Competences & rh

Dyslexie? Connaît pas…

Par | Edition N°:4284 Le 27/05/2014 | Partager
Sur 150 profs, seuls 2 connaissent ce trouble de l’apprentissage
12 à 13% d’enfants atteints par école primaire à Casablanca!
Le résultat du dépistage d’une association dans 43 établissements

Après la réalisation du premier dépistage en 2011 auprès d’un échantillon de près de 3.000 élèves, l’AMTDA ne s’attendait pas à découvrir un taux de prévalence de la dyslexie aussi élevé (près de 12%).
En 2012 et 2013, le résultat n’a pas vraiment changé, même si l’échantillon a été porté à 38 écoles, puis à 42. Les chiffres de l’opération 2014 (43 écoles) seront bientôt dévoilés. Source : AMTDA

«C’EST un véritable problème de santé publique», estime Zhour Le Quider, présidente de l’Association marocaine des troubles et difficultés de l’apprentissage (AMTDA). Le nombre d’enfants atteints de troubles de l’apprentissage, et plus particulièrement de dyslexie, est bien plus important que ce que l’on pourrait imaginer. A l’international, les statistiques sur ce dysfonctionnement neurobiologique, se manifestant par des difficultés de lecture et d’écriture chez des enfants tout à fait normaux, fusent. Les taux de prévalence relevés varient entre 5 et 10%. Au Maroc, il n’y a pas de données officielles spécifiques à cette pathologie. Le département de Rachid Benmokhtar dit toutefois travailler sur une «ingénierie curriculaire», en partenariat avec l’Unicef, dédiée aux élèves dyslexiques. 
Un dépistage réalisé depuis maintenant 3 ans par l’AMTDA en partenariat avec l’école d’orthophonie de Rabat auprès d’une quarantaine d’écoles primaires (43 en 2014) à Casablanca (Hay Hassani), a néanmoins révélé un chiffre alarmant: 12% à 13% de dyslexiques par école!
L’association, créée en 2010 par 5 mamans d’enfants dyslexiques, couvre des échantillons assez larges: près de 3.000 en 2011 et 2012, et environ 4.000 en 2013. L’opération 2014, incluant 2 nouvelles écoles à Anfa, s’est tenue il y a quelques jours, et les chiffres définitifs ne sont pas encore arrêtés. L’année prochaine la région de Nouaceur sera couverte.  
Le phénomène est inquiétant, d’autant plus que si l’on rajoute les difficultés d’apprentissage liées à la défaillance du système d’enseignement, la proportion des enfants «prédisposés» à l’échec scolaire pourrait être bien trop importante.

Aucune étude officielle sur la dyslexie n’a été menée à ce jour. Le ministère de l’Education nationale n’a que des chiffres liés aux enfants à besoins spécifiques, notamment souffrant de handicaps physiques ou mentaux. La tutelle en a compté 6.000 en 2012-2013, dont 4.626 avec un handicap mental et 1.059 avec un handicap auditif. 550 classes leur ont été aménagées dans les écoles. 37% seulement sont des filles. Source: MEN

Par ailleurs, la dyslexie est ignorée par la majorité des enseignants du primaire. Sur 150 professeurs sondés par l’AMTDA en 2011 à Casablanca, seuls 2 en avaient une vague idée. Ce qui signifie que la majorité est incapable de détecter un cas de dyslexie et de le prendre en charge de manière adéquate. Les exemples d’enfants présentant des difficultés de lecture en classe, taxés de «stupides» et placés au dernier banc de la classe durant toute l’année scolaire, sont d’ailleurs légion. Victimes de l’ignorance de leurs encadrants pédagogiques, rejetés par leurs camarades et leur entourage, enfermés dans un sentiment d’incompétence et d’échec, ils finissent par abandonner l’école. Cela pourrait aussi expliquer en partie les 150.000 abondants annuels au primaire.
En l’absence de centres spécialisés dans la prise en charge d’enfants dyslexiques, l’AMTDA, qui dès le départ a bénéficié du soutien du délégué de l’Education de l’époque, Hamid Missouri, et du responsable du service de la vie scolaire, Lamrani Tawfiq, a créé une unité pluridisciplinaire à l’école Al Akhtal à Hay Hassani. L’actuel délégué, Moulay Elhoussain Elfajrani, est également mobilisé. Avec le soutien de spécialistes bénévoles très engagés (orthophonistes, neuropédiatres, pédopsychiatres; ), elle traite divers troubles (dyslexie, dyspraxie, hyperactivité; ). Des ateliers de sensibilisation et de formation sont également organisés. Quelque 740 enseignants en ont profité.
L’Association ne dépiste actuellement que les élèves de 6e année du primaire. Toucher plus de niveaux nécessitera davantage de moyens. Outre les cotisations des parents, l’AMTDA  reçoit des financements de l’INDH Hay Hassani. Un don royal lui a également permis de renflouer ses caisses et d’entreprendre plus d’actions.
Afin de traiter un maximum de cas, elle prévoit de lancer un nouveau centre. La délégation de l’Education d’Anfa, sensibilisée à la question, a décidé de mettre un terrain à la disposition de l’Association qui ambitionne aussi de créer des antennes dans d’autres villes.
La prise de conscience s’opère petit à petit, mais il faudrait dupliquer le modèle AMTDA dans toutes les régions afin de venir en aide aux enfants atteints. Surtout que ce n’est nullement une fatalité, pourvu que les enfants continuent leur scolarité dans des conditions adaptées à leur condition. Les nouvelles technologies peuvent aujourd’hui leur permettre de s’en sortir.
De nombreux génies de l’histoire étaient dyslexiques, comme Albert Einstein, Léonard De Vinci, Mozart, Beethoven, Thomas Edison, Jules Verne;

Des parents convoqués par le caïd!

L’ANNÉE dernière, l’AMTDA a dépisté 3 classes de 3e année du primaire (d’une moyenne de 40 élèves) de l’école Al Akhtal Banat de Casablanca. Mais l’opération n’était pas évidente, car la participation des parents était nécessaire. Certains, trop occupés ou ne mesurant pas l’importance de la démarche, ne se sont présentés à l’école qu’après avoir reçu la visite du caïd.
Sur ces 3 classes, 46 fillettes dyslexiques ont été identifiées, soit pratiquement le tiers. Grâce au financement de l’INDH de Hay Hassani, elles sont prises en charge par le centre de l’association depuis près d’un an. La plupart sont issues de milieux défavorisés ou de parents analphabètes.

Ahlam NAZIH

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