Economie

New York Forum Africa
Le laboratoire à idées de Richard Attias

Par L'Economiste | Edition N°:4535 Le 28/05/2015 | Partager

Richard Attias, fondateur du NYFA: «Ma démarche n’a jamais été dans l’afro-optimisme, mais plutôt dans l’afro-réalisme»
 

Pour la 2e année consécutive, Richard Attias organise le NYFA (New York Forum Africa), fin août prochain. Un véritable laboratoire à idées au service du développement de l’Afrique.  Le NYFA est le premier rassemblement économique panafricain organisé en  Afrique. L’événement abritera cette année le Forum African Growth and Opportunity Act (AGOA) ainsi que l’African Citizen Summit qui est le forum de la jeunesse africaine citoyenne.
- L’Economiste: «Investir dans l’énergie du continent»….Quelles sont, justement, ces nouvelles énergies qui devraient porter la dynamique du continent?
 - Richard Attias:
Les énergies auxquelles nous faisons allusion sont celles qui ont depuis toujours porté la croissance africaine.
Il s’agit notamment de celle de la jeunesse africaine, et des hommes et des femmes qui font cette dynamique. Je suis de ceux qui pensent que rien ne réussit dans ce continent, sans l’énergie, la créativité et l’innovation dont nous disposons. L’énergie des hommes et  des femmes, l’énergie de la création et de l’innovation, l’énergie que l’on retrouve dans l’agriculture africaine, dynamique et pionnière, et toutes les énergies que l’on retrouve dans le sol et dans la nature du continent. De plus, cette résilience dont fait preuve le continent a dans les pires moments de son histoire démontré une formidable énergie. Il a fallu de l’énergie pour avoir contenu, en six mois, un grand fléau comme Ebola. Il est donc important de montrer que l’Afrique n’est pas un continent endormi, où l’on pense que tout se fait au ralenti et que les gens n’ont pas envie de travailler. Il faut forcer le monde à changer ce regard, chargé de stéréotypes. Il y a une véritable énergie africaine et il faut absolument la mettre en avant.
 - C’est cette énergie qui devrait aider le continent à dépasser ses défis socio-économiques…
 - Absolument. Nous avons d’ailleurs observé que la plupart des économies basées sur l’exportation des matières premières ont connu, ces derniers mois, un énorme choc budgétaire. Si vous indexez tous vos investissements sur le cours des matières premières, notamment du pétrole, vous risquez d’avoir des lendemains qui déchantent. C’est pour cela qu’il faudrait, comme le fait déjà le Maroc d’ailleurs, miser sur la diversification de l’économie et la montée en gamme du capital humain. C’est pour cela aussi que je dis souvent que le Royaume n’est pas une exception, mais une exemplarité. Le fait d’avoir miser sur le capital humain et sur les énergies permettra de bâtir un schéma pérenne et stable.
 - A quand une meilleure redistribution des richesses?
 - Il faut en effet absolument bâtir une croissance inclusive, et éviter la destruction de richesses. Je n’ai rien connu de mieux dans toute ma carrière que le capital humain.
 - La 4ème édition du NYFA coïncide avec le 14ème sommet de l’AGOA. Quelles opportunités cela offre-t-il à l’évènement et quelles synergies établir?
 - Ce n’est pas par hasard que nous avons décidé de faire coïncider le NYFA avec l’AGOA, parce que, dans beaucoup de pays du continent, notamment en Afrique francophone, les Etats-Unis sont peu présents. Et quand ils interviennent, ils le sont essentiellement dans le secteur pétrolier. Ce traité de l’AGOA, qui remonte à l’ère Clinton, vise à faciliter le développement et la croissance des échanges commerciaux entre un bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne et les Etats-Unis.  Il est donc important de montrer qu’il y a aujourd’hui de nouvelles richesses et de nouvelles opportunités. Dans un monde globalisé, le continent doit trouver sa place sur l’échiquier international, aussi bien vis-à-vis des Etats-Unis que des puissances émergentes que sont la Chine, l’Inde, la Turquie. Dans ce contexte, rassembler tout le monde au même moment, un forum à dimension panafricaine comme le NYFA, dans le prolongement du forum de l’AGOA, nous paraissait pertinent.
 - Comment appréciez-vous le rôle du Maroc dans cette dynamique?
 - La stratégie et la vision du Souverain sont incontestablement plus que d’actualité. Elles ont été pionnières et se justifient à chaque instant si l’on met tout cela en rapport avec la volonté manifeste et la croissance de développement des projets panafricains. Les tournées royales sont toujours attendues avec intérêt et bienveillance parce que le continent est en train de se prendre en main sur les plans politique, économique et sécuritaire, certes avec un certain nombre d’alliés stratégiques. Le Maroc joue un rôle-clé. D’abord grâce à l’image que le Royaume a sur la scène internationale. Ce qui en fait une porte d’entrée stratégique dans le continent. On parle de l’Afrique mais on oublie souvent que ce sont 54 pays, avec des cultures, des identités et des économies différentes. On a donc encore besoin du partage d’expériences et de co-développement, un rôle privilégié que le Maroc joue parfaitement bien aujourd’hui. Le Royaume est extrêmement respecté de par sa diversification économique, son développement humain, ses investissements dans l’éducation et la santé, qui sont souvent cités en modèles dans le continent. Cette démarche est d’ailleurs à chaque fois mise à l’honneur en marge du NYFA.
 - Quelles sont, justement, les nouveautés de cette 4ème édition?
 - Pour la seconde année consécutive, l’événement abritera l’African Citizen Summit qui est le forum de la jeunesse africaine citoyenne. Nous mettons en avant, sur cette plateforme, la notion d’entreprenariat, notamment sous sa déclinaison sociale. Mais également  des thèmes dont on n’entend pas souvent parler telle l’énergie dans la créativité artistique africaine. La musique, le sport, l’entertainment et l’art offrent également des opportunités de création d’emplois et de richesses, au même titre que d’autres secteurs classiques de l’économie. Ce sont de merveilleux outils de développement économique et social du continent. Il y a également des pays qui ne se sont jamais vraiment intéressés à l’Afrique, et que nous invitons. Il s’agit des pays d’Europe centrale, d’Amérique latine qui pourraient être des alliés stratégiques dans certains secteurs.
 - L’Afrique est une thématique surconsommée. Jusqu’où cette attention inédite sur le continent pourrait-elle prendre?
 - Ma démarche n’a jamais été dans l’afro-optimisme, mais plutôt dans l’afro-réalisme. Nous parlons certes des potentialités du continent, mais nous mettons aussi en avant ses défis, ses limites et ses faiblesses : la gouvernance, la corruption, la sécurité et les retards importants dans les domaines de l’éducation et de la santé. La mission que nous nous donnons c’est justement de donner une photographie exacte du continent avec ses paradoxes. Nous avons besoin d’informer, de lancer des débats sur des aspects objectifs et de proposer des solutions.
Propos recueillis par
Safall FALL

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