Economie

Agrumes: Comment enfin organiser le marché local

Par | Edition N°:4091 Le 12/08/2013 | Partager
Les conditionneurs réclament un droit préférentiel pour l’import de l’emballage
La distribution directe via les grandes surfaces est envisagée

L’expérience de commercialisation de 200.000 tonnes d’agrumes sera pilotée par les conditionneurs, les producteurs et la grande distribution

PRODUCTEURS et conditionneurs veulent mettre de l’ordre dans le marché intérieur des agrumes. La thématique a été au coeur d’une récente rencontre entre l’interprofession qui a débouché sur une série de recommandations. Le challenge est d’arriver à valoriser 200.000 tonnes d’oranges et petits fruits. Et, partant, barrer un tant soit peu la route à l’armada d’intermédiaires qui s’y activent. En effet, 1,2 million de tonnes d’agrumes, toutes variétés confondues, sont écoulées chaque année sur le marché local sans aucune valorisation. Soit les deux tiers de la production agrumicole. Les produits sont commercialisés en vrac. Ce qui, selon l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires, pose le problème de la traçabilité en cas de risque sanitaire. D’ailleurs, l’essentiel des volumes est constitué des fruits avec feuilles, qui peuvent contenir des résidus chimiques faute d’avoir été soumis à des analyses dans les stations de conditionnement. De plus, le secteur de la distribution des fruits et légumes génère une manne financière qui ne profite qu’aux intermédiaires. Les marchandises passent entre plusieurs mains avant d’arriver au consommateur final à un prix anormalement gonflé. Les producteurs estiment que la multiplicité des intermédiaires engendre pour eux une perte moyenne de l’ordre de 2 dirhams par kilo. Quant aux stations de conditionnement, le manque à gagner se traduit par une sous-utilisation de 40 à 45% des capacités de production. Par conséquent, pendant les quatre ou cinq mois que dure la campagne d’exportation, ces unités sont surchargées. Le reste de l’année, elles sont au chômage. A l’origine, la désorganisation des circuits de distribution. C’est la raison pour laquelle l’interprofession a entamé depuis février dernier une réflexion. L’objectif étant de mettre en place un dispositif pour valoriser le gros de la production agrumicole. D’ores et déjà, producteurs et conditionneurs envisagent de lancer une première expérience de commercialisation directe dès la campagne 2013-2014. Celle-ci ciblera la grande distribution avec laquelle une convention de partenariat sera signée. Des tentatives similaires avaient déjà avorté par le passé à cause de considérations «d’ordre social». Du coup, la réussite de cette expérience est tributaire du soutien des départements ministériels concernés, à commencer par celui de l’Intérieur. Les producteurs souhaitent obtenir une dérogation à la réglementation des marchés de gros, qui exige actuellement le passage obligatoire par ces plateformes.
L’interprofession envisage d’étendre l’expérience à l’ensemble du secteur des fruits et légumes dont la production atteint 12 millions de tonnes/an pour à peine 1,3 million valorisées à l’export. A terme, la mesure devrait déboucher sur l’organisation du marché local des agrumes pour mieux valoriser ces produits au bénéfice des agriculteurs et des consommateurs. Ces derniers bénéficieraient de produits plus compétitifs et de meilleure qualité. Outre l’organisation des producteurs, les professionnels recommandent également la réduction des taxes et droits de douane sur l’importation de l’emballage. L’application d’un droit préférentiel à l’import de l’emballage permettra aux stations de conditionnement de réduire leurs tarifs 82O292par rapport à ceux appliqués à l’export. La grande distribution est également sollicitée pour appliquer un traitement différencié aux marchandises livrées directement par les stations de conditionnement, notamment en réduisant leur marge au moins dans une première étape. Les gains pourraient être conséquents du fait du volume. Pour l’heure, les grandes surfaces ne drainent qu’environ 1% des quantités écoulées sur le marché local.

Les exportations d’agrumes ne décollent pas

L’AGRUMICULTURE occupe une place importante dans le plan Maroc Vert en termes de valorisation et d’exportation. Or, bien que la filière ait réalisé tous ses objectifs en termes d’extension et de renouvellement des plantations, l’export reste sur un trend baissier. A peine 25% de la production globale sont exportés. Le développement de l’agro-industrie peut constituer une alternative. Parmi les obstacles qui freinent l’émergence d’une filière de transformation, figurent la fiscalité, la cherté des produits agricoles... Du coup, le Maroc, qui exportait il y a quelques années l’équivalent de 200.000 tonnes d’agrumes, importe 44% de ses besoins en jus de fruits. Soit quelque 50.000 tonnes d’agrumes par an. Le comble pour l’un des plus grands producteurs de la Méditerranée.

H. E.

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