Economie

Rapport Cyclope: La crise est toujours là!

Par | Edition N°:4064 Le 01/07/2013 | Partager
La relance en Europe sera lente et douloureuse
Les Etats-Unis tirent leur épingle du jeu
Résultats mitigés pour les pays émergents

C’est devant une panoplie de personnalités du monde des affaires, mais aussi de hauts responsables d’établissements publics, que le professeur Philippe Chalmain a présenté le dernier rapport Cyclope, lors d’une conférence organisée par la Fondation OCP, jeudi dernier à Rabat. Ce document annuel sur le cycle d’évolution des prix et des échanges a dressé une cartographie de l’ensemble des marchés des matières premières, mais également du comportement des «Etats qui comptent», dans un contexte de crise. D’emblée, cet historien et économiste a donné le ton, en soulignant que «le monde n’est pas encore sorti de la crise de 2008, qui a accentué les tensions sur les marchés mondiaux des matières premières». En effet, «si nous avions eu l’impression que les plans de relance avaient fonctionné, nous assistons, depuis 2 ans, à un nouveau ralentissement». Néanmoins, Chalmain a considéré qu’un taux de croissance mondiale à 2,5% reste «plutôt correct». Mais au sein de cet ensemble, ce taux global cache les nuances qui existent dans le comportement des différentes économies à travers le monde. Ainsi, selon le rapport Cyclope, les Etats-Unis, première puissance mondiale, n’a pas rechuté. Ils tiennent plutôt bon, en réalisant une croissance de 1,8% au premier trimestre 2013. Cette relance a été favorisée par la redynamisation du marché de l’immobilier, et celui du travail. Et l’oncle Sam semble avoir de beaux jours devant lui, grâce à «la révolution énergétique qu’il a réalisée, en misant sur le développement de la production de gaz et du pétrole de schiste», a fait savoir Chalmain. Dans ce domaine, «les Etats-Unis disposent d’un avantage comparatif par rapport aux autres marchés. Ce qui a conduit à une relocalisation des activités industrielles vers le croissant du Texas à la Pennsylvanie», a-t-il ajouté. Néanmoins, l’avenir de la première puissance mondiale risque d’être l’otage d’une crise institutionnelle, liée à un problème d’appropriation des dépenses, est-il indiqué. Cette menace de crise institutionnelle semble également peser sur l’Europe, «actuellement en récession», comme l’a rappelé cet économiste. Si l’Espagne croule encore sous les effets de la crise, il n’y a pas eu beaucoup de faillites des banques. Elle a pratiquement laissé la crise derrière elle, est-il noté. En outre, si les Etats de la zone euro comme la France et l’Allemagne avaient le moral bas durant les premières années de la crise, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et la situation semble s’améliorer. En effet «plus personne ne pense actuellement à l’implosion de l’UE ou à la disparition de l’euro», a estimé Chalmain. Néanmoins, celui-ci a indiqué que «le Maroc ne doit pas rester accroché à une région où la relance sera lente et douloureuse». Face à la morosité du «Vieux continent», les pays émergents affichent un tableau mitigé. La Chine, une puissance qui se confirme sur la scène internationale, a commencé un atterrissage brutal. Même si son taux de croissance frôle les 6%, cela reste insuffisant, puisqu’elle a besoin d’une évolution d’au moins 7% pour maintenir sa cadence. Les contre-performances enregistrées en Chine depuis 2012 sont liées au changement de l’équipe au pouvoir, est-il souligné. Néanmoins, «la Chine a toutes les potentialités pour redémarrer, mais il est difficile de porter un jugement sur son avenir», a affirmé Philippe Chalmain. Le Brésil n’est pas mieux loti. Cet économiste a laissé entendre qu’il a des réserves sur le statut de pays émergent accordé au pays de Dilma Rousseff. Car, «cet Etat n’a pas mené les réformes nécessaires, et reste encore dépendant de ses exportations des matières premières», a-t-il avancé.
Par ailleurs, les évolutions différenciées de ces puissances ne manque pas d’influencer les marchés des matières premières. En tête, le pétrole qui devra rester dans la tranche des 100 à 110 dollars. Cela est dû au «maintien des importations des pays émergents, notamment la Chine, mais également au rôle stabilisateur de l’Arabie Saoudite», a expliqué Chalmain. Pour lui, «il s’agit d’un prix d’équilibre qui arrange tout le monde. Car, si nous passons à un prix de moins de 50 dollars, cela pourrait déboucher sur des déséquilibres géopolitiques dangereux», a-t-il ajouté. Pour les autres matières, notamment les minerais, le fer reste l’otage des aléas de la dynamique économique en Chine. Car ce dragon asiatique pèse lourd sur ce marché, avec près de 55% des échanges depuis 2001. Ce qui a conduit à la libéralisation de son cours, qui dépend depuis 2004 des variations de l’offre et la demande. Avec 150 dollars la tonne, il a chuté à 110 lors de la stagnation en Chine suite au changement de l’équipe au pouvoir en 2012, avant de remonter au même niveau. La Chine compte également sur le marché du cuivre, à cause des spéculations, via des Swap complexes des traders chinois.

Un monde qui a faim

Outre les marchés des minerais, ceux des céréales sont également restés sous une grande tension, «non pas à cause des spéculations, mais plutôt parce que le monde commence à sentir qu’il a faim», a estimé Philippe Chalmain. Il a affirmé que «la Chine va continuer à importer et à peser lourd sur ce marché, ainsi que l’Egypte, premier importateur mondial de blé». Face à cette augmentation de la demande, les récoltes ne semblent pas suivre, surtout après la grande sécheresse qui avait frappé les Etats-Unis l’année dernière. Il s’agit de «la 3e crise agricole dans le monde depuis 5 ans», a rappelé cet économiste. Il a fait savoir qu’à «fin juin, le stock mondial va enregistrer une baisse record face aux besoins des consommateurs».

Mohamed Ali MRABI

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