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Centrale thermique de Jorf Lasfar: Du charbon à la lumière!

Par L'Economiste | Edition N°:4267 Le 02/05/2014 | Partager
lec 5 a déjà injecté ses kWh dans le réseau
L’unité 6 en phase test
Un investissement de 13 milliards de DH

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Appuyer sur un interrupteur et voir la lumière s’allumer. Un acte anodin a priori, mais qui cache une  ingénierie gigantesque. Thomas Edison, l’un des pionniers de l’électricité, aurait été, sans doute, ravi de faire un détour par Jorf Lasfar à 20 km d’El Jadida, chef-lieu de la région de  Doukkala-Abda. Ici, l’on a plutôt grandi au rythme de la fantasia et des moissons. Une région avant tout agricole, mais qui est aujourd’hui l’un des principaux pôles économiques du pays grâce à son port minier. En total porte-à-faux avec l’étendue des plaines de Doukkala, des structures industrielles colossales ont poussé comme des champignons dans la zone de Jorf Lasfar. Ici, l’industrialisation prend totalement son sens. Des tonnes et des tonnes d’acier et de béton font l’essentiel du paysage. Très vite, le regard ne peut être indifférent à trois grandes chaudières (60m de hauteur) qui surplombent le décor. Il est 10h du matin et le soleil est déjà au Zenith. Difficile de soutenir la vue d’une telle bâtisse pendant longtemps. C’est au détour d’une petite voie,

Avec l'entrée en service des deux nouvelles unités 5 & 6, Jlec pourra couvrir 50% de la consommation de l'électricité du pays. En contrepartie, l'entreprise sécurise un chiffre d'affaires annuel de 9,5 milliards de DH essentiellement tiré de la refacturation du prix du charbon à l'ONEE
Source: Jlec

que l’on se fraie un chemin pour accéder au bâtiment. Les contrôles de sécurité se multiplient. «Tous les visiteurs sont obligés de porter des équipements de sécurité, casque, lunettes, oreillette et chaussure». Le ton est donné. Bienvenue dans l’un des sites les plus sécurisés au Maroc: la centrale thermique de Jorf Lasfar. 60 hectares à perte de vue. Ici, tout est flambant neuf. L’unité 5 de la centrale vient d’être lancée commercialement le 15 avril pour une capacité de 350 MW. «Cette unité représente une capacité complémentaire de 25% par rapport à la capacité installée du complexe Jorf. En vitesse de croisière, cela va constituer une capacité annuelle de  2.500 GWh», explique Omar Alaoui M’Hamdi, directeur général adjoint de Jlec.
Dès l’entrée du site, des installations importantes ont été mises en place pour le traitement des rejets liquides et des fumées représentant un investissement de 200 millions de dollars. Les cendres de charbon sont composées de deux familles : volante et lourde. La deuxième est entreposée dans des silos puis traitée avant d’être expédiée dans des carrières en dehors du site pour être enterrée avec le respect de toutes les mesures de protection du sol. Pour les cendres volantes, Jlec a mis en place un  dispositif de désulfurisation permettant de traiter 95% des émissions de dioxyde de soufre. Une partie des rejets de la centrale est récupérée par les cimentiers. La cendre de charbon fait un excellent ciment. Les rejets liquides sont ensuite traités dans des bassins de plusieurs mètres de profondeur. Tant le charbon est vraiment la matière première, l’eau est au cœur du processus. Passé le périmètre lié au traitement, l’on se retrouve face à quatre brouilleurs chacun d’une capacité de 30 tonnes par jour. A l’intérieur, le bruit est assourdissant. Impératif de se protéger les oreilles! Un grand générateur signé Mitsubishi est la pièce maîtresse du décor. Quelques pas plus loin, se trouve la salle de commande. Cette unité est tellement sensible que pour y accéder le personnel doit se déchausser. Une mesure pour éviter toute contamination, mais surtout une signature bien asiatique. Justement, la conception des sites a été confiée au consortium Mitsui & Co (Japon) et Daewoo Engineering & Construction (Corée du Sud). Les équipes asiatiques sont toujours là pour peaufiner la formation des techniciens marocains. La salle de commande de Jlec reçoit ses consignes de l’unité de dispatching de l’ONEE située à Roches Noires à Casablanca. Ici, la production est calquée sur la demande formulée par l’ONEE. «Lorsqu’une lampe est annulée, nous devons produire plus», explique le directeur du site.
Le processus est bien plus complexe qu’il ne paraît. Chaque année, l’équivalent de 6 millions de tonnes de charbon est acheminé vers la centrale. Jlec dispose d’un parc à charbon d’une capacité de stockage d’1 million de tonnes.

Ici les différentes étapes de la construction de Jlec 5 & 6. L’entreprise a eu recours à des opérateurs marocains comme SGTM ou Buzzichelli. Aujourd’hui, les travaux des deux unités sont totalement finis.

Le terminal charbonnier de la centrale thermique est un maillon important de la chaîne de production d’électricité au Maroc. Environ 85% des importations de charbon destinées aux centrales thermiques transitent par ce terminal. Une fois le charbon arrivé, il est acheminé vers des silos puis broyé pour donner de la poussière. Cette poussière est soufflée dans les chaudières. Cette opération donne de l’énergie pour réchauffer l’eau préalablement déminéralisée. Pas question d’avoir des dépôts de calcaire. Pour l’eau, l’unité fonctionne en circuit fermé pour limiter la consommation. Une fois chauffée, la vapeur est acheminée vers##img4## des turbines à haute pression. Une nouvelle fois, une deuxième opération de soufflage dans la chaudière est opérée pour réchauffer la vapeur. Cette dernière sera acheminée vers une turbine à moyenne pression puis vers une autre à basse tension. La vapeur atteint une chaleur qui avoisine les 370 degrés. La centrale a été conçue pour tourner au minium pendant 30 ans.     
La sixième unité qui est aujourd’hui en phase de test aura aussi une capacité de 350 MW. Avec les deux nouvelles unités, Jlec devra assurer 50% du besoin national en électricité. Le projet Jlec 5 & 6 aura nécessité un investissement de 13 milliards de DH, dont plus de 87% levés à l’international. Ces financements ont également permis l’extension et l’amélioration des installations du terminal charbonnier pour une capacité de déchargement de plus de 10 millions de tonnes de charbon/an, nettement supérieure aux besoins de Jlec. Ainsi, même si au départ la centrale a été conçue pour abriter uniquement 6 unités, une extension n’est pas exlue. Jlec sera sans doute de la partie.
Ilham BOUMNADE

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