Competences & rh

Stratégie/Les cabinets de recrutement supplantés par les jobboards?

Par | Edition N°:4220 Le 25/02/2014 | Partager
Les chasseurs de têtes restent leaders sur les hauts profils
Ils utilisent les sites d’emploi pour rendre visibles leurs offres
Le recrutement, de plus en plus complexe

Depuis leur apparition au Maroc il y a quelques années, les sites d’emploi, #img1#ou jobboards, ont entièrement modifié la structure du marché. Ils se positionnent aujourd’hui comme le premier outil de recherche d’emploi, dépassant de loin les cabinets classiques de recrutement. «Selon une étude que nous avons récemment menée, seuls 30% des candidats recourent à des cabinets spécialisés. Ces derniers se placent en 3e position après les sites électroniques et les candidatures spontanées», relève Khadija Boughaba, directrice générale du cabinet Invest RH.
Le premier site à s’être lancé dans le e-recrutement, c’est Rekrute.ma, créé en 2006. Il est actuellement leader dans le domaine des annonces d’emploi payantes au Maroc. «Sur les 10.500 annonces publiées en 2013, quelque 5.670 ont été postées sur notre plateforme. Rekrute.com accapare 70% des parts de marché en valeur», précise Charlotte Lefort, directrice des Opérations. Près de 83 personnes sont recrutées chaque jour sur ses pages. Son portefeuille croît chaque année de 300 clients et plus de 70.000 nouveaux candidats. Son chiffre d’affaires progresse annuellement de   8 à 10%.
En 2013, le site comptait 470.000 candidats et 48.000 postes offerts. Néanmoins, les sites d’emploi risquent-ils, à terme, de remplacer les cabinets spécialisés? «Les deux opérateurs sont plutôt complémentaires. Le travail d’un cabinet ne peut être remplacé», estime Ali Serhani, directeur associé du cabinet Gesper Services. En effet, si les sites jouent sur la quantité des annonces, les chasseurs de têtes, eux, privilégient la qualité des profils présentés. Tris des candidatures, préparation des entretiens, conseil, formation,… les cabinets offrent, par ailleurs, tout un ensemble de services personnalisés, selon les demandes des entreprises, contrairement aux sites d’emploi. «Mais pour la diffusion des CV, nous faisons nous-mêmes appels à des jobboards. Cela nous permet aussi de gagner en visibilité, puisque nos logos sont affichés sur leurs pages. Je dirais même qu’ils représentent une belle opportunité pour nous», confie Serhani. Les opérateurs qui n’ont pas investi le web peuvent donc sous-traiter chez les plateformes électroniques les plus cotées de la place.
Les cabinets ont aussi, selon certains professionnels, plus d’aptitude à faire face à la complexité montante du recrutement. «Les candidats sont de plus en plus exigeants et volatils. Les entreprises, pour leur part, ont des demandes plus précises», avance Khadija Boughaba. 
D’un autre côté, certains profils restent du ressort des cabinets. Les entreprises préfèrent, par exemple, y recourir directement afin de chercher des compétences pour les postes de management, voire de top management. Les candidats les plus qualifiés, quant à eux, par peur d’être dévalorisés ou par souci de discrétion, évitent de poster leur demande sur Internet. 
Il est vrai que la plupart des cabinets n’ont pas suffisamment investi dans le virtuel, malgré leurs pages lancées sur les réseaux sociaux. Toutefois, certains ont relevé le défi du web en créant leur propre site d’emploi, à l’instar de Diorh, avec Diorhprofiler.com. «Notre offre est, toutefois, différente. Nous ne vendons pas les CV, nous les mettons à la disposition de nos clients», précise Essaïd Bellal, DG.

Un marché encore minuscule, malgré tout

Contrairement aux idées reçues, créer un site de e-recrutement n’est  pas chose facile. Une multitude de plateformes spécialisées voient le jour chaque année, mais peu réussissent à maintenir leur activité.

Pour chercher un emploi, les candidats s’orientent d’abord vers Internet qu’ils considèrent à 95% comme un facilitateur du processus de recherche

«Le e-recrutement nécessite des compétences solides dans le web et les IT, afin de garantir un bon référencement et réussir à attirer les meilleurs profils», explique Hicham Lakhmiri, DG de Amaljob.com. Des investissements conséquents en communication et en marketing sont également requis. Pour le moment, seuls quelques jobboards ont pu se démarquer, tels que Rekrute, Amaljob, Menara, Emploi.ma, Be4job ou encore Jobmediaire. Le marché du e-recrutement, lui, est encore «microscopique». Son chiffre d’affaires est estimé à 35 millions de DH, selon une récente étude de Rekrute.com, qui est en train de préparer le lancement de nouveaux produits.
Les opérateurs virtuels essaient eux aussi de se diversifier. Amaljob (1.500 nouveaux inscrits chaque semaine et 10.000 visites par jour), à titre d’exemple, essaie de jouer sur la proximité avec les entreprises et les demandeurs d’emploi, avec l’organisation de conférences-débats et de caravanes de l’emploi. Cette année, la caravane sillonnera plusieurs régions, en mettant en valeur les métiers porteurs dans chaque localité. L’opérateur  s’apprête également à annoncer de nouveaux services, à la fois pour les entreprises et les candidats.

Les entreprises plus exigeantes

LA conjoncture n’a pas été facile pour tout le monde ces deux dernières années, mais cabinets et sites électroniques s’accordent à dire que le marché du recrutement reprend cette année. «Les profils de commerciaux sont pratiquement les seuls à ne pas avoir connu la crise, puisque les entreprises comptent sur eux pour maximiser leur chiffre d’affaires», précise Ali Serhani. Depuis le déclenchement de la crise les entreprises optent plus pour la rationalisation de leurs coûts. Pour leurs recrutements, elles choisissent en premier de puiser dans leurs ressources internes. Elles ne recourent à des intermédiaires que pour des profils très pointus.

Ahlam NAZIH

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