International

Arabie Saoudite
Les règles de succession d’une monarchie

Par L'Economiste | Edition N°:4448 Le 26/01/2015 | Partager
L’après-Abdallah très suivi par les diplomaties
Les sphères d’influence des Al Saoud
Qui est le Roi Salman?

De Saoud à Salman, les six derniers frères à régner en Arabie Saoudite. Le tout nouveau Roi est très attendu tant sur des réformes que sur le difficile équilibre dans une région menacée par Daech, les chiites d’Iran et les perturbations des cours de l’or noir

Le Roi Abdallah est mort, vive le Roi Salman! C’est la tradition dans les grandes monarchies qui s’applique cette fois-ci en Arabie Saoudite. Le décès du Roi Abdallah soulève de vives inquiétudes et alimente les spéculations tant sur le plan diplomatique qu’économique. Aujourd’hui, le monde entier suit de près l’après-Abdallah. Il faut dire que le contexte de ce décès royal est très difficile. La succession intervient sur fond de tensions au Proche-Orient avec les conflits en Syrie et en Irak, la métastase de Daech et la lutte d’influence entre l’Arabie Saoudite et l’Iran sur le plan régional. Pour mieux cerner cette transition, il faut revenir sur les règles de succession de la monarchie saoudienne. Un sujet qui suscite tractations et intrigues en coulisses, entre frères et cousins. Les premières années du règne des Al Saoud (1953-1964) étaient  marquées par un partage du pouvoir entre différents membres d’une même famille. Mais le nouveau Roi de l’époque voulait renouer avec la tradition.
En clair, exclure frères et cousins du pouvoir pour les remplacer par ses propres fils. Sauf que ce stratagème très contesté a alimenté l’opposition entre frères et cousins. Il n’a donc pas duré longtemps. En 1962, une loi de succession a été promise mais n’a pas vu le jour. Ensuite, il y a eu le règne du très respecté Fayçal (1964-1975) marqué par la consécration du principe de multi-domination, qui est encore d’actualité.
Cette situation permet à chaque prince gouverneur, prince ministre ou PDG d’avoir une liberté d’action quasi absolue dans le cadre de ses attributions. En fait, les Al Saoud ne sont pas une dynastie au sens classique du terme, mais un système qui repose sur la collégialité familiale. Du coup, le Roi ne peut avoir la prétention de monopoliser le pouvoir.
Pour plus de marge de manœuvre, il doit composer et  s’appuyer sur une faction de princes contrôlant plusieurs secteurs. C’est ainsi que Fayçal s’est appuyé sur la faction des Soudayris, constituée de 7 frères (Fahd, Sultan, Salman, Nayif, Abdel Rahmane, Ahmad, Turki). Depuis, l’influence de cette faction ne cesse de croître, surtout après l’accession de son chef (Fahd) au statut de prince héritier en 1975. Il faut reconnaître que la seconde moitié du siècle dernier était marquée par des mécanismes informels de transmission du pouvoir. Le droit d’aînesse était souvent respecté. La question de succession étant une affaire purement familiale qui repose sur l’ordre des naissances. Seuls les Al Saoud, essentiellement les fils de Abdelaziz, ont le droit de choisir et/ou destituer un roi. Même lorsque les oulémas émettent une fatwa pour destituer Suûd, c’était sous l’instigation des princes Fayçal et Fahd. En 2006, le Roi Abdallah a créé un conseil de l’allégeance afin de limiter intrigues et tensions en coulisses. C’était aussi un moyen pour mieux passer le relais à la 2e génération, celle des petits-fils d’Ibn Saoud, le fondateur de l’Etat saoudien moderne.
Depuis, un pacte familial a été conclu afin que chaque prince puisse œuvrer dans son domaine de prédilection. C’est ce même système de succession qui passe aujourd’hui le relais à Salman. Mais qui est donc le nouveau monarque? Le successeur d’Abdallah est le 25e fils de Abdelaziz Ben Abderrahmane, (parfois appelé Ibn Saoud), fondateur de l’Etat saoudien moderne. Ce demi-frère du roi Abdallah le remplaçait souvent dans les apparitions officielles qui étaient de plus en plus rares en raison de son état de santé devenu critique.
Le prince Salman s’était ainsi placé sur le devant de la scène, présidant régulièrement le Conseil des ministres ainsi que des visites officielles à l’étranger, comme lors du dernier sommet du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), début décembre dernier au Qatar.
Jusqu’à jeudi dernier numéro 2 du Royaume, Salman a été gouverneur de la capitale Ryad, pendant 50 ans. Un titre qui a le poids de ministre. Il est considéré comme l’architecte du développement de cette métropole régionale fondée en plein désert par les Al Saoud. Le tout nouveau monarque Salman Ben Abdelaziz (79 ans) est le 5e des 7 Soudayris, terme donné aux enfants que ce souverain fondateur du Royaume a eu avec Hassa Bint Ahmed Al Soudayri, considérée comme épouse favorite. Sur sept frères soudés et influents, Salmane est le troisième à être désigné prince héritier, après Sultan et Nayef.
Dans sa première déclaration, le tout nouveau Roi se veut plutôt rassurant. Il a promis vendredi dernier qu’il n’y aurait pas de changement dans la politique saoudienne, après la mort de son prédécesseur Abdallah. Salman a aussi appelé à l’unité parmi les musulmans divisés par la guerre. Même si le nouveau souverain est connu pour être conservateur, il lui sera difficile de dévier de la politique tracée par son prédécesseur. Mieux, il est appelé à favoriser une entente avec son prince héritier Moqren qui, lui, est plutôt réformateur.
A. R.

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