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mercredi 01 octobre 2014,
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M’dina Bus proche d’une sortie de route
La compagnie perd 120 millions de dirhams par an
Aucun plan de renouvellement de la flotte à l’ordre du jour
Toute la gestion déléguée du transport en cause à Casablanca

   
M’dina Bus proche d’une sortie de route
Le parc automobile de la compagnie a pris de l’âge. Ce qui ne fait qu’accroître ses coûts d’exploitation, via la consommation de carburants

La situation que traverse M’dina Bus est symptomatique des ratés de la concession déléguée du transport urbain à Casablanca. Au contraire de la plupart d’autres villes, la greffe n’a pas pris dans la métropole. L’autorité délégante et son partenaire se rejettent la responsabilité sur l’application de la convention.
Selon toute vraisemblance, l’opération «sauvetage» menée par la CDG après son entrée dans le capital de la compagnie ne suffira pas à assurer sa viabilité. Ce qui est certain, c’est que l’heure est grave. Le transporteur est en effet fragilisé par l’enchaînement des pertes d’exploitation, 120 millions de dirhams par an. La dernière augmentation du prix de gasoil pourrait lui porter un coup fatal. Le surcoût serait évalué à plusieurs millions de dirhams.
Comme si cela ne suffisait pas, plus de deux ans après, l’Etat ne lui a toujours pas remboursé (malgré des engagements écrits) la «facture du printemps arabe». A la demande du gouvernement, la société avait concédé une augmentation de 600 dirhams nets aux 800 ex-agents RATC qu’elle compte encore dans ses effectifs et qui ont gardé leur statut de fonctionnaire. Par an, la note s’élève à 10 millions de dirhams. Or, malgré de nombreuses relances, l’Etat-employeur, qui devait prendre en charge ces revalorisations salariales, n’a pas versé le moindre dirham à ce jour.
Au-delà, c’est toute la gestion déléguée du transport urbain et, encore plus, l’organisation de la mobilité qui est en cause. Pour diverses raisons, peu de dispositions prévues dans le contrat de gestion déléguée ont été mises en œuvre. Par exemple, l’éloignement grands taxis blancs du périmètre urbain s’est avéré inopérant car irréaliste au vu du rôle que jouent encore ces véhicules dans la mobilité des populations. Tout comme il n’a pas été possible d’assurer «l’exclusivité» promise à la société.
Par ailleurs, l’absence de toute organisation de la mobilité dans la métropole peut mettre à mal n’importe quel prestataire. Les plans des déplacements urbains sont restés de beaux schémas sur le papier. Casablanca, avec ses bouchons, manque cruellement de couloirs de bus. La direction de M’dina Bus confie qu’elle sollicite depuis 2004 le tracé des couloirs des bus, mais «on nous dit que ce n’est pas possible», révèlent les responsables. «Quand on voit que pour le tram, on a été capable de fermer une des plus grandes artères de la ville (boulevard Mohamed V), on se dit que la possibilité est là, mais la volonté ne suit pas».
Une étude, en partenariat avec l’Autorité organisatrice des déplacements urbains dans la ville, a été réalisée en avril 2011 puis actualisée en juin 2012. Conclusions: sur certaines tronçons, la vitesse commerciale est de 2 km/h, c’est-à-dire que le bus va deux fois moins vite qu’un piéton dont la vitesse est estimée à 5 km/h. Dans ces conditions, font remarquer les responsables de la compagnie, «les bus se transforment en arrêts mobiles». Tous ces éléments ont  fait voler en éclats le business model de l’entreprise: Le nombre de passagers par bus et par jour est aujourd’hui de 720 contre 950 prévus à l’origine.
La détérioration de la situation financière de la compagnie était prévisible. Dès les premières années de la mise en service de M’dina Bus, l’autorité délégante et la compagnie se renvoyaient la responsabilité d’une éventuelle catastrophe. La société n’a jamais pu procéder au renouvellement de son parc de bus. Quand on prend Rabat pour exemple, beaucoup de Casablancais se demandent aussi pourquoi l’entreprise avait fait le choix d’investir dans les bus d’occasion. 

Où est passé le comité de suivi du contrat de gestion?

Cette instance où se décident des aménagements de plusieurs paramètres qui touchent l’exploitation est quasiment en veilleuse. La direction de M’dina Bus accuse: «On se manifeste, on a envoyé plusieurs courriers, en demandant de réviser les tarifs, de refaire la revue triennale de la convention, mais on n’a aucune réponse». La seule et dernière revue triennale du contrat de gestion déléguée remonte à 2007.

A. Lo.