Politique

Antiterrorisme
Comment Daesh voulait s’implanter au Maroc

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4490 Le 25/03/2015 | Partager
La cellule démantelée avait prêté allégeance à l’Etat islamique
Même mode opératoire: kidnapping et décapitation
6 pistolets et 440 balles saisies

Le démantèlement de la dernière cellule terroriste, dont les membres constituaient un réseau

Les chiffres des jihadistes marocains dans les zones de combat traduisent l’ampleur de la menace qui plane sur le Maroc en cas de leur retour. Surtout si l’on sait que 185 femmes ont fait le déplacement en Syrie ou en Irak, accompagnées de 135 enfants, qui suivent un entraînement aux techniques de la guérilla.

qui s’étend sur plusieurs villes, montre l’ampleur des menaces qui planent sur le Maroc. Les détails sur ce groupuscule jihadiste, communiqués par le préfet de police Abdelhak Khaiame, directeur du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ), lors d’une conférence de presse au nouveau siège à Salé, ont donné plus de visibilité sur ses motivations et ses objectifs. Le responsable de ce Bureau, relevant de la DGST, a fait savoir que ce coup de filet est le résultat de 5 mois d’investigations. «Les membres de la cellule démantelée avaient un projet terroriste qui visait à porter atteinte à la sûreté de l’Etat», a-t-il dit. Les 13 personnes arrêtées jusqu’à maintenant «ont avoué qu’ils voulaient s’attaquer à des personnalités politiques, civiles et militaires». Pour ce faire, ils ont réussi à introduire des armes au Maroc, via Melillia, qui ont été découvertes dans une planque à Agadir. On y retrouve des pistolets de différentes marques et calibres, dont des Berreta, des Browning, en plus de 440 balles. Les membres de cette cellule ont également pu composer un poison dangereux, dont la recette a été dénichée sur le web, qu’ils envisageaient de mettre sur certains objets, comme les poignets des voitures, en vue d’empoisonner leurs cibles. Parmi elles, un seul nom a été dévoilé. Il s’agit d’Ahmed Assid, militant amazigh, connu pour ses positions laïques. Les membres de ce réseau terroriste, âgés de 19 à 37 ans, sont «des jeunes imbus du jihad, qui avaient des contacts avec des dirigeants d’Al Qaïda puis avec ceux de Daesh», a fait savoir Khaiame. Ces jeunes n’ont jamais fait le déplacement dans les zones de combat. Les liens avec leurs mentors ont été noués via le web. D’ailleurs, des ordinateurs ont été saisis lors de la perquisition.

 

«L’expertise qui va être menée devra déterminer leur contenu», est-il noté. Ce ne sont pas non plus des ex-détenus dans des affaires du terrorisme. «Ils ont également présenté leur allégeance à Daesh, et comptaient baptiser leur cellule: Wilayate dawla islamya bil Maghrib Al Aqssa, ahfad Youssef Ibn Tachfine (wilaya de l’Etat islamique au Maghreb, descendants de Youssef Ibn Tachfine)», a-t-il indiqué. L’effet de cette allégeance ne s’arrête pas là. Ce groupe terroriste prévoyait aussi d’adopter le même mode opératoire que ces promoteurs de la terreur en Syrie et en Irak. Leur plan consistait à kidnapper des personnalités, les ligoter et les décapiter ou les immoler, selon le directeur du BCIJ. D’ailleurs, la perquisition effectuée a permis de confisquer 31 menottes en plastique. Ils avaient également l’intention de s’attaquer aux membres de la brigade Hadar, et de s’emparer de leurs armes. Ce groupe terroriste s’est aussi inspiré d’autres pratiques de Daesh, dans la mesure où il préparait des opérations de sabotage des mausolées de certains saints dans la région de Boujaâd, ainsi que des cimetières hébraïques.

 

Légalité

Le Maroc change d’approche dans sa gestion de la lutte anti-terrorisme. Désormais, légalité, visibilité et communication sont les maîtres mots. Surtout avec la mise en place du BCIJ, qui devra abriter des points de presse après le démantèlement de chaque cellule. Son directeur, Abdelhak Khaiame, a insisté sur le respect des procédures légales dans l’action de ses équipes, qualifiées de «police d’élite». Il a indiqué que «les arrestations ont eu lieu dans les heures légales, et leur déroulement a été filmé, pour couper court aux allégations». En effet, une vidéo a été projetée, montrant l’intervention simultanée de brigades cagoulées dans différentes villes. Une première qui conforte la nouvelle orientation de cet organe sécuritaire. Parallèlement, le directeur de la BCIJ a refusé de communiquer les noms des prévenus, «dans le cadre du respect de la confidentialité de l’enquête». Interrogé sur l’éventualité d’écoutes téléphoniques lors de la traque des interpellés, Khaiame a estimé que «l’élément humain a été plus décisif que les facteurs techniques». Or, un débat houleux a lieu actuellement dans d’autres Etats comme la France, sur la légalité des écoutes téléphoniques dans les affaires de terrorisme. Au Maroc, la loi sur la protection des données personnelles est claire. Son article 2 stipule qu’elle ne s’applique pas «aux données à caractère personnel, recueillies et traitées dans l’intérêt de la Défense nationale et de la sécurité intérieure et extérieure de l’Etat».

 

 

Mohamed Ali MRABI

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