Culture

Leila Ghandi: «Je suis contre le monolithisme identitaire»

Par | Edition N°:4109 Le 10/09/2013 | Partager
Une femme militante et engagée derrière ou devant l’objectif
Nominée pour le Mediterranean Journalist Awards

«J’ai eu une vie très riche, mais je ne suis pas tout à fait satisfaite pour autant : je me dis mince! J’ai déjà 33 ans, j’aimerais revenir à mes 22 ans. Pas pour recommencer mais pour vivre d’autres expériences encore!», soutient Leila Ghandi

LE goût de l’aventure est un véritable mode de vie pour Leila Ghandi. A la fois journaliste, animatrice télé, réalisatrice, productrice, entrepreneur… à seulement 33 ans, la globe-trotteuse a déjà vécu plus d’une vie. Celle que l’on compare souvent au grand voyageur marocain Ibn Battouta a pour première source d’inspiration son environnement familial, et son père plus particulièrement. «Mon père était un homme pragmatique et très sage. Il n’avait pas peur de relever des défis. C’est de cette force mentale que je m’inspire au quotidien. Il nous a malheureusement quittés et il est important pour moi d’essayer de le rendre fier tous les jours», confie Leila Ghandi.
Seulement, ce goût du voyage, de la découverte de l’autre et de l’ailleurs est loin d’être la seule facette de la reporter. Bonne élève, elle a toujours eu un penchant pour les études commerciales et politiques.
Diplômée de l’ESC de Bordeaux, de l’université de Portsmouth en Grande-Bretagne et de Sciences Po Paris, Leila Ghandi est une femme aux casquettes multiples.
«J’aime plusieurs choses en même temps. En parallèle de mes études et de mes emplois, je voyageais beaucoup, que ce soit dans le cadre des vacances scolaires ou des différents stages que j’ai effectués», explique-t-elle. D’ailleurs son premier emploi et ses stages ne s’éloignaient jamais de la sphère politique et des relations internationales. En tant que stagiaire, elle a été chargée de mission à l’ambassade de France à Santiago au Chili, chargée de projets européens au centre de formation franco-chinois de Pékin.
Mais hors de question pour autant d’abandonner sa passion pour le voyage, la photographie et l’écriture! Sa première exposition photo, ses premiers reportages… ont tous eu lieu pendant qu’elle travaillait. «Mais à un moment il a fallu choisir. J’étais arrivée à une limite où je ne pouvais plus développer autant que je voulais tout ce que j’entreprenais. J’ai ainsi fait le choix de m’engager dans les médias. La politique n’était pas loin pour autant! Je fais seulement de la politique différemment, par un engagement social, en véhiculant des valeurs… sans appartenir forcément à un organe politique».
En effet, selon Leila Ghandi, qu’on le veuille ou non, quand on fait partie de la sphère publique, on représente quelque chose. Certains conservateurs n’ont pas manqué de critiquer son mode de vie, l’image qu’elle représentait et tout simplement son statut de femme moderne et émancipée. Ce qui n’a jamais constitué un frein à ses projets et ses activités. «On ne fait jamais l’unanimité et souvent malheureusement, ce sont surtout vos détracteurs qui s’expriment. On me demande quelques fois pourquoi je prends des risques. Je pars du principe que du moment où on s’exprime, on s’expose à la critique». La femme de médias assume complètement sa position de leader d’opinion. Elle encourage même les médias à l’utiliser pour véhiculer les messages auxquels elle adhère et qu’elle souhaiterait transmettre. Se positionnant en tant que Marocaine, maghrébine, méditerranéenne, arabe, musulmane et africaine… Leila Ghandi dénonce le manque de représentativité et les amalgames dont souffrent les Marocains. « Surtout aujourd’hui, le monde étant en pleine mutations sociale, politique et économique». Qu’on se le dise, Leila Ghandi est une militante qui n’hésite pas à se mettre en avant et à profiter de sa notoriété pour transmettre des messages politiques. «Ce contre quoi j’essaie de m’ériger, c’est la marche vers le monolithisme identitaire. Au Maroc, on n’est pas qu’arabo-musulman. On a une identité plurielle et on est riche de notre diversité. Il faudrait qu’on soit à la hauteur de notre Histoire en respectant cette diversité et les libertés individuelles». A bas la pensée unique, donc, et les visions restrictives de l’identité marocaine!  Autre combat important pour Leila Ghandi, celui de l’émancipation de la femme marocaine. Malgré l’initiation de « chantiers » importants tels que la Moudawana ou la réforme du code de la Famille, l’évolution est encore trop lente pour celle qui estime que les mentalités évoluent plus lentement que les lois. Une évolution souvent menacée par ailleurs.
Ce militantisme prend tout son sens dans l’engagement de la journaliste auprès de plusieurs associations telles que Bayti, SOS Villages d’enfants, la Fondation marocaine pour la protection de l’environnement... Leila Ghandi est également impliquée à l’international, notamment auprès de Drosos, une association suisse très impliquée dans le développement humain. «Il est important pour moi de garder un pied sur le terrain avec les enfants et les personnes âgées. On ne révolutionne pas le monde mais celui de quelques personnes. Ce qui est tout aussi important».
En projets aujourd’hui, l’animatrice télé prépare sa rentrée télévisuelle. L’an dernier, elle animait l’émission phare de 2M: «Voyages avec Leila Ghandi». Cette émission qui dure depuis 2 ans a beaucoup de succès. Ce rendez-vous enregistre des taux d’audience record avec 2 millions de téléspectateurs en fin de 2e saison. Gros audimat  pour un documentaire en prime time. Cette série de reportages aura constitué les plus beaux souvenirs de Leila Ghandi qui a pu interviewer de grandes personnalités politiques, telles que Mahmoud Abbas ou Moncef Marzouki. Cette émission, elle l’a vécue comme une occasion de tout essayer des cultures qu’elle traversait. Il s’agit de manger, dormir, vivre comme les gens qu’elle rencontre. Il en reste des anecdotes croustillantes. En effet, Leila Ghandi a mangé tout ce qu’il était possible (ou impossible dans l’esprit de beaucoup!) de manger. Du poulpe vivant gigotant encore dans la bouche, aux sauterelles, en passant par le scorpion ou encore le chien…
«C’est marrant, au Vietnam par exemple, ils mangent du chien sans comprendre en quoi cela peut nous choquer. Par contre, les Vietnamiens n’arrivent pas à concevoir qu’on puisse manger de la cervelle du mouton ou des escargots», raconte-t-elle. De plus, la photographie est toujours très présente dans sa vie. Sa collection «Vies à vies» qui confrontait plusieurs scènes de vie au Maroc et à l’étranger, exposée l’an dernier, est toujours en cours.

Une carrière saluée dans le monde entier

EN plus des nombreux prix qui lui ont été décernés (Prix littéraire USAID pour ses «Chroniques de Chine», nommée «Opinion Leader» par l’ONU et «Femme d’Excellence» par Marseille capitale européenne de la Culture), Leila Ghandi est aujourd’hui nominée pour le prix du Mediterranean journalist Awards dans la catégorie télé. Un prix organisé par la Fondation Anna Lindh, qui récompense le travail des journalistes qu’on estime être parmi les meilleurs en Méditerranée. Le verdict est attendu le 23 octobre à Londres.

Sanaa EDDAÏF

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