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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

samedi 01 novembre 2014,
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Gouvernance locale
Comment les collectivités influencent les stratégies écologiques
Transport, éclairage public, assainissement... les choix cruciaux
Préparation du sommet Paris 2015
Le Maroc pourrait conclure un accord pour exporter ses électrons verts

   
Gouvernance locale Comment les collectivités influencent  les stratégies écologiques
«Aujourd’hui, au Maroc, il y a près de 90 collectivités françaises qui mènent 300 projets dans l’accès à l’eau et à l’électricité, l’assainissement, le transport, le logement social en collaboration avec leurs homologues marocains», souligne Pascal Canfin, ministre français du Développement

Pascal Canfin, ministre français délégué au Développement auprès du ministre des Affaires étrangères, a fait le déplacement au Maroc pour prendre part au Sommet mondial des dirigeants locaux et régionaux qui s’est tenu à Rabat. L’homme politique aux orientations vertes revient pour L’Economiste sur le poids des collectivités dans l’impulsion des stratégies écologiques.

- L’Economiste: Comment les collectivités peuvent-elles lutter contre le réchauffement climatique?
- Pascal Canfin: Le premier levier des collectivités est la sensibilisation puisque les maires et les élus locaux sont au contact de leurs concitoyens. Le deuxième est qu’elles ont en main une partie des solutions. Il s’agit des choix urbains et  de transports qui sont des enjeux majeurs pour lutter  contre les changements climatiques. Cela est vrai pour les collectivités du Nord mais, il l’est de plus en plus pour celles du Sud. Les choix du transport à Rabat ou à Casablanca avec le tramway sont des choix structurants. Ils orientent des trajectoires de développement qui impliquent soit beaucoup de consommation d’énergie soit au contraire un schéma plus écologique. Le troisième levier est la capacité d’influencer la politique des Etats au niveau national et international. C’est pour cela que nous voulons  impliquer les collectivités dans l’accord de Paris 2015, parce que ce sont des forces progressistes. Cette rencontre sera la plus grande conférence jamais organisée en France.

- Les différences économiques entre Nord et Sud n’impliquent-elles pas un reclassement des priorités notamment écologique? 
- Les premières victimes du changement climatique sont les pays en développement. Au Maroc par exemple, le stress hydrique est l’une des conséquences du changement climatique. Vous n’en êtes pas responsable et c’est pour cela qu’il est nécessaire d’avoir des flux de solidarité internationale climatique qui sont l’un des enjeux de la négociation internationale pour ce que l’on appelle le fonds vert. Le Maroc, avec le plan solaire, le plan éolien a l’intention de se doter de capacité de production considérable en énergie renouvelable. Vous êtes également confrontés à un enjeu qui est la diminution des subventions aux énergies fossiles. La croissance implique une consommation supplémentaire d’énergie avec le modèle actuel, cela conduit à une augmentation des importations et donc un déficit plus important jusqu’à arriver à une insoutenabilité financière. Le Maroc est un cas d’école dans ce sens avec à la fois une forte pression du surcoût des énergies fossiles sur le déficit mais avec une véritable stratégie  pour sortir de cette situation et en même temps avec toute la difficulté de la transition. Une difficulté similaire à celle que nous rencontrons en France avec des différences Nord/Sud. La France importe annuellement en pétrole et en gaz l’équivalent de 70 milliards d’euros, quasiment la totalité du déficit commercial. Nous faisons également face à des questions de soutenabilité financière. Et lorsque nous voulons réorienter notre fiscalité, comme vous voulez le faire, pour taxer davantage les pollutions et réduire les subventions aux énergies fossiles, nous sommes face à des problèmes d’acceptation par la société dans les deux pays. Le débat se pose de la même façon. Nous sommes dans une logique de partage d’expérience en matière de gestion de la transaction. 

- Quelles seront les implications du Sommet Paris 2015 pour le Maroc?
- Nous avons fait le choix d’associer davantage les collectivités dans la préparation et la réussite de ce sommet. Le plan énergétique marocain implique une exportation des électrons verts du Maroc vers l’Europe. A un moment donné nous devrons prendre nos responsabilités dans ce cadre. Cela pourrait se faire dans le cadre de l’accord de Paris 2015, en offrant aux pays du Maghreb des débouchés pour leur production d’énergie renouvelable excédentaire. Cette opération représenterait une entrée de devis pour financer d’autres projets de développement.

- Comment jonglez-vous avec les contraintes budgétaires et les aides au développement qui devraient être de 0,7% du PIB? 
- Nous ne sommes pas encore arrivés à ce niveau mais plutôt à 0,46%. Le gouvernement s’est surtout attelé à maintenir les mêmes niveaux des aides au développement. L’année dernière, nous avions une quasi-stabilité. Pour 2013, une baisse de 100 millions d’euros est enregistrée. Pour arriver au 0,7%, il faut 5 milliards d’euros supplémentaires aux 9,5 milliards d’euros engagés actuellement. La réalité est que le contexte budgétaire ne nous permet pas de mettre ce montant en plus. Par contre, nous voulons mobiliser les financements innovants comme pour la taxe sur les transactions financières dont 15% sont affectés à l’aide au développement et à la solidarité ou la taxe de solidarité sur les billets d’avions que nous avons augmentés de 12%.


Propos recueillis par Ilham BOUMNADE