, qui permet la vente de l’énergie produite directement aux clients finaux. L’ONEE s’occupe uniquement du transport, moyennant une rémunération, une sorte de droit de passage pour l’utilisation

Les parcs éoliens situés au nord prennent place sur des criques montagneuses, plus exposées aux vents. Les mats sont plus courts, mais leur transport et leur installation plus difficiles. Les pales mesurent 45 mètres. Les mats ont été fabriqués par Delattre Levivier Maroc à Casablanca. Longs de 62 mètres, ils n’ont pu être acheminés  par voie conventionnelle et ont dû prendre la mer pour atteindre le site via le port de TangerMed

des câbles du réseau national. Tout est bénéfice pour le producteur historique qui en plus évite d’investir dans une capacité additionnelle. En effet, l’objectif de l’éolien est de permettre de soulager les autres centrales de production d’énergie en apportant une source alimentée par la force du vent, explique Sebti. Mais le caractère imprévisible de ce dernier a obligé à approcher le sujet de manière intelligente, d’où le choix risqué, selon Sebti de lancer trois sites en même temps. «Ce choix nous a permis de garantir la disponibilité de la fourniture d’énergie électrique à nos clients»

La technologie aidant, le contrôle de ce type d’installations se fait à partir d’un banal poste PC. L’ensemble des données est disponible sur l’écran avec un contrôle de l’ensemble des paramètres des éoliennes

avance le patron du pôle énergie de Nareva. En effet, vu la distance séparant les sites de production, il est peu probable que les variations de la vitesse du vent les affectent tous en même temps.
Heureusement pour Haouma, la moisson a été bonne lors de la première année, le taux de disponibilité a été de 95% lors de la première année avec une production qui a atteint alors les 190 Gigawatt-heures tout en évitant l’émission de quelque 150.000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère par an. Ce qui n’étonne pas ceux qui connaissent la région, brassée de manière quasi continue par les vents du Détroit.

C’est à l’intérieur de ces nacelles, au sommet des tubes, que la magie se fait. Construites par Siemens, elles contiennent le générateur d’énergie ainsi qu’une boîte de vitesse sophistiquée qui permet d’adapter la vitesse de rotation des pales aux besoins de ce dernier. En plus, la nacelle contient divers éléments annexes comme le système de guidage qui permet d’orienter les pales en fonction du vent. un concentré de technologie dont le poids avoisine les 82 tonnes

Une productivité d’autant plus élevée que les contraintes étaient nombreuses et variées. C’est le cas des études d’impact qui ont privilégié l’environnement.  Les hélices des éoliennes ont été placées sur les crêtes en évitant le passage des oiseaux migrateurs quitte à délaisser des crêtes plus ventées, assure Sebti. De même pour les nuisances sonores et l’effet stroboscopique que peuvent provoquer les pales et qui auraient pu déranger les douars avoisinants. La phase de construction n’était pas aussi des plus calmes, se rappelle Sebti. «Le terrain était très accidenté et il y avait beaucoup de vent. Car dès que la vitesse atteignait les 9 mètres par seconde, on devait arrêter le travail» explique-t-il. En effet, les grues pour le montage ne peuvent travailler dans des conditions très ventées, or à Haouma, le site a été choisi spécialement pour ce caractère spécial…

Le parc éolien de Haouma, c’est aussi un site de contrôle qui intègre un poste de transformation pour adapter la tension à celle du réseau électrique. Ce dernier sert de voie de transport avant d’alimenter des clients comme les usines de Lafarge à Meknès et Casablanca

La logistique lors de la phase de construction a aussi donné du fil à retordre pour les entreprises en charge. Les pales ont été acheminées du Danemark et les nacelles d’Allemagne, mais ce sont les tubes de mats construits à Casablanca par Delattre Levivier Maroc qui ont posé le plus de casse-têtes pour leur transport. Finalement, dans l’incapacité de faire amener ces gros tubes par route, trop complexe, selon Sebti, c’est par bateau qu’ils ont été amenés jusqu’à Tanger. Mais au final, cela a permis d’augmenter le taux d’intégration local qui est passé à 40% pour le cas de Haouma, un plus non négligeable.

 

Les autres sites éoliens du Nord

Koudia Al Baida
Lancé en 2000, il s’agit du premier parc éolien du Maroc. Il dispose de 91 éoliennes et d’une capacité installée de 50 MW qui sera doublée lors d’un changement de nacelles. Il est exploité par la Compagnie éolienne du Détroit, acquise en 2008 par Théolia. Une extension prévue devra porter la capacité totale du parc à 300 MW à moyen terme.
Dhar Saadane
Il est entré en service en 2010. Il dispose de 165 aérogénérateurs développant une capacité totale de 140 MW. Il est exploité par l’ONEE avec un investissement total de 2,75 milliards de dirhams. L’ONEE a lancé un deuxième appel d’offres pour la construction d’un parc éolien de 100 MW de capacité. L’adjudication est en cours.
Lafarge
Le cimentier a développé en propre un parc éolien destiné à alimenter sa cimenterie de Tétouan. Il a été inauguré en septembre 2005 avec une capacité de 10 MW. Elle a été relevée depuis pour atteindre les 32 MW, en suivant le plafond d’autoproduction permis par la loi. Ce qui permet de couvrir environ 70% des besoins en électricité de l’usine de Tétouan. L’investissement total a été de 500 millions de dirhams.
■ Jbel Soundouk
Projet lancé par UPC Renewables et dont la construction devrait démarrer cette année. Il s’agit d’un parc de 40 éoliennes dotées d’une puissance totale de 120 MW. L’investissement total prévu est de 1,5 milliard de dirhams.

Retombées sociales

Les premiers bénéficiaires de ce parc ont bien été les habitants des douars voisins. Ce sont Ain Âgayez, Dhar Kharroub, Ânassar et Hjira. L’une des premières retombées a été le désenclavement de ces douars, coupés du reste du monde par la construction d’une piste, celle qui mène aux sites des éoliennes et au poste de commandement.
Avant, les habitants des douars avoisinants devaient faire un détour de plus de 45 kilomètres. D’autres pistes ont été construites, à la demande des intéressés dans le cadre de l’INDH. Au total, ce sont 27 kilomètres de pistes qui ont été ouverts. Lors de la phase de construction aussi, les douars voisins ont été la principale source de main-d’œuvre. Plus de 200 employés ont ainsi été recrutés sur place. Actuellement, le site emploie à temps complet une dizaine de personnes.

Ali ABJIOU

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