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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mardi 22 juillet 2014,
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Intelligence économique
Un rempart contre le stress budgétaire
L’urgence d’adopter une stratégie nationale
Les limites des plans sectoriels
Echec de l’E-gov

   
Intelligence économique Un rempart contre le stress budgétaire
«Nous proposons de pénaliser les administrations qui ne mettent pas en commun la connaissance et les études effectuées, en ne leur réattribuant pas les budgets avant que l’on s’assure qu’elles collaborent vraiment», souligne Abdelmalek Alaoui, président de l’AMIE Center (Association marocaine d’intelligence économique)

Le think-tank Amie Center (Association marocaine d’intelligence économique) vient de rendre publique sa feuille de route sur l’intelligence économique. L’idée est d’instaurer une véritable doctrine de veille stratégique. Abdelmalek Alaoui, président de l’AMIE Center, livre les grandes lignes des recommandations.
- L’Economiste: Pourquoi une feuille de route de l’intelligence économique aujourd’hui. Qu’est-ce qui explique ce timing?
- Abdelmalek Alaoui: Une conjonction d’éléments, tant au niveau économique que politique, a cristallisé l’urgence pour l’AMIE de produire un document de doctrine qui fixerait le cap de l’intelligence économique au Maroc. C’est une responsabilité que les membres du think-tank ont bien voulu prendre lorsque nous avons effectué une première présentation de ce document en mars dernier. Le débat était nourri car cette feuille de route pour une stratégie nationale d’intelligence économique établit un diagnostic «clinique» de certaines vulnérabilités. Il est question de notre carence structurelle en termes de production stratégique ou notre non-alignement sur les tendances mondiales en termes linguistique. Les membres des organes de l’Association marocaine d’intelligence économique ont néanmoins affirmé leur volonté d’apporter une contribution au débat public, précisément parce qu’il y va de la sûreté économique de notre pays. L’intelligence économique nous paraît donc une nécessité absolue et urgente, d’autant plus que nous ne disposons pas de matières premières pour faire face au stress budgétaire. 
- Si déficit il y a, sur quels axes le gouvernement devrait agir prioritairement?
- Tous les axes énoncés dans la feuille de route font partie d’un «Pack» qui vise à créer un «choc d’intelligence et de convergence». Ils doivent être mis en place de manière intégrée, si possible après une grande mission indépendante multi-partisane de réflexion sur l’avenir de l’économie de notre pays. Les plans sectoriels, même conceptualisés par de grands cabinets de conseil, sont insuffisants pour définir une doctrine. L’exécutif doit  avoir le courage politique d’abandonner les programmes qui ne marchent pas, tel celui de l’E-government qui a fait prendre du retard à la citoyenneté numérique, et de s’attacher à redéfinir la stratégie économique globale.
- L’intelligence économique n’est pas une affaire de logiciels. Comment changer cet état d’esprit à l’échelle des acteurs publics et privés?
- Les mentalités sont en train de changer et les acteurs dépassent la question de l’outil pour remettre l’Intelligence économique là où elle doit être : en direction générale, au cœur de la définition de la stratégie de l’entreprise ou de l’institution. Afin de professionnaliser le métier au Maroc, nous proposons la mise en place d’une habilitation «défense» et «secret défense»  à l’instar de ce qui se fait dans le monde. L’objectif est  de  participer à la création d‘un écosystème de professionnels opérant depuis l’entreprise au politique, en passant par le militaire. Toutefois, les logiciels restent importants lorsque l’on a besoin de structurer l’activité de veille de grandes organisations. Il convient donc d’avoir un dialogue permanent avec les éditeurs tout en veillant à ce que les institutions critiques aient leur indépendance logicielle en favorisant la recherche. Le secteur privé doit s’impliquer et financer des programmes de recherche, tout en faisant bénéficier l’Etat des fruits de ces derniers dans le cadre d’un PPP.
- Sur le périmètre d’intervention de l’intelligence économique, faut-il se limiter à l’entreprise stricto sensu ou faut-il l’élargir au champ politique?
- Les deux sont intimement liés. Il suffit de regarder l’actualité pour voir que le politique a besoin des opérateurs et vice versa. Dans l’intelligence économique, c’est la même chose. Beaucoup de membres de l’AMIE ont des convictions politiques tout en étant des acteurs économiques de premier plan.
Le dénominateur commun est que tous ont besoin de la démarche d’intelligence économique et, souvent, de veille stratégique pour les aider dans leurs prises de décision. Forts de cette conviction, nous avons lancé au sein de l’AMIE la rédaction d’un rapport sur la dernière décennie qui fait dialoguer analystes politiques, géopoliticiens, économistes et économètres, et qui devrait être rendu public en octobre sous la forme d’un ouvrage collectif . Au niveau des institutions, je pense que le niveau de prise de conscience est inégal. Certaines institutions publiques sont très en avance, voire en pointe. D’autres sont plus en retard et lancent à peine leurs programmes, souvent parce qu’elles opèrent dans des départements plus techniques. Il faut toutefois insister sur la qualité du prestataire et de celui qui transmet le savoir et met en place les systèmes d’intelligence économique, notamment dans les administrations et les ministères. En effet, l’information qu’il aura à manipuler peut être sensible, voire stratégique, et la liste des besoins en dit long sur les vulnérabilités. C’est dans ce sens que nous pensons qu’il faut favoriser l’expertise locale en termes d’intelligence économique, même de manière réglementaire s’il le faut. L’intelligence économique ne peut être mise entre toutes les mains, surtout lorsqu’il s’agit de la sécurité économique du pays.


Propos recueillis par  lham BOUMNADE