Competences & rh

Analyse/Cinéma: La formation démarre à peine

Par L'Economiste | Edition N°:4378 Le 14/10/2014 | Partager
Les universités n’ont commencé à ouvrir des filières qu’en 2006
Les cursus jugés «généralistes» et «peu qualifiants»

7 filières spécialisées dans le cinéma et l’audiovisuel ont été accréditées dans les universités de 2006 à 2014. Cette année, 4 d’entre elles ont été réaccréditées (celles à Tétouan, Béni Mellal et Marrakech), et deux nouvelles ont été lancées dans les facultés des lettres de Casablanca et d’Agadir. L’Ismac en a également accrédité 5 (licences d’études fondamentales), ce qui fait un total de 11. Dans le privé, 8 sont accréditées par le ministère de l’Enseignement supérieur, à Casablanca, Tanger et Marrakech. Elles accueillent 337 étudiants.

Cela ne fait que quelques années que la formation supérieure dans le domaine du cinéma a démarré, et plus précisément, depuis 2006. Ce n’est qu’à partir de cette date que les universités ont ouvert des filières dédiées. Les premières promotions formées n’ont commencé à débarquer sur le marché qu’à partir de 2008.
De plus en plus de facultés lancent des licences et des masters dans le domaine (voir tableau). Les écoles privées aussi se multiplient. Celles relevant du ministère de l’Enseignement supérieur sont au nombre de cinq (à Casablanca, Tanger et Marrakech), offrant des diplômes allant de bac+3 à bac+5. En 2013-2014, environ 337 jeunes y étaient inscrits, selon le ministère de l’Enseignement supérieur.  
L’OFPPT s’est également greffé sur la tendance en ouvrant en 2007 un Institut spécialisé dans les métiers du cinéma, en partenariat avec la Fondation Mohammed V. L’offre reste, cela dit, encore insuffisante.
En commentant la qualité des cursus, les professionnels n’y vont pas avec le dos de la cuillère. «La plupart des écoles forment dans l’audiovisuel, ça n’a rien à voir avec le cinéma. Il n’y a pas encore de vrais établissements spécialisés», estime l’acteur-réalisateur Saïd Naciri, qui prévoit d’ouvrir sa propre école, dans le cadre de son projet «Media City». Même son de cloche du côté du syndicat national des techniciens du cinéma et de l’audiovisuel, pour qui les formations restent généralistes et manquant de technicité.
Les profils formés ne semblent pas trouver grâce aux yeux des réalisateurs. «Les lauréats sont initiés mais pas formés. Les centres sérieux, quant à eux, sont rares. Dans certains, les étudiants sont obligés d’acheter le matériel pour travailler», confie le réalisateur Mohamed Ismaïl. «Il y a beaucoup de pseudo-écoles formant des profils médiocres et incompétents. Seules deux font l’exception», regrette quant à lui le réalisateur Abdelhaï Laraki. La situation est d’autant plus préoccupante que plusieurs métiers manquent de profils (voir article précédent).
Pour favoriser l’apprentissage des métiers du septième art sur le terrain, le Centre cinématographique marocain (CCM) impose aux producteurs de prendre des stagiaires dans pratiquement tous les postes du tournage. Mais tous ne jouent pas le jeu. «Cela engendre des frais supplémentaires en termes de catering et de logement, et donc beaucoup préfèrent ne pas prendre de stagiaires», confie Abdelmajid Aoulad Abdallah, vice-président du syndicat national des techniciens du cinéma et de l’audiovisuel.
L’an dernier, un nouvel institut public a vu le jour, l’Ismac (l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et du cinéma), qui ambitionne de combler le déficit en matière de chefs de postes. Et ce, dans plusieurs spécialités (l’image, le son, le scénario, la production, le montage et la réalisation). Cette année, l’institut a accrédité six filières (réalisation cinématographique et audiovisuelle, production, son, développement scénaristique, image et post-production). Les premières promotions seront livrées en 2017.
Il faudra donc quelques années avant la naissance d’une nouvelle génération de professionnels hautement qualifiés.

L’Esav de Marrakech, une expérience inédite

Dans la catégorie «établissements sérieux» relevés par les professionnels, l’Ecole supérieure des arts visuels (Esav) de Marrakech revient sur toutes les lèvres. L’établissement a été créé en 2006 par une fondation à but non lucratif, en partenariat avec l’université Cadi Ayyad qui a mis à la disposition de l’école un terrain pour 40 ans. L’Esav, également partenaire d’établissements européens, notamment de l’Insas de Bruxelles, compte 120 étudiants de 15 nationalités (africaines et européennes), âgés de 18 à 30 ans. 40% d’entre eux sont boursiers. A l’issue de leur formation, 70% s’insèrent sur le marché de l’emploi.
Chaque année, 120 enseignants vacataires de 14 nationalités (95% d’étrangers) y donnent des cours ou y animent des ateliers. L’école offre un bac+5  dans la réalisation, l’image, le son et le montage. Pour y accéder, il suffit d’avoir son baccalauréat. Le seul critère de sélection, c’est  «le potentiel créatif, la motivation et l’ouverture d’esprit».

Ahlam NAZIH

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