Analyse

Fruits et légumes: Promotion: Trop d’acteurs et de déperditions

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:4541 Le 05/06/2015 | Partager
La veille et l’intelligence économique en panne
L’enjeu porte sur 1,5 million de tonnes

La filière des fruits et légumes doit opérer un grand virage pour s’adapter aux nouveaux modes de distribution. Tout particulièrement les primeurs. Le contexte se distingue par des marchés tendus avec une pression sur les prix pour les produits banalisés. Les distributeurs exigent plus d’imagination marketing de la part des fournisseurs: conditionnement unitaire, préemballé, avec dans certains cas un mélange de fruits et légumes. Ce qui va se traduire par des investissements en amont pour mettre en place une chaîne d’approvisionnement spécifique.
L’enjeu concerne également la politique de promotion et de communication. A cet effet, les professionnels sont formels: «Il est impératif de revoir la stratégie marketing». L’approche de participation aux foires et expositions menée jusqu’à présent est en décalage avec les perspectives du changement des réseaux. De plus, deux nouveaux organismes ont été investis de la promotion à l’export (l’Etablissement autonome du contrôle et de coordination des exportations (EACCE) et l’Agence de développement agricole) sans que cela n’améliore l’efficacité. Or, si l’Agence concentre son action sur les produits transformés, en particulier les produits de terroir, l’EACCE cible surtout les agrumes et les maraîchages. Ceci, en concurrence avec Maroc-Export qui a accumulé une expertise dans ce domaine. En coulisse, les professionnels ne cachent pas leur appréhension quant au retrait de Maroc-Export de la promotion des fruits et légumes. Alors qu’il a fort développé le budget dédié, justement sur insistance des associations concernées. «Toujours est-il que l’EACCE n’est pas dans son rôle», constate un opérateur. Néanmoins, dans cet empiétement de compétences, les risques de déperdition augmentent.
L’objectif est de promouvoir un label «origine Maroc». Et pourquoi pas des marques collectives. En revanche, l’Etablissement de contrôle qui a «légalisé», l’année dernière, sa mission de coordination des exportations, «devrait plutôt s’investir dans la veille et l’intelligence économique», est-il recommandé. Une mission qui lui a été attribuée en 2014 par le dernier conseil d’administration mais qui tarde à se concrétiser. Au contraire, l’Etablissement procède actuellement à une sorte de  rétention de l’information qu’il distille au compte-gouttes et à des cadences irrégulières. Alors que par le passé, les états statistiques de l’export, voire des prévisions hebdomadaires des sorties, étaient livrés aux professionnels. Ces derniers se disent aujourd’hui dans le flou total. Ils manquent de visibilité même par rapport à l’offre marocaine.
En tout cas, la situation devrait changer à court terme, puisque les professionnels sont appelés à prendre en charge la promotion de leurs produits.

Percée dans la diversification

Concentré, il y a à peine deux décennies sur quelques cultures de primeurs (tomate et pomme de terre), le secteur des fruits et légumes s’est depuis lors fortement diversifié. A tel point que la gamme produite et exportée couvre aujourd’hui une cinquantaine de familles de fruits et légumes. Avec à la clé une diversité de variétés. A titre d’exemple, la tomate a été segmentée en plusieurs variétés (cerise, grappe, cocktail…). Des fruits exotiques (avocat, kiwi, mangue) ont été également développés au Maroc avec succès. Mais il faut dire que l’élan a été porté, pour l’essentiel, par la région du Souss Massa où une pépinière de jeunes techniciens et ingénieurs agronomes a été pionnière. Dans cette région, la densité de matière grise à l’hectare est la plus forte au Maroc. Et la capacité d’adaptation aux défis imposés par les marchés extérieurs est avérée.
La région assure aujourd’hui 60% des exportations de produits agricoles et 70% de l’approvisionnement du pays en fruits et légumes, avec à la clé la création de 500.000 emplois permanents.

A. G.

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