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Agents généraux: Les raisons d’une déprime

Par | Edition N°:4107 Le 06/09/2013 | Partager
Crise de cash et marché saturé
Ouverture de pourparlers avec les compagnies
Réseaux de distribution, les impératifs d’une mise à niveau

«Si vous connaissez un agent d’assurance qui a pris sa retraite, dites-le nous!» La boutade de Jamal Diwany, président de l’Union marocaine des agents généraux d’assurances (UMAG), se veut un témoignage sur «les conditions de travail critiques» dans lesquelles «patauge» une  profession «où il est plus ou moins facile d’y accéder mais pas d’en sortir», poursuit Karim Menjour. Il est l’un des six vice-présidents de cette association créée le 27 juin 2012.
En fait, c’est tout un secteur qui tente d’opérer un virage via la réforme qui se profile. Avant de tenir son point de presse le 4 septembre à Casablanca, l’UMAG a tenu une réunion le jour même avec l’état-major de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances (FMSAR).
Il en est d’abord sorti la décision de suspendre le sit-in qui devait se tenir devant le siège de la Fédération à Casablanca (Cf. L’Economiste du 4 septembre 2013).  «Pourquoi tenir à l’affrontement du moment que le dialogue a été finalement ouvert?» rétorque en chœur le bureau exécutif de l’UMAG. En toile de fond, le décès tragique de leur confrère Noureddine Amana, le 28 août 2013, qui a eu l’effet d’une onde de choc.
«L’UMAG n’a pas succombé à des propositions de partis politiques de gauche radicale et d’associations de droits de l’homme voulant récupérer leurs causes. Nous sommes des professionnels et les problèmes concernent un secteur», confie un des vice-présidents.
Leur principal interlocuteur, la FMSAR, tiendra de son côté, lundi 9 septembre, une réunion avec ses membres. Suite à quoi il y aura un second round avec les agents généraux. La Fédération a en tout cas informé ses adhérents sur les résultats des pourparlers engagés.

Défaut de régulation

La réunion du 4 septembre a débouché sur la création de commissions mixtes pour solutionner les problèmes en suspens. «Ses futurs membres et les thématiques n’ont pas été encore fixés. Mais les grandes lignes d’une feuille de route ont été exposées à la Fédération», précise Youssef Bounoual, SG de l’Union des agents d’assurances…
Elle s’inspire largement des 10 recommandations de la «1re Journée nationale de l’agent général d’assurance» organisée le 25 mai dernier à Casablanca. Les amendements de la loi 17-99 portant code des assurances viennent en premier. La conversion de la Direction des assurances et de la prévoyance sociale (DAPS) en autorité de contrôle ainsi que son détachement du ministère des Finances est le noyau dur de la réforme projetée. Actuellement chez la DAPS, le projet devra tôt ou tard atterrir au Secrétariat général du gouvernement pour visa. En attendant, l’association des agents généraux - 700 adhérents sur les 1.300 existants - parle d’un «marché fou». «L’an dernier, 300 nouveaux agents ont intégré la profession. Nous sommes pour l’économie libérale. Mais l’ouverture anarchique de points de vente accentue la crise que vivent déjà les opérateurs de distribution des produits d’assurances», soutient le président de l’UMAG. Parallèlement, «retraits d’agréments et dépôts de bilan se succèdent. La DAPS en reçoit près d’une dizaine par mois».
La répartition géographique des agents généraux est fortement concentrée sur l’axe Casablanca-Rabat. «Les implantations s’expliquent notamment par la croissance économique des régions. Tanger et son port ou Marrakech et son autoroute vers Agadir sont derrière les récentes ouvertures d’agences», explique un agent d’assurance de Cnia Saâda.
Si le marché est vraiment asphyxié, pourquoi des agréments continuent d’être accordés par le ministère des Finances? Un défaut de régulation que les amendements du code d’assurance tentent de rattraper. Invité au Club de L’Economiste en juin 2011, le directeur de la DAPS, Hassan Boubrik, reconnaît «qu’un bon régulateur peut contribuer à tirer le secteur vers le haut». Une autorité de contrôle «autonome» certes, mais dont le financement viendra essentiellement des compagnies d’assurances (Cf. L’Economiste du juin 2011).
Mais le secteur est secoué par d’autres problèmes. Les agents ne peuvent pas prétendre à la déductibilité de la TVA. En même temps, la montée en puissance de la banque-assurance soulève à la fois un débat économique et juridique. D’abord économique avec l’arrivée de nouveaux modes de distribution via internet notamment. Une donne que les intermédiaires devraient intégrer dans leur business modèle en investissant un peu plus dans la formation et le conseil.
Ensuite, sur le plan juridique, une demande d’avis sur «la concurrence déloyale pratiquée par les banques en matière de présentation des opérations d’assurance» a été déposée en 2012 au Conseil de la concurrence par les courtiers d’assurance. Estimés entre 300 à 350, ils sont un autre maillon de la chaîne et où les agents d’assurances se considèrent comme étant le «maillon faible».

Moratoire

«Les agréments livrés aux agents généraux le sont suite à un examen et sur accord de principe préalable des compagnies d’assurances», selon Youssef Bounoual, SG de l’Union marocaine des agents généraux d’assurances. Les agents sont par ailleurs mandataires des assureurs, avec qui ils sont liés par un traité de nomination. Ce document contractuel est qualifié de «déséquilibré». D’où la revendication de l’UMAG d’en renégocier les clauses. Ce point figure dans son mémorandum de mai 2013 au même titre que l’ouverture des points de vente (bureaux directs et agences). Arguant que le taux de commission n’a pas bougé depuis 40 ans, les agents généraux réclament aussi «un modèle de rémunération qui soit nouveau et diversifié». Ce sont là des revendications qui ont été exposées aux sociétés d’assurances (FMSAR). Vu qu’une réforme du code des assurances est lancée, l’UMAG a envoyé fin juillet 2013 une lettre à la Direction des assurances et de la prévoyance sociale. L’association demande un moratoire de 5 mois pour pouvoir formuler son avis.

Faiçal FAQUIHI 

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