Enquête

Maroc-Algérie: Le coût du désaccord

Par | Edition N°:4395 Le 07/11/2014 | Partager
Un marché de 3,7 millions de consommateurs rien que pour l’Oriental et l’ouest algérien
2,5 points de PIB perdus pour les deux pays, selon les économistes du Maghreb
Seulement 5% des diplômés des deux côtés accèdent au monde du travail

MÉSENTENTE politique, incompréhension, repli… et pourtant les secteurs productifs des régions limitrophes de la

En dépit des actions menées pour limiter le fléau de la contrebande, les saisies se sont multipliées en 2014, des deux côtés de la frontière

frontière maroco-algérienne, complémentaires, peuvent convertir «la guerre des tranchées» en atouts économiques. De réelles opportunités d’investissement sont gâchées et un marché local de plus de 3,7 millions de consommateurs tout bonnement zappé. Le tout ponctué par une sanction de 2,5 points de PIB qui ne permet ni au Maroc ni à l’Algérie de gagner le club des pays émergents, selon les données de la Banque mondiale.

Résultat, seulement 5% des lauréats des universités Abou Bekr Belkaid de Tlemcen et Mohammed Ier d’Oujda, par exemple, accèdent au monde du travail, ainsi que souligné au cours du 3e Congrès international sur «la question des frontières» organisé par le Centre des études et recherches humaines et sociales d’Oujda la semaine dernière.

La querelle entre les frères ennemis a pris encore plus d’ampleur ces derniers temps, suite à l’agression à la frontière d’un Marocain, victime de tirs à balles réelles. Une agression condamnée par le Maroc qui demande l’ouverture d’une enquête pour «éclairer l’opinion publique internationale». Salaheddine Mezouar, ministre des Affaires étrangères, appelle l’Algérie à «mettre en place une commission» afin «d’élucider les circonstances de cet incident». Surtout qu’il s’agit d’un acte gratuit et incompréhensible à plusieurs niveaux. D’abord, les deux pays viennent de renouveler le balisage de la partie nord de leurs frontières. De hauts responsables sécuritaires marocains et algériens ont collaboré durant des mois pour l’abornement du cordon frontalier entre les provinces de Berkane, Oujda et Jerada (Maroc) et la wilaya de Tlemcen (Algérie). «Tout s’est passé dans un cadre de respect mutuel et de compréhension», confie à L’Économiste un haut responsable sécuritaire qui a participé au renouvellement du bornage de ces frontières. De même, la collaboration est tacite en matière de lutte contre les réseaux terroristes. Et toujours par souci sécuritaire, les deux

Même si la région de l’Oriental n’est pas aussi grande que l’ouest Algérien, les secteurs productifs au Maroc, principalement en matière d’agriculture et de tourisme, sont plus performants. Il faut dire que le Royaume a, depuis 2003, mis en place une stratégie pour propulser la région au niveau international, et depuis, ce sont quelque 100 milliards de DH qui y ont été injectés. Un hic tout de même, l’ouest Algérien a une longueur d’avance au niveau de l’alphabétisation

pays ont procédé chacun de son côté à l’édification de «remparts» pour lutter contre la prolifération des drogues et psychotropes et pour contrecarrer les flux migratoires clandestins. L’Algérie a creusé des tranchées sur un linéaire de 170 km reliant le port Ben Mhidi au nord à la localité d’El Aricha au sud. Des tranchées qui varient entre 4 et 8 mètres de largeur et 4 et 10 mètres de profondeur. Le budget alloué à cette édification n’a pas été communiqué. C’est l’armée qui s’est chargée de sa réalisation. Côté marocain, les autorités ont mis en place un grillage en fil de fer (4 mètres

Ci-contre, au nez et à la barbe des autorités, la vente de carburant algérien à Bni Drar. Les tranchées creusées par l’armée algérienne et le mur grillagé marocain n’ont pas réussi à éradiquer la contrebande du carburant algérien et des légumes et fruits marocains

de hauteur) avec caméras de surveillance couvrant 110 km et reliant Saïdia à la partie nord de la province de Jerada. Sa réalisation a été confiée à des entreprises locales et a nécessité 100 millions de DH, indique la wilaya d’Oujda. En parallèle, une étude a été lancée pour assurer l’éclairage de la piste qui le longe. Les travaux d’exécution débuteront incessamment. Et pour renforcer cet arsenal sécuritaire, 100 nouveaux postes de contrôle seront bientôt opérationnels (47 le sont déjà).
Et pourtant, depuis que Oujda et Maghnia, villes frontalières, ont été reliées à leur réseau autoroutier national, Rabat et Alger n’ont jamais été aussi proches.

Elles se trouvent aujourd’hui à moins de 10 h en voiture l’une de l’autre.
De même, les efforts consentis pour le développement de ces régions se chiffrent en milliards de DH et dinars. Le Maroc a débloqué plus de 100 milliards de DH pour la mise à niveau de cette région, depuis le discours royal de mars 2003. De son côté, et dans le cadre du plan quinquennal 2010/2014, l’Algérie a débloqué 237 milliards de dinars (soit environ

Du côté du Maroc, le grillage qui a été installé par les autorités longe 110 km et relie Saïdia à la province de Jerada
 

23,7 milliards de DH) pour le développement de la wilaya de Tlemcen, un des plus conséquents budgets consacrés au développement d’une wilaya algérienne, selon la Chambre de commerce et d’industrie de Tlemcen. Mais les résultats n’ont pas été aussi probants que dans l’Oriental. Un document de Wikileaks s’interrogeait sur l’inefficacité des projets réalisés dans cette wilaya et qui n’ont pas contribué à son développement.


De notre correspondant, Ali KHARROUBI

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