Economie

Maroc/France
Paris veut remettre la coopération sur les rails

Par L'Economiste | Edition N°:4236 Le 19/03/2014 | Partager
Benoît Hamon à Rabat en éclaireur
Signature d’un mémorandum d’entente sur l’économie sociale
Un secteur en vogue à cause de sa résilience face à la crise

Pour Benoît Hamon, ministre français chargé de l’Economie sociale et solidaire, «le développement du secteur des coopératives peut constituer une réponse à la crise, dans la mesure où ces structures ont connu moins de difficultés, grâce à leur modèle de gouvernance»

Les relations franco-marocaines seraient-elles sorties de la zone de turbulences! C’est du moins ce qui ressort des affirmations de Benoît Hamon, ministre français chargé de l’Economie sociale et solidaire, lors d’une conférence organisée lundi dernier à l’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat. Ainsi, après le coup de froid suite à l’incident diplomatique, qui avait conduit à la suspension de la coopération judiciaire, l’échange de visites a repris de plus belle. Surtout que les autorités françaises «souhaitent que cette coopération redevienne pleine et entière», comme l’a indiqué Hamon. Pour lui, «ce partenariat d’exception demande beaucoup de soin. C’est pour cela que le ministre français des Affaires étrangères a reconnu l’existence de dysfonctionnements dans l’affaire à l’origine de cet incident». Globalement, le ministre français a estimé que les relations bilatérales ne peuvent être irrémédiablement impactées par des accidents de parcours. La preuve: «les opérateurs n’ont pas attendu que les ministres se réunissent pour initier leur collaboration», a noté le ministre français. Celui-ci a rencontré, lors de sa visite à Rabat, Fatéma Marouane, ministre chargée de l’Artisanat, de l’économie sociale et solidaire, ainsi que Nizar Baraka, président du CESE. Benoît Hamon, qui était accompagné d’une délégation d’opérateurs dans l’économie sociale, a signé un mémorandum d’intention avec son homologue marocaine. L’objectif est de renforcer le cadre institutionnel des entités opérant dans ce domaine, et de développer les échanges entre les organismes publics et les différents acteurs du secteur. Surtout qu’il s’agit d’un modèle économique en vogue un peu partout dans le monde, à cause de la résilience dont il a fait preuve face à la crise. En effet, confrontées aux mêmes problèmes que les entreprises classiques, les unités d’économie sociale et solidaire ont connu moins de licenciements et de faillites, comme l’a rappelé le ministre français. Cette force découle, selon lui, de la conception non lucrative des unités d’économie sociale, notamment les coopératives et les mutualités. Celles-ci privilégient un développement sur le moyen et long terme, en réinjectant les bénéfices dans l’entreprise, contrairement aux sociétés classiques, généralement partagées entre l’intérêt à court terme des actionnaires et le renforcement de leurs fondements. C’est pour cela que «la France a fait le choix de miser sur les entreprises qui ont une vision à moyen et long termes», a affirmé le ministre. Il a avancé que le gouvernement français a appelé les entreprises à s’inspirer de l’économie sociale, notamment en termes de responsabilité et de relativité des bénéfices, afin d’aboutir à un modèle hybride. Surtout face «la crise qui caractérise le modèle entrepreneurial classique». D’ailleurs, «c’est une des réponses de la France à la crise», a indiqué Benoît Hamon. Une orientation confirmée par la loi sur l’économie sociale défendue par Hamon devant le Parlement français. Pour lui, «ce texte est parti d’un constat politique, qui a permis d’apporter des instruments concrets pour le développement du secteur». Ce dernier est aussi une solution à certains problèmes sociaux, notamment le chômage et la pauvreté. «Il ne s’agit pas de se substituer aux fonctions de l’Etat providence, mais l’économie sociale et solidaire peut apporter certaines réponses à ces problématiques», a-t-il souligné.

Créneaux porteurs

Benoît Hamon a affirmé qu’il a discuté avec les responsables marocains des créneaux porteurs qui peuvent faire l’objet d’une coopération entre les entreprises d’économie sociale des deux pays. C’est le cas notamment du secteur de recyclage, qui peut être structuré en introduisant des acteurs de l’économie sociale, notamment dans le volet nécessitant un travail manuel, a-t-il fait savoir. Cela permettra, selon lui, d’anticiper les potentiels problèmes écologiques, et offrira de nouveaux postes d’emploi. Globalement, le ministre français a considéré que les entreprises d’économie sociale ne doivent pas être confinées à certains secteurs comme l’agriculture ou l’artisanat, mais plutôt s’ouvrir sur tous les domaines. Parallèlement, la coopération entre les deux pays devra passer par un échange des bonnes pratiques. Ainsi, la France semble intéressée par le modèle marocain des coopératives d’habitation, qui permettrait, selon Hamon, de constituer une des solutions pour la problématique du logement.

Mohamed Ali MRABI

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