Competences & rh

Sciences de gestion
4 doctorants sur 10 «livrés à eux-mêmes»

Par | Edition N°:4225 Le 04/03/2014 | Partager
Ils ne travaillent pas dans le cadre de laboratoires de recherche
Seuls 43% se consacrent exclusivement à leur thèse
A peine 6% des travaux réalisés en co-tutelle étrangère

Qui sont les doctorants en sciences de gestion? L’Association marocaine des doctorants en management (Amdem) a

Source: Amdem
Les thésards consacrent en moyenne 3.300 DH par mois à leurs travaux de recherche. Une somme qu’ils assurent de leur poche pour la majorité, sans le soutien de l’université, puisque seuls 37% bénéficient d’une bourse

tenté de répondre à cette question, à travers une enquête inédite auprès d’un échantillon de 100 thésards issus de 9 universités (y compris de l’Iscae). Le projet a été mené en partenariat avec le Groupe de recherche sur les entreprises familiales et les stratégies des organisations (Grefso), et le cabinet LMS-CSA (Marketing et Sondages). Il a permis de recenser quelque 250 doctorants en sciences de gestion. Une première, puisqu’il n’existe pas d’annuaire de thésards en management. Cela fait d’ailleurs partie des projets sur lesquels travaille en ce moment l’école doctorale  de l’Iscae.
Les résultats de l’enquête ont été présentés vendredi dernier à l’occasion du colloque international sur les tendances des sciences de gestion organisé à l’Iscae, et auquel le ministre de l’Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi, a pris part. «Nous avons pour objectif de porter le nombre d’étudiants de 620.000 à 1 million, mais l’université est tenue de jouer son rôle. Pour exister à l’international, le Maroc doit aller vers la société du savoir», a insisté Daoudi. Le ministre fait d’ailleurs de l’encouragement de la recherche sa priorité. 
D’après les conclusions de l’enquête, clôturée en février dernier, une bonne partie des doctorants (40%) a choisi de s’inscrire en doctorat par intérêt pour la recherche, ou encore pour aller le plus loin possible dans les études (25%), ce qui est plutôt bon signe. Un troisième groupe non négligeable (34%) a, lui, décidé de préparer une thèse pour des «perspectives professionnelles». Si un tiers sélectionne sa thématique de recherche en fonction de ses centres d’intérêt personnels, 28%, eux, se fient à l’orientation de leur directeur de thèse. Près d’un quart, en revanche, évoquent la volonté de continuer les travaux menés en master. La finance se place en tête des spécialités les plus traitées (voir article page IV).
Même si 60% sont membres de laboratoires de recherche, il n’en demeure pas moins que 40% travaillent en solo. Ils se retrouvent ainsi livrés à eux-mêmes. «C’est une vraie source de préoccupation. Comment peuvent-ils avancer sans bénéficier de l’environnement de recherche des laboratoires?» s’interroge Abdenbi Louitri, directeur du Grefso.
La majorité des doctorants, dont la moyenne d’âge est de 30 ans (53% de femmes), exercent une activité professionnelle. Soit 57%, dont 83% hors enseignement. «Ils veulent, en fait, tout faire en même temps et ils ont du mal à se concentrer sur leur recherches. Je pense que l’introduction d’un statut des chercheurs pourrait régler ce problème», estime Rachid M’Rabet, directeur de l’école doctorale de l’Iscae. Le tiers consacre moins de 10 heures par semaine à sa thèse, 36% entre 10 et 20 heures et le reste plus de 20 heures.
Contrairement à ses aînées, la nouvelle génération de doctorants ne s’éternise pas dans la préparation de son doctorat.

47% des doctorants ambitionnent de devenir enseignants-chercheurs à l’université publique, mais encore faut-il les encourager, afin d’assurer la relève dans le secteur. 27% sont attirés par les cabinets de consulting  mais ces derniers ne sont pas toujours preneurs, car ils privilégient généralement les profils expérimentés ayant développé une bonne connaissance du terrain

L’ancienneté moyenne des thèses est de 2 ans seulement. Par ailleurs, les deux tiers veillent à présenter régulièrement l’état d’avancement de leurs travaux.
Toutefois, la direction des projets de recherche demeure presque exclusivement marocaine. Seuls 6% des thèses sont réalisées en co-tutelle ou co-encadrement avec des partenaires étrangers. Or, cela permettrait aux candidats de décrocher une double diplomation.
Côté publications, il y a encore du chemin à faire. Environ 82% des sondés n’ont jamais publié d’articles durant leur parcours de thèse.
Les deux tiers ont déjà participé à des colloques et doctoriales, principalement au Maroc. Mais seule la moitié a vu sa communication retenue dans des congrès.

Les centres d’études doctorales mal connus

Les activités des centres d’études doctorales (CED) ne sont pas assez connues des thésards, même si 77% disent les avoir déjà visités. 69% en ont une connaissance moyenne à faible. Manque d’initiative des candidats ou défaut de communication des CED? D’autres conclusions  permettent d’y voir un peu plus clair. Près de 43% des sondés n’apprécient pas les activités des centres et 43% en sont moyennement satisfaits. Ils ne sont pas non plus contents des informations disponibles dans les CED (66% les trouvent insatisfaisantes à moyennement satisfaisantes).
Avec la direction de l’université, les relations ne sont pas toujours faciles. Seuls 28% les voient d’un bon œil.
En matière de connaissance de leurs droits et obligations, les doctorants ne sont pas des champions. Les trois quarts les ignorent ou n’en connaissent qu’une partie. Néanmoins, plus de la moitié estiment que leurs droits ne sont pas respectés. Ils pensent aussi, à 90%, que leurs travaux ne sont pas assez valorisés.
L’enquête a également permis de relever les attentes des doctorants. L’accès aux ressources documentaires vient en tête de leurs demandes. «Ce qui se fait aujourd’hui, c’est du bricolage, les étudiants se débrouillent avec les moyens du bord pour leurs recherches. Chaque université devrait avoir au minimum un accès libre à une base de données», préconise Abdelmajid Amine, enseignant à l’université Paris Est Créteil. Sauf que l’adhésion à ce genre de data bases coûte trop cher. «Notre souhait c’est que le ministère de l’Enseignement supérieur nous procure un accès aux bibliothèques électroniques internationales. Les établissements ne peuvent en supporter seuls le coût qui varie entre 600.000 et 700.000 DH par an», relève Mohamed El Moueffak, directeur de l’Iscae. «Nous espérons que ce sera possible dès l’année prochaine afin de permettre à nos chercheurs de travailler dans de bonnes conditions», poursuit-il.
Les thésards veulent, entre autres, disposer d’outils informatiques, être mis en réseau, suivre des formations à la recherche et bénéficier de structures et moyens matériels.

Des directeurs de thèse bénévoles

Ce sont eux qui encadrent les travaux de recherche et assurent le suivi des thèses, et pourtant, ils ne sont pas rémunérés. Les directeurs de recherche, une denrée rare au Maroc, travaillent à titre bénévole, de quoi les décourager. Dans certaines écoles en France, par exemple, pour chaque thèse chapeautée, le directeur de recherche reçoit 1.500 euros. Ceci se répercute naturellement sur la qualité de l’encadrement offert. L’enquête de l’Amdem l’a bien relevé, seuls 61% des doctorants sont satisfaits de l’encadrement de leur thèse, et 39% le sont moyennement ou pas du tout.

Ahlam NAZIH

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