Entreprises

Electroménager
Pourquoi Fagor ferme son usine

Par L'Economiste | Edition N°:4121 Le 26/09/2013 | Partager
Le tissu industriel ne résiste pas à la concurrence asiatique
Des prévisions de baisse de marché de 7% à fin 2013

Il y a 18 ans de cela, l’usine Fagor de Mohammedia a vu le jour avant de fermer ses portes ce mois-ci. Elle emploie 70 ouvriers pour la production de réfrigérateurs

Fermer une usine est toujours une décision douloureuse. Elle implique plusieurs pertes d’emplois, un désinvestissement et un sacré coup pour l’image de l’entreprise. Généralement, la décision est prise en dernier recours. L’espagnol Fagor met un terme à son aventure industrielle au Maroc. Après 18 ans d’activité, l’usine de Mohammedia, spécialisée dans les réfrigérateurs Fagor, vient de fermer ses portes (voir L’Economiste du 25 septembre). Une annonce pour le moins surprenante malgré que la rumeur circulait depuis quelques mois. En 2008, le groupe espagnol envisageait d’ouvrir une deuxième ligne de production. En 2011, l’usine de Mohammedia exporte vers le Maghreb (voir L’Economiste du 1er juillet 2011). «Je suis venu au Maroc pour réindustrialiser le site de Mohammedia et augmenter la cadence de production», avait confié Lionel Lemaire, DG de Fagor Maroc. Depuis la conjoncture en a décidé autrement et la donne a complètement changé. Réduction du pouvoir d’achat, marché en baisse et crise mondiale. Tout un cocktail auquel l’usine n’a pas pu résister. Si ses éléments sont complètement incontrôlables, les pouvoirs publics ont également leur part de responsabilité. «Le démantèlement douanier avec les pays asiatiques a fortement augmenté la concurrence dans un contexte où le tissu industriel marocain n’est pas compétitif», confie Lemaire. Pour le DG, «Il est trop tôt pour que le Maroc baisse ses droits de douane avec des pays ayant une productivité bien supérieure à lui». Voilà un point important. Toutes les attentions sont portées sur le démantèlement tarifaire avec l’Union européenne en oubliant les autres mutations que connaît le système douanier. Depuis janvier 2012, une importante série de baisses des droits de douane est entrée en application. Ces baisses touchent tous les pays dans le cadre du régime commun. Il s’agit particulièrement des pays asiatiques comme la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, la Thaïlande, Singapour, le Taïwan et le Japon. Les droits d’importation des réfrigérateurs de type ménagers sont passés de 50% en 2000 à 25% depuis 2012. «Nous avons alerté l’ancien gouvernement sur la dangerosité d’une telle mesure et son impact sur l’industrie nationale sans que le tir ne soit rectifié», regrette Lemaire. L’usine de Mohammedia représente 10% du chiffre d’affaires de Fagor Maroc. Sa fermeture implique le départ au chômage de 70 ouvriers. Un nombre peut être peu signifiant au regard des statisticiens, car en marge du seuil de tolérance. Cependant, l’indicateur est à prendre au sérieux. Le secteur de l’électroménager est mis à rude épreuve. Avec la fermeture de l’usine de Fagor, Siera demeure le seul producteur national de réfrigérateurs. La marque développée par l’entreprise Manar du groupe Sopar n’est pas également épargnée par cette vague. En plus de la baisse des droits de douane, les barrières non tarifaires ne sont pas activées. «Les barrières techniques et réglementaires sont quasi inexistantes.  Plus grave encore, les valeurs déclarées à l’importation sont souvent nettement inférieures à la réalité», dénonce Abdeljalil Lahlou, DG de Manar (voir L’Economiste du 2 juillet 2013). Le ras-de-marrée de produits électroménagers asiatique est à prendre avec des pincettes. A fin juin, les importations de réfrigérateurs, de lave-vaisselle et autres articles domestiques ont connu une baisse de 10%,  selon l’office des changes. Du coup, d’autres facteurs sont à prendre en considération. Le premier est la faible valeur ajoutée locale. Les usines marocaines ne produisent pas les équipements de dernière génération. D’où un manque à gagner important. Deuxième volet, le marché marocain demeure réduit en termes de consommation. Une ouverture vers d’autres pays de l’Afrique du Nord est quasiment indispensable à la survie d’une telle industrie. Avec le maintien de la fermeture des frontières avec l’Algérie, l’ambition est mort-née.
Globalement, le marché de l’électroménager est sur une pente descendante. «Depuis 2 ans, l’activité est en perte de vitesse. Seul celui du lave-vaisselle échappe un tant soit peu à cette tendance», estime Laurent Chevrot, DG  de Socimar, importateur-distributeur de plusieurs marques d’électroménager. Les professionnels estiment que le marché va finir l’année avec une baisse de 5 à 7%. Le Maroc est devenu un marché de renouvellement et non de primo-acquisition, d’où la baisse de la demande.

Que devient Fagor Maroc

L’arrêt de production de Fagor ne sonne pas le départ de l’entreprise espagnole du Maroc, bien loin de là. «Nous allons déplacer nos bureaux à Casablanca pour être plus proches de notre clientèle», confie le management. Juste après l’Aid El Kebir, Fagor compte ouvrir un showroom pour exposer ses nouveautés et réaliser des démonstrations à la clientèle la plus exigeante. Fagor reste timide côté chiffres mais avec les 30 personnes restantes, la marque compte augmenter ses parts de marché. Pour sa part, le terrain qui accueille l’usine est en location et sera donc restitué à ses propriétaires.

Ilham BOUMNADE

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc