Société

Le retour du lion de l’Atlas?

Par L'Economiste | Edition N°:4087 Le 02/08/2013 | Partager
C’est en 1942 que le dernier animal de l’espèce est aperçu dans son milieu naturel
Deux tentatives de réintroduction avortées
Des militants divisés sur la question

Des tentatives de réintroduction dans la nature des derniers spécimens en captivité ont déjà été menées, mais rapidement avortées. Car il ne s’agit pas uniquement de réintroduire l’animal, mais aussi les proies nécessaires à son alimentation

IL fallait être né dans les années vingt pour, peut-être, avoir eu la chance de croiser un des derniers lions de l’Atlas, dans son environnement naturel. Presque un siècle plus tard, ce majestueux félin, appelé également lion de Barbarie ou de Nubie, qui peuplait l’Afrique du Nord, du Maroc à l’Egypte, a disparu de nos régions montagneuses. Un lourd constat, puisqu’il ne reste que quatre-vingt-dix lions de l’Atlas dans le monde, tous en captivité, dont trente-cinq sont encore à admirer au zoo de Rabat. Cette sous-espèce est reconnaissable à sa crinière volumineuse, presque noire, qui descend jusqu’au milieu du ventre. Une autre de ses particularités est qu’elle ne vit qu’en petits groupes de deux ou trois membres adultes. Pesant entre 200 et 280 kilos, c’est un animal robuste et massif adapté à son environnement d’origine. Les derniers témoins de sa vie sauvage ont pu l’apercevoir dans les années 30-40 peupler les plaines, les hauteurs du mont Toubkal et chasser près des rivières. Le dernier lion de l’Atlas mentionné dans les archives a été abattu près de Taddert, sur le versant nord du Tizi n’Tichka en 1942. L’animal doit son rapide déclin à la chasse, et particulièrement aux chasseurs européens, munis d’armes modernes, pendant le Protectorat.
La modification de son habitat naturel est une autre raison de sa disparition. En effet, la diminution des espaces forestiers a raréfié les animaux proies du lion. Le félin a dû chercher sa nourriture parmi le bétail, lui attirant les foudres des populations locales. Aujourd’hui, des citoyens, soucieux de le réintroduire dans sa région d’origine, se mobilisent pour sensibiliser la population et les pouvoirs publics. Il s’agit là de préserver tout un écosystème et d’œuvrer en faveur du patrimoine marocain. Leurs revendications et justifications de biodiversité et de symbole du pays sont de bien maigres arguments, face aux détracteurs qui avancent eux une perte flagrante d’argent et un danger pour les populations.
Deux tentatives de réintroduction dans la nature des derniers spécimens en captivité ont déjà été menées, mais rapidement avortées. Car il ne s’agit pas uniquement de réintroduire l’animal, mais aussi les proies nécessaires à son alimentation. Depuis de longues années, les hommes se sont installés sur les anciens territoires du lion.
Un écosystème totalement déséquilibré pour mener à bien son retour dans nos contrées. A cela s’ajoutent les frais nécessaires à son entretien, et tout ce que la région devrait débourser pour reloger les familles, loin de l’animal redevenu sauvage. Malgré la réussite de sa réintroduction dans d’autres pays africains, l’emblématique lion de l’Atlas ne doit sa survie au Maroc que grâce aux parcs zoologiques.

Tentatives

DANS les années 90, un premier programme sur vingt ans est proposé par des scientifiques anglais. L’objectif étant de développer l’écotourisme dans la région d’Azilal. Des hectares, isolés des habitants, et clôturés, devaient lui être réservés. Première déconvenue. Ce sujet revient à l’ordre du jour en 2009, avec cette fois la participation du Haut commissariat aux eaux et forêts. En raison des nombreux croisements entre sous-espèces, il fallait procéder à des analyses ADN afin de sélectionner les lions les moins hybrides pour la reproduction. Le projet prévoyait la réintroduction de cette descendance. Mais face au refus catégorique des populations, inquiètes pour leur bétail et pour elles-mêmes, le programme a une nouvelle fois été abandonné.

 

Stéphanie JACOB

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