Société

La Haca promeut la diversité culturelle

Par L'Economiste | Edition N°:4041 Le 29/05/2013 | Partager
Une exigence née de l’internationalisation de la communication
L’autorégulation du paysage médiatique, une nécessité
L’uniformisation, la crainte de la libéralisation

L’internationalisation de l’image et de l’information impose une vision nouvelle au paysage audiovisuel marocain. Jamal Eddine Naji, directeur général de la Haute autorité de la communication audiovisuelle, s’interroge sur «la pertinence de la régulation traditionnelle avec l’émergence de nouveaux médias»

Dans un monde où l’information circule à la vitesse grand V, où les frontières paraissent de plus en plus éphémères, quelle place reste-t-il aux médias sclérosés et monolithiques? Aucune. La journée internationale de la Haca, organisée les 25 et 26 mai, sous le thème: «Diversité culturelle et linguistique», s’est voulue comme un plaidoyer pour «dépasser» la régulation traditionnelle selon Jamal Eddine Naji, directeur général de la Haca. Il s’agit donc, selon lui, «de voir dans quelle mesure la régulation traditionnelle reste pertinente avec l’émergence de nouveaux médias et de préciser si la diversité est une source enrichissante pour la cohésion sociale». Amina Lemrini Ouahabi, présidente, affirme même que «cette diversité s’inscrit dans les impératifs éthiques de la Haca».
Le domaine des médias n’échappe pas à l’internationalisation des échanges. Aux flux  des échanges de produits physiques (importations et exportations des supports d’information) s’ajoutent  les échanges de droits de diffusion (radio, télévision, cinéma) ou de concepts (titres de presse, programmes télévisuels). Ou encore le phénomène de communication au public en ligne et l’internationalisation des capitaux (investissement à l’étranger, opération de coédition ou de coproduction…). Une donne nouvelle qui pousse de plus en plus à l’autorégulation plutôt qu’à une vision unilatérale et imposée.
Le président du Réseau des chaires Unesco pour la communication et l’information (ORBICOM), Bertrand Cabedoche, a d’ailleurs mis l’accent sur «l’importance de l’autorégulation concertée du paysage médiatique, qui intègre la diversité comme facteur de performance». Il continue: «Le juridisme à outrance montre ses limites, quand il brime la créativité, la réactivité et l’investissement». Il estime en effet «qu’il faut évoluer des pratiques de régulation top-down vers des actions de plus en plus concertées, négociées avec les acteurs du secteur audiovisuel».
Il existe cependant des domaines sensibles, où des garde-fous demeurent indispensables: «la question d’une régulation plus contraignante, associée à une évolution d’un droit plus coercitif, reste posée, dans le cas de la protection de la vie privée, la lutte contre la cybercriminalité, la protection des droits d’auteur et la sauvegarde des patrimoines immatériels».
La culture et la communication étant des activités économiques et industrielles très spécifiques, l’on ne peut pas considérer les médias en fonction de leur seule valeur marchande. Car ils jouent un rôle culturel et démocratique important. Ils participent notamment à la formation des identités nationales et régionales.
Considérant que les droits à l’information et à la culture doivent être reconnus et protégés, Janis Karklins, sous-directeur général pour la communication et l’Information de l’Unesco a ainsi formulé l’idée selon laquelle «les biens et les services culturels, du fait de leur relation à la culture, sont d’une nature particulière qui va au-delà des seuls aspects commerciaux». Or, face à la disproportion des échanges entre les États-Unis et le reste du monde, certains considèrent que le «tout marché», qui préside aujourd’hui aux échanges commerciaux internationaux, n’assure pas véritablement la liberté de la communication. La suprématie des États-Unis sur le marché mondial suscite, en effet, l’inquiétude d’un risque d’uniformisation ou «d’américanisation» des médias et de la culture. Le processus de concentration des médias menacerait de disparition le pluralisme culturel en la matière.

De l’exception à la diversité culturelle

L’expression «exception culturelle» désigne la volonté de sauvegarder certaines valeurs ou certaines singularités culturelles en s’efforçant de les soustraire aux lois du marché, notamment à celles du commerce international. «La spécificité des médias justifierait que des aménagements ou correctifs soient apportés aux mécanismes du marché et que les autorités publiques s’en préoccupent», indique Bertrand Cabedoche. Aux côtés de ce concept, a progressivement pris place celui de la diversité culturelle. Cette notion, à la résonance plus positive, formule la nécessité d’un traitement différent ou exceptionnel des biens et services culturels. L’expression  «diversité culturelle» est désormais (depuis fin 1999) reprise dans tous les textes et interventions officielles de l’Union européenne et de la France concernant les médias. Elle représente un but à atteindre sans préjuger des moyens pour y parvenir.

Abdessamad NAIMI

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