Société

Pierre Servent à la CFCIM
«Les Saoudiens sont obsédés par le serpent chiite»

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:4495 Le 01/04/2015 | Partager

Pierre Servent, journaliste et consultant spécialiste des questions de Défense et de stratégie, a donné une conférence, hier mardi 31 mars, aux futurs reporters de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (ESJC)

Pierre Servent a été reçu à l’ESJC où il a animé une conférence sur les situations de conflits, son parcours... Cet ancien journaliste de La Croix et du Monde travaille aujourd’hui principalement pour France 2 en tant que consultant et spécialiste des questions de Défense et de stratégie. Il participe notamment à l’émission C dans l’air d’Yves Calvi
-  L’Economiste : Le contexte géopolitique plaide en faveur de coalitions militaire et politique. Est-ce une bonne approche pour stabiliser une région?
- Pierre Servent:
Avant de la stabiliser, il faut la reconquérir. Dans des zones occupées par des forces étrangères comme Daech, il faut dans un premier temps reprendre la main, et reprendre le terrain. Ensuite arrive la stabilisation, qui est une reconstruction, une remise en place où l’on essaye de réconforter les élites politiques qui sont plus ou moins démocratiquement en place. Ensuite, il y a le volet économique et social qui est très important. Le jihado-terrorisme c’est l’instabilité économique et sociale. C’est le fait d’avoir des populations abandonnées par le pouvoir central, fragilisées qui ont des problèmes identitaires. Il faut arriver à répondre à tout cela en s’appuyant sur les forces locales, légitimes, avec un appui international… L’enjeu étant d’aider à renouer le dialogue et les différentes forces locales à reprendre le contrôle.
- La question yéménite a donné lieu à deux faits marquants, la création d’une force militaire arabe et l’abandon, du moins provisoirement, par les Saoudiens du bouclier américain. Qu’est-ce que cela présage pour l’avenir?
- C’est une question qui vient d’exploser. Ce que je constate et que je trouve très triste, c’est que dans ce pays, chiites et sunnites priaient dans les mêmes mosquées. Contrairement à d’autres, où la haine est très forte, qui rappelle, pour nous Français, les guerres de religion entre catholiques et protestants. Ce qui est dramatique, c’est que dans un pays où il y a de la tolérance, différentes forces, souvent externes, arrivent à déstabiliser ces processus. L’Arabie saoudite estime que c’est un problème majeur en termes stratégique que d’avoir une offensive chiite au sud. Les Saoudiens sont obsédés par le serpent chiite. Ils constatent qu’il y a une dynamique sur le terrain, et une dynamique diplomatique,  favorable à la Perse. Ils ont peur que la Perse s’impose à nouveau dans la région, comme par le passé.
- Après le dégel, quels enseignements peut-on tirer de la brouille France-Maroc?
- Je vais répondre avec la casquette d’observateur, dans le sens où je n’ai pas travaillé sur tous les épisodes de cette brouille. Dans des périodes comme celle dans laquelle nous vivons, il n’y a pas de place pour des querelles de basse intensité entre pays amis et alliés. J’ai toujours vu les soldats marocains à côté des soldats français. Nous sommes naturellement alliés sur la défense de valeurs communes telles que le respect de l’homme, une vision de la religion apaisée tournée vers le dialogue avec Dieu et qui ouvre à l’universalité… Des valeurs qui doivent dépasser les querelles. Je  regrette que trop de temps ait été perdu pour résoudre ces problèmes.
Propos recueillis par
Aïda BOUAZZA
 

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