Justice

Affaire ONDA
Une défense qui craint la roulette russe

Par | Edition N°:4470 Le 25/02/2015 | Partager
Le jugement attendu pour le 11 mars
Permission de sortie exceptionnelle pour Benallou
L’accusé principal assiste aux funérailles de sa mère

Est-ce un fait prémonitoire? L’un des principaux accusés de l’affaire ONDA a été temporairement libéré

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de sa cellule. Et pour cause, l’ex-DG de l’Office national des aéroports (ONDA), Abdelhanine Benallou, a perdu sa mère. Décédée le soir de dimanche dernier à Salé, elle a été inhumée le lendemain 23 février.
«Il y a un mois et demi que Benallou a demandé une mise en liberté provisoire. Sa maman était mourante. Il n’a pas pu finalement la voir en vie. Mais il a pu lui faire ses adieux lors des funérailles», rapporte avec regret l’un de ses neveux. «C’est sur sa propre initiative que mon client a émis cette doléance», précise son jeune avocat, Zakaria Lousky. Une requête a été déposée auprès de la délégation générale de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion. Cette permission exceptionnelle de sortie est d’une durée de deux jours, les 23 et 24 février 2015. Benallou devait regagner sa cellule hier soir.
Bénéficier d’une telle permission est loin d’être un privilège. Elle est prévue par la loi n°23-98 relative à l’organisation et au fonctionnement des établissements pénitentiaires et son décret d’application. «La permission provisoire de sortie est soumise à des conditions et des mesures de surveillance et d’assistance. Sa durée ne doit pas excéder 10 jours», selon la législation en vigueur. Les agents éventuellement chargés de l’escorte sont dispensés du port de l’uniforme.
L’un des anciens hauts responsables de l’Administration pénitentiaire précise que «le bénéficiaire d’une telle mesure doit être digne de confiance, être escorté… Vu que M. Benallou n’a pas fait encore l’objet d’un jugement définitif, l’avis du parquet s’impose». Après la libération par erreur d’un pédophile espagnol, il est à parier que la procédure a été suivie à la lettre (cf. L’Economiste du 5, 6 et 7 août 2013).
Le 8 février dernier marque jour pour jour trois années passées en prison. L’ex-top management de l’ONDA a déjà été condamné en première instance à 5 ans de prison ferme et 50.000 DH d’amende. Détournement et dilapidation de deniers publics, trafic d’influence et faux et usage de faux ont été retenus comme charges.
Dans quel état physique et mental est-il? Lui dont le jugement en appel est attendu pour le 11 mars. Sakina Benkirane déclare avec «beaucoup d’optimisme» que son mari tient moralement le coup: «C’est un homme de foi qui, au fond de lui, n’a rien à se reprocher. Il a la certitude d’avoir rempli sa mission avec loyauté». Il s’est désormais enseveli dans la peau d’un «ermite». L’homme «ne se pose plus de questions». Il accepte son statut de détenu. Est-ce par fatalisme? «Peut-être», rétorque notre interlocutrice. Sur le plan physique en revanche, l’ex-DG de l’Office des aéroports souffre.
Dès le mois prochain les regards seront rivés sur la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Le ministère public avait réclamé dans ses réquisitoires «des peines appropriées». La défense a plaidé pour l’acquittement. Quels sont ses pronostics? L’un des avocats affirme qu’«aucune lecture ne peut être faite». C’est la roulette russe. La Chambre criminelle pourra donc réduire les condamnations, les maintenir ou les aggraver. Un autre représentant de la défense aurait aimé que «le procès ait une cadence plus soutenue». La famille Benallou l’a tant souhaité, elle qui envisageait de tenter une demande de grâce avant fin 2014. Occasion manquée, vu que le verdict a été renvoyé pour mars 2015.

Une épouse témoigne

Sakina Benkirane parle d’une vie de famille fracassée par les démêlés judiciaires de son époux. Elle présente sa défunte belle mère comme «une femme d’une extrême intelligence». A qui la famille, inquiète pour sa santé, tentera de justifier la longue absence de son fils par des raisons professionnelles: en mission à l’étranger. Une maman reste une maman. «La défunte ne laissait personne remettre en cause l’honorabilité de son fils», nous déclare sa belle fille. La dame à qui on prête la vivacité d’esprit de sa progéniture a «beaucoup souffert». Depuis le début de son procès, son fils et ses trois avocats ont bataillé pour la liberté provisoire. Mais en vain. Le tragique événement a fini par attendrir un système judiciaire pour qui la détention préventive est malheureusement la règle.

                                                                                    

Alioua et Benallou, deux destins croisés

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Quels sont les points communs entre Khalid Alioua et Abdelhanine Benallou. L’un et l’autre ont dirigé des établissements de premier rang: Le Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH) pour le premier et l’Office national des aéroports pour le second. Les deux hommes ont politiquement le cœur à gauche. Alioua a été ministre socialiste (Usfp) au sein du gouvernement de l’Alternance. Fin des années 1990, Benallou rejoint le Parti socialiste unifié. «Mais il n’a jamais été très politisé», temporise l’un de ses neveux. Deux universitaires ayant leur port d’attache dans des villes voisines: Rabat pour Alioua et Salé pour Benallou. La justice scellera définitivement leur trajectoire. L’ex-PDG du CIH fera l’objet d’une enquête près la Cour d’appel de Casablanca. L’instruction menée par Noureddine Dahin suit-elle son cours? Telle est la question qui taraude le monde judiciaire.
L’affaire ONDA a été en revanche déjà jugée (voir Repères). Les deux établissements ont fait pourtant l’objet d’un rapport de la Cour des comptes. Avec au passage une mise en détention préventive de leurs dirigeants respectifs. Dure période au cours de laquelle les deux hommes vont perdre leurs très chères mamans. Là aussi, ils seront temporairement relâchés. Mesure à interpréter avec réserves comme un pas pour les droits des détenus… L’ex-PDG du CIH ne retournera pas en prison. Son «compagnon de route», si. Evidemment, la présomption d’innocence prévaut pour tous les justiciables.


Faiçal FAQUIHI

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