Competences & rh

Langue d’éducation: Le grand cafouillage

Par | Edition N°:4129 Le 08/10/2013 | Partager
La mauvaise gestion du plurilinguisme, une cause des difficultés de l’école marocaine
La langue d’apprentissage doit répondre à l’intérêt de l’enfant
Pouvoir transmettre l’idée et la pensée quelle que soit la langue

Quel avenir pour l’école de demain? Arabe standard marocain, arabe dialect, amazigh,… l’environnement marocain est caractérisé par le plurilinguisme. Un aspect qui permet au Royaume une richesse et une diversité socioculturelle. Néanmoins, en aucun cas ceci ne facilite le choix de la langue d’apprentissage mais pose en revanche un problème de complexité linguistique. «La mauvaise gestion du plurilinguisme est l’une des causes essentielles des difficultés du système éducatif marocain», souligne Alain Bentolila, professeur de linguistique à l’université de Paris Descartes. Le Colloque international sur l’éducation, des 4 et 5 octobre derniers a été une occasion pour débattre autour de ce thème. Quelle langue pour l’éducation de nos enfants? Aujourd’hui, l’élève marocain est en train de vivre une double rupture. La première est entre la maison et le préscolaire. Dès que l’enfant entre à la crèche, il n’est plus question de parler l’arabe dialectal mais c’est l’arabe standard moderne et le français. Une situation qui l’amène à vivre une discontinuité entre ce qu’il a appris avec ses parents et l’école qu’il vient d’intégrer. La seconde rupture est encore plus grave, il s’agit de la transition entre les études secondaires et l’enseignement supérieur. L’élève ayant appris les matières scientifiques en arabe durant son cursus, il se retrouve à l’université ou dans les grandes écoles d’enseignement à étudier en français. Fini l’arabe, sauf pour quelques filières et spécialités. De plus, même lors de l’apprentissage des langues, les coefficients qui leur sont accordés restent très faibles par rapport aux matières scientifiques. Une situation qui amène l’élève à négliger les matières d’apprentissage des langues. «Afin de choisir une langue d’éducation pour un enfant au préscolaire, il est indispensable de prendre en considération les paramètres internes liés aux conditions de la localisation et des paramètres externes imposés par la globalisation», souligne Ahmed Boukous, directeur de l’Institut royal de la culture amazigh (IRCAM) et professeur de linguistique à l’université Mohammed V Rabat. Une approche dont conviennentt d’autres experts en linguistique à laquelle ils ajoutent d’autres ingrédients. L’intérêt de l’enfant doit être au centre de la réponse pour la langue de l’éducation. Il ne s’agit pas d’un choix, mais c’est un droit pour l’enfant de savoir communiquer. «L’impuissance linguistique engendre une violence crédule et une vulnérabilité», explique Alain Bentolila. Maîtriser une langue ce n’est pas seulement ne pas commettre des fautes de grammaire mais pouvoir transmettre l’idée et la pensée. Priver de la capacité de communication, c’est enlever un droit du statut humain.

Fin de la parole?

L’école est censée être un lieu d’échange et de communication. Est-ce le cas pour  l’école marocaine? L’enfant parlant l’arabe arrive à l’école à l’âge de 6 ans avec un bagage et un dictionnaire linguistique déjà établi. Cependant, la langue de l’enseignement dans les écoles primaires est l’arabe standard marocain (ASM). Ce choix remet à zéro les connaissances de l’enfant. Un contexte qui amène l’enfant à se taire en classe. D’où l’école qui devient un lieu fermé au lieu d’un espace ouvert à la communication. «Chez nous, l’école c’est la fin de la parole», souligne Abdellah Chekayri, professeur associé à l’Université Al Akhawayn à Ifrane.

Rajaa DRISSI ALAMI 

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