Société

Postes de responsabilité
Un quota féminin indispensable

Par | Edition N°:4483 Le 16/03/2015 | Partager
Appel à fixer un seuil aux femmes dans les conseils d’administration
Elles n’occupent que 12% des postes de direction
65% des Marocaines prêtes à s’expatrier

Pour l’ambassadeur de France à Rabat, Charles Fries, ici en compagnie de Brigitte Gresy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle (à droite) et de Charlotte Lefort, directrice des opérations chez Rekrute.com, «une meilleure participation de la femme au marché du travail peut contribuer à la croissance du PIB»

Le constat est connu de tous: l’accès des femmes aux postes à responsabilités reste limité.Elles n’occupent que 12% des postes de direction, selon les dernières statistiques du CESE.Pourtant, «la différence des sexes n’entraîne pas celle des aptitudes», comme l’a souligné Brigitte Gresy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, lors de la 5e rencontre annuelle des conseillères du Commerce extérieur de la France, organisée jeudi dernier à Rabat. Cette édition, consacrée à la promotion de la parité, a choisi un sujet pointu: «comment identifier et déconstruire les stéréotypes de genre en entreprise?». L’auteur du nouveau rapport sur le sexisme dans le monde du travail insiste sur l’importance de «rompre avec les stéréotypes sexistes qui fragilisent le sentiment d’efficacité des femmes». Pour elle, la lutte contre le sexisme commence dès l’enfance. Ce long chemin vers la parité implique aussi un engagement des employeurs et des partenaires sociaux. Il s’agira notamment de mettre fin à l’humour sexiste qui contribue à la production de normes de tolérance vis-à-vis des préjugés. Cependant, «même celles qui ont commencé à briser le plafond de verre et à atteindre un niveau hiérarchique supérieur continuent à faire face à des résistances collectives et à des mises en doute de leur légitimité», a-t-elle déploré.Au Maroc, la situation est encore pire. «Les DRH s’accordent à dire que les femmes ont un ego moins développé et sont plus craintives», a fait savoir Charlotte Lefort, directrice des opérations chez Rekrute.com. Pire, on assiste à une baisse du taux d’activité des femmes, comme l’a indiqué Nadia Salah, directrice des rédactions du groupe Eco-médias, également présente. En effet, ce ratio est passé de 27,9% en 2000 à 24,7% en 2012. C’est dire que la Constitution de 2011, qui consacre la parité dans tous les domaines, n’a pas encore permis au Maroc d’atteindre la vitesse de croisière. Cela serait sans doute lié à la légendaire lenteur du gouvernement dans l’implémentation de ses dispositions. L’ambassadeur de France à Rabat, Charles Fries, s’est d’ailleurs arrêté sur le retard pris dans la mise en place de l’Autorité de la parité. Même le projet de loi y afférent, publié récemment sur le site du SGG, crée des remous. «De nombreuses ONG estiment que ce projet de loi ne garantit pas à cette Autorité des prérogatives suffisantes à la promotion du rôle de la femme», a martelé l’ambassadeur, qui pointe le retard pris dans l’élaboration des lois organiques prévues par la Constitution. Assurément, la mise en place d’un quota pour renforcer l’accès des femmes aux postes de décision devient nécessaire. C’est ce que recommande d’ailleurs l’ambassadeur qui prévient que les progrès seront trop lents si aucun seuil n’est fixé. Il invite donc le Maroc à suivre l’exemple de la France qui a adopté en 2011 une loi imposant un quota de 40% de femmes dans les conseils d’administration des grandes et moyennes entreprises. Si rien n’est fait, le Maroc pourrait faire face à un exode de compétences. Une enquête réalisée par le cabinet Boston consulting group dans 189 pays dont le Maroc relève que 65% des Marocaines sont prêtes à travailler ailleurs qu’au Maroc. La France, le Canada et les Emirats arabes unis arrivent en tête des destinations privilégiées. Outre la mise en place d’un quota, Brigitte Gresy recommande aussi aux entreprises de repenser leur organisation. «Il s’agira de trouver de nouveaux métiers et revaloriser les fonctions pour qu’hommes et femmes trouvent des débouchés», explique-t-elle. Et de conclure que l’amélioration de la situation de la femme reste conditionnée par l’implication concrète des hommes dans ce débat.

Facteurs de motivation

Le salaire fixe et attractif est loin d’être le 1er facteur de motivation des femmes. Il n’arrive qu’en 8e position dans l’enquête du cabinet Boston consulting group. C’est en fait l’apprentissage et la possibilité de développer sa carrière qui arrivent en tête du top 10 des motivations. Ils sont suivis par les bonnes relations avec les collègues, les opportunités d’assumer des responsabilités, la stabilité financière et l’appréciation du travail. La sécurité de l’emploi ne vient qu’en dernière position.

H. B.

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