Analyse

Fruits et légumes: Innover ou dépérir à l’export

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:4541 Le 05/06/2015 | Partager
La filière doit s’adapter à la demande «personnalisée»
De nouveaux circuits de distribution et coûts logistiques
Des restrictions du cadre d’accès au marché de l’UE redoutées

Les primeuristes marocains vont devoir s’adapter

Le Maroc exporte plus de 50 variétés de fruits et légumes sur 50 pays du monde. Mais la concentration reste de mise par produit et par marché. Pour les primeurs, l’UE en absorbe 80% et les tomates y représentent la moitié des volumes. Quant aux agrumes, ils sont écoulés à raison de 60% sur le marché russe et les petits fruits prédominent à hauteur de 82% à l’export  

aux changements des habitudes de la consommation et aux évolutions radicales de la demande. Avec à la clé la prise en charge de coûts logistiques imposés par une demande de plus en plus segmentée. Petit conditionnement, goût, fraîcheur, traçabilité, respect de l’environnement et responsabilité sociale de l’entreprise, autant d’exigences que la grande distribution veut transférer aux exportateurs. D’ailleurs, «le grand format est de plus en plus délaissé par la grande distribution au profit des supérettes. «De grandes enseignes ont déjà initié des investissements dans le commerce de proximité», révèle Fatima El Haddad, enseignante-chercheur au Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (Montpellier-France).
Mais les exigences ne s’arrêtent pas là. Il faut aussi opérer une mutation au niveau de la production pour offrir une qualité irréprochable. Ce que El Haddad désigne par «une agriculture de précision». Or, le marché de l’Union européenne se distingue par une stagnation de la consommation. Il n’empêche que de gros investissements sont en passe d’être réalisés par des faiseurs européens en Turquie, Egypte, Tunisie et Iran. Le tout, dans la production des tomates. Ces fruits qui gênent tout particulièrement des producteurs de l’Union.    De source proche de la Commission, les lobbys  espagnols multiplient les démarches auprès des eurodéputés pour revoir encore une fois le dispositif de dédouanement des tomates. Ils veulent imposer une double valeur forfaitaire à l’importation de ces fruits. L’une pour la tomate ronde, l’autre pour les autres variétés (cerises, cocktail, grappe). Avec à la clé une augmentation du prix d’entrée. «En clair, il s’agit de bloquer l’élan de production au Maroc», commente un producteur-exportateur.     
Dorénavant toute augmentation de la production au Maroc impose l’ouverture de nouveaux marchés. Pour le moment, le débouché russe s’avère aléatoire pour la tomate, en termes de prix, de délais de paiement et du risque de change.
Mais la profession a le mérite d’anticiper surtout pour les cultures de primeurs dont l’installation se fait généralement vers les mois d’août et septembre, en initiant la réflexion sur les nouvelles tendances des marchés des fruits et légumes. (Voir nos éditions des jeudi 28 et vendredi 29 mai 2015). 

La filière des fruits et légumes a dépassé les objectifs de son contrat-programme. L’année passée, près de 1,5 million de tonnes ont été exportées. Les primeurs viennent en tête avec 900.000 tonnes, soit 60% du volume total. Le reste est assuré par les agrumes

Pour l’Association des producteurs exportateurs de fruits et légumes (Apefel), «les modes de vie des ménagères ont bouleversé le marché des fruits et légumes». Les choix sont dictés par différents critères qualitatifs, le prêt à consommer, la fraîcheur et les prix. «Afin de maintenir les parts de marché, il est impératif de mettre en adéquation les méthodes de production, de conditionnement et de la mise en marché avec les nouvelles attentes des consommateurs», souligne la profession. Pour y parvenir, il faut donner aux producteurs, aux techniciens, aux ingénieurs, aux entreprises œuvrant en amont et en aval de la filière, les outils nécessaires pour mieux approcher le marché présent et futur. A cet effet, les professionnels se veulent confiants quant à la synergie qui anime l’interprofession. «L’accompagnement de nos producteurs pour passer ce nouveau cap est notre devoir. Faisons-le, ensemble, avec un esprit critique loin des petits calculs», analyse le président de l’Association des conditionneurs maraîchers, Abdelfattah Baalla. A ses yeux, la refonte, l’année dernière, des règles de dédouanement de la tomate, a embarqué tous les professionnels dans la même galère. Aujourd’hui, les mutations doivent s’opérer à divers niveaux, du choix des variétés, du conditionnement, du packaging, du froid, de la logistique, de la mise en marché et de la promotion à l’international.
Au-delà, il s’agit d’instaurer des relations de confiance à travers la généralisation des démarches qualité et la garantie d’une offre segmentée et innovante. L’enjeu est d’anticiper les impacts des  nouvelles négociations de libéralisation du commerce avec l’UE en se conformant aux normes environnementales et sociales. Pour ce qui concerne l’ouverture de nouveaux marchés, l’unanimité est faite quant à la mutualisation de la logistique tout au long de la chaîne. Histoire de renforcer le pouvoir de négociation.o
A. G.
 

 

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