Société

Amina Bouayach: “Il existe encore des cas de torture”

Par L'Economiste | Edition N°:4408 Le 27/11/2014 | Partager
Un mécanisme national de prévention contre la torture bientôt lancé
Il permet un contrôle inopiné dans n’importe quel centre de détention

Amina Bouayach, secrétaire générale de la FIDH, a participé à une mission sur la situation des droits humains au Maroc, conduite du 26 mai au 5 juin 2014 à Rabat, Casablanca et Laâyoune

La secrétaire générale de la FIDH a participé à une mission au Maroc, entre enquêtes et plaidoyers, qui avait pour objectif de rencontrer des membres de la société civile, ONG, avocats, magistrats, représentants des autorités marocaines, mais aussi représentants de l’administration pénitentiaire et des détenus pré-identifiés. Il en découle un rapport faisant état de violations répétées des droits humains.

- L’Economiste: Quel regard global porte la FIDH sur l’évolution des droits de l’Homme au Maroc?
- Amina Bouayach: Deux regards à la fois. Le constat de réformes très importantes en matière des droits de l’Homme, dont nous avons pu voir la portée lors de nos missions et enquêtes sur le terrain. En même temps, nous avons constaté qu’il existe encore des cas de torture, de non-respect des garanties de procès équitables, mais également qu’un certain nombre de responsables de la non-application de la loi ne sont pas traduits en justice. En effet, en cas d’allégation de torture, les instructions ne sont pas systématiquement ouvertes. Une de nos recommandations est que pour chaque cas dénoncé, il y ait une ouverture d’enquête et que le juge d’instruction reçoive le témoignage de ces personnes torturées.

- Parlez-nous du mécanisme de recours demandé par la FIDH, effectif prochainement.
- Il s’agit du mécanisme national de prévention contre la torture, qui nous permet de nous rendre, de manière inopinée, dans n’importe quel centre de détention, que ce soit les prisons, les centres de protection de l’enfant, des réfugiés, des migrants, ou des hôpitaux psychiatriques. Un droit également octroyé au sous-comité contre la torture des Nations Unies.
Ce mécanisme de veille dans la perspective des droits de l’Homme permet de sortir de l’ombre et de donner écho aux cas de mauvais traitement ou de torture. Un travail de longue haleine des ONG, pour lequel le CNDH a joué un rôle clé, qui est aujourd’hui en phase de ratification. 

- Concernant votre mission menée au Maroc sur la situation des droits humains, quels ont été les moments les plus durs vécus par les enquêteurs?
- Sûrement notre rencontre avec les prisonniers, qui ont été arrêtés lors de la manifestation du 6 avril à Casablanca(1). Je pense également à ce jeune détenu à la prison de Salé, accusé de terrorisme dans des circonstances douteuses. La difficulté est avant tout de constater que, quelle que soit l’accusation avancée, l’incarcération n’est pas la meilleure solution. A ce titre, une des recommandations de la FIDH porte sur la libération des détenus, dans le cadre de l’exercice des libertés publiques. Nous espérons vivement que les autorités marocaines puissent à ce sujet réagir favorablement à notre demande.

- Que pensez-vous de l’organisation de ce 2e forum des droits de l’Homme au Maroc?
- C’est une occasion idéale pour le Maroc de rappeler, au niveau national et international, ses engagements à travers toutes les réformes mises en place, dont la Constitution est l’un des axes majeurs. C’est un moment médiatique, mais aussi politique, très important pour le pays. Participer à tout espace où les voix des défenseurs des droits de l’Homme pourraient être entendues et écoutées est l’objectif majeur de la FIDH.
Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. Les droits de l’Homme peuvent s’améliorer ou, au contraire, connaître des reculs, l’essentiel est que la tendance générale aille dans le sens de la garantie des droits humains. 

Propos recueillis
par Stéphanie JACOB

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(1) 9 militants, affiliés au Mouvement du 20 février, avaient écopé d’un an et de six mois de prison ferme à la suite d’une manifestation syndicale à Casablanca.

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