Enquête

Technopark de Casablanca : Sur les traces des startupers

Par | Edition N°:4083 Le 26/07/2013 | Partager

Même si les start-up font face à tout un tas de difficultés, certaines réussissent malgré tout de jolis parcours, ou sont carrément en passe de réaliser de belles success stories. Elles sont presque toutes passées par la case technopark et décroché un financement de Maroc Numeric fund (MNF). Certaines ont développé leur propre produit, comme Media Mobility et Greedizer, tandis que d’autres ont opté pour le copycat, à l’instar de MyDeal et de ReKrute.

 

 Genious communication: Pur produit de la geek generation

Hamza Abou El Fath est le profil type de ce qu’on appelle un «geek». A 17 ans, ce génie de l’informatique travaillait déjà en freelance en créant des sites Internet. Son baccalauréat en poche, il part en France pour suivre un BTS en informatique à Lille. Pour son stage de fin d’année, il décide de fonder sa propre entreprise de création et hébergement de sites web, ainsi que de gestion des noms de domaine au Maroc. La deuxième année, il déménage à Paris pour intégrer l’École pour l'informatique et les nouvelles technologies (Epitech), tout en gérant son affaire à distance. Ne sachant pas faire les choses à moitié, Abou El Fath choisit de mettre fin à ses études et de rentrer à Marrakech, sa ville d’origine, en vue de s’occuper de son business «florissant». En 2008, il s’installe au technopark de Casablanca, où il loue un petit bureau de 27 m². Actuellement, Abou El Fath gère deux bureaux à Casablanca (dont un à Bourgogne), une succursale à Rabat, ainsi que le siège à Marrakech, avec un effectif de 25 jeunes. Genious communication se revendique aujourd’hui number one de l’hébergement de sites Internet au Maroc, avec plus de 8.000 clients et plus de 10.000 sites hébergés. C’est aussi le premier registraire de noms de domaine à être accrédité par l’ICAN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) en Afrique du Nord. Chaque année, le chiffre d’affaires de l’entreprise croît de plus de 25%. Dès 2014, l’entreprise prévoit de se développer en Afrique et dans la région Mena. «Au Maroc le marché est un peu limité par rapport à ce que nous pouvons réaliser. Moins de 20% des entreprises sont en ligne», explique son fondateur. Mais l’ex start-up ne désespère pas de «convertir» les entreprises aux IT. Genious communication a lancé il y a deux mois des podcasts de 10 minutes sur youtube, à raison d’un épisode par semaine (12 sont prévus au total), destinés à «éduquer» les entrepreneurs aux nouvelles technologies. Hamza Abou El Fath, qui n’a jamais eu à lever des financement, si ce n’est pour rouler en BM comme il se plaît à dire avec humour, est cofondateur de deux autres start up: une plateforme elearning baptisée Myvle.com, ainsi qu’un site, Smart VPN (déjà 5.000 clients en France), permettant de masquer les adresses IP sur la toile.

 

 Netpeas: Prêt pour la cyberwar!

L’aventure Netpeas démarre en 2009 au moment où deux jeunes ingénieurs experts en cybersécurité opérant en France et aux Etats-Unis décident de rentrer au Maroc. Rachid Harrando et Nabil Ouchn avaient pour ambition d’y installer le premier Cert (Computer Emergency response team) privé. Une sorte d’équipe veillant à la sécurité informatique des entreprises, avec un concept inédit au Maroc. Les deux ingénieurs ont dû littéralement batailler pendant un an pour décrocher 2 millions de DH auprès de Maroc Numeric fund (MNF) et 2 autres millions du fonds Dayam (groupe Saham). «Au Maroc c’est beaucoup pour des personnes qui ont juste une idée», relève Rachid Harrando, président de la start-up. Ils lancent ensuite leur affaire et s’installent au technopark en 2010, avant de plier bagage au bout de 2 ans et demi. Rapidement, Netpeas séduit et attire les grands comptes, même en Afrique. En deux ans, elle multiplie son chiffre d’affaires par 5. La start-up, classée en 2012 parmi les entreprises les plus prometteuses de la région Mena, Afrique, Pakistan et Malaisie, attire les convoitises. Des négociations sont actuellement en cours avec une importante SSII de la place qui lorgne une prise de participation dans son capital. Une alliance qui pourrait lui ouvrir les portes d’un développement à l’international.

 

Greendizer: La facturation électronique 100% marocaine

Il n’est pas toujours facile d’être précurseur et de convaincre le marché d’adopter un nouveau produit. La tâche est d’autant plus dure au Maroc! Greendizer l’a fait. La start-up technologique a été créée à l’initiative de trois jeunes marocains installés en France. Ces derniers décident en 2010 de rentrer au pays et de se lancer dans la facturation électronique pour entreprises, et plus spécialement pour les agences de crédit bail, agences de location et opérateurs télécoms. Ils s’installent la même année au technopark de Casablanca, dans un 75 m² et décrochent près de 5 millions de DH du MNF. Après deux ans et demi d’investissement dans la R&D, Greedizer, armée de sa solution innovante s’attaque au marché.
Mais la tâche fut plus difficile que prévu. «Les gens sont extrêmement frileux, à un niveau qui dépasse l’entendement. Par ailleurs, dans les banques et les administrations, la bureaucratie fait que les décisions ne sont souvent prise qu’au bout de 6 ou 7 mois!», déplore Mohamed Attahri, président et cofondateur de Greendizer. Sans compter les difficultés juridiques. «Même si la loi 53-05 reconnaît aux documents électroniques la même valeur que les documents en format papier, certaines administrations ne les acceptent pas», regrette Attahri. Bref, après une année de traversée du désert, le concept commence à prendre. La clientèle afflue et la start-up parie sur de fortes croissances pour les prochaines années. Elle travaille aussi sur un nouveau projet de facturation «hybride», mi-virtuelle, mi-classique. Greendizer emploie pour l’heure 8 personnes. D’ici la fin de l’année, l’entreprise compte quitter le technopark pour s’installer en ville.

 

Media Mobility: Bientôt une «nouveauté mondiale»

A l’époque où Media Mobility a été créée (2006), à l’initiative d’un jeune geek, Mehdi Alaoui (22 ans), le MNF n’existait pas encore. Le jeune développeur d’applications et de contenus pour mobile a dû faire appel à des business angels français pour lancer sa start-up, la première du genre au Maroc. Il s’est ensuite installé dans un bureau de moins de 30m² au technopark avec 2 stagiaires. Son concept, qu’il commercialise à la fois au Maroc, en France et au Moyen-Orient, séduit rapidement. Chaque année, son business progresse de près de 100%. Après 3 années au technopark, il déménage dans un 200 m² en ville où il emploi près de 20 salariés. Media Mobility, classée parmi les 8 entreprises les plus innovantes au monde par le concours international de Londres, Logica, compte aujourd’hui à son actif une vingtaine de clients et 200 applications développées. L’entreprise s’apprête à lancer un nouveau service, Screendy, qui a nécessité 5 ans de R&D et des dizaines de millions de DH d’investissements. «Ce sera une nouveauté mondiale», annonce Alaoui. Il s’agit d’une plateforme permettant aux SSII et aux agences de com de créer elles-mêmes leurs applications, sans avoir à recruter des ingénieurs. «Ceci implique des économies considérables pour les entreprises. Les délais aussi seront divisés par 5», explique Alaoui.

 

Rekrute.com: Prochaine étape, démocratiser le e-learning!

Philippe et Alexandra Montant ont relevé le défi de lancer un service inédit au Maroc en créant le premier site de e-recrutement, Rekrute.com. Bien entendu, le concept existait ailleurs, mais il fallait le faire rentrer dans le quotidien des entreprises. Le couple Montant s’installe dans un petit 20 m² au technopark de Casabanca et démarre sa conquête du marché. La start-up a très vite compris qu’il fallait s’appuyer à la fois sur des alliances solides et sur de l’innovation. Rekrute.com multiplie alors les partenariats avec les grands noms du secteur à l’international (The Network, Central Test, Koltech, …). En 2010, elle crée le premier portail d’emploi dédié aux dirigeants, ExeKutive.biz et organise le premier salon virtuel de l’emploi, RekruteiDays. En 2013, l’entreprise se lance dans le e-learning avec RekruteKnowledge, en association avec le leader européen CrossKnowledge. Un service qui cible également les particuliers. «ReKrute va démocratiser l’e-learning», annonce Alexandra Montant. Rekrute.com, qui couvre aussi la Tunisie et l’Algérie, a choisi de rester au Technopark où elle occupe un 500 m² et emploie 40 personnes. «Nous couvrons aujourd’hui l’ensemble des besoins en gestion des RH», se targue Alexandra Montant. Le site, qui accueille 500 annonces d’emploi par mois (5 millions de pages vues), compte quelque 2.500 clients.

 

MyDeal.ma: Vers un groupe Internet intégré

C’est l’histoire d’un petit «dealer» devenu grand. MyDeal, premier site d’achats groupés sur Internet lancé au Maroc en novembre 2010, a très vite fait des adeptes. De 40.000 membres à son démarrage, il est passé à 100.000 fin 2012, puis à 150.000 actuellement dont 50.000 acheteurs. «Sur les 180.000 cartes bancaires uniques utilisées au Maroc en 2012, MyDeal en capte plus de 25%», précise Nabil Sebti, DG de la société. Pour son lancement, MyDeal avait bénéficié de 2 millions de DH du MNF. Une enveloppe qui lui a permis de recruter ses premiers employés. L’entreprise s’est également installée au technopark de Casablanca, qu’elle a quitté en 2012 pour un local plus grand en ville. La start-up prévoit de passer d’une trentaine à une quarantaine de salariés dans les mois qui viennent, et de re-déménager vers un plus grand plateau. D’ailleurs, d’ici fin 2013, MyDeal, qui réalise des croissances à 3 chiffres, passera au statut de PME. «Nous garderons néanmoins notre esprit start-up», insiste Sebti. Après s’être installée en Tunisie en février dernier, la société ambitionne d’évoluer, d’ici 2015, vers un modèle de groupe Internet intégré, avec au total 5 sites Internet. Après MyDeal, le site de voyages, MyLidays, qui se transformera bientôt en site de booking et le guide des bonnes adresses, MyPlace, la société s’apprête à lancer un 4e site en 2014 (toujours en cours de développement). Dès 2015, un cinquième sera lancé à la fois dans la région Mena et l’Afrique. «Ce sera un business modèle totalement nouveau sur le web», annonce Sebti.

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