Economie

Pourquoi les exportations n’arrivent pas à décoller

Par | Edition N°:4034 Le 20/05/2013 | Partager
Toujours des failles dans la R&D, les RH et l’environnement de l’entreprise
La volatilité des cours à l’international n’arrange pas les choses

C’est connu, les exportations marocaines restent concentrées sur les pays de l’Union européenne même si le poids des pays hors UE a augmenté: il est passé de 24,3% en 2000 à 42,5% en 2012. Le Brésil, l’Inde et le Pakistan ont vu leurs parts progresser à 5,7%, 5,3% et 1,6% respectivement

Comment améliorer l’offre exportable? Le sujet fait débat depuis plusieurs mois surtout face au creusement du déficit de la balance commerciale. Les importations dépassent de plus du double nos exportations qui restent concentrées sur des produits sans forte valeur ajoutée. A tel point que le niveau du déficit commercial dépasse de loin la valeur de nos ventes à l’extérieur. En 2012, les exportations se sont élevées à 183 milliards de dirhams contre 382 milliards pour les importations, soit un déficit commercial record de près de 200 milliards de dirhams. Le taux de couverture des importations par les exportations est de 48% seulement. A elle seule, l’Europe représente 60% dans le total des échanges commerciaux du Maroc, suivie de l’Asie (21%), de l’Amérique (12%), de l’Afrique (6,5%) et de l’Océanie (0,3%).
La hausse des importations est surtout liée aux besoins croissants en demi-produits et en biens d’équipement pour les investissements, mais aussi à la forte dépendance du pays en énergie. Le taux de pénétration de l’économie nationale, un indicateur qui reflète la part du marché intérieur couverte par les importations, a connu une augmentation sensible durant ces dernières années. Sur la période 2006-2011, les importations ont couvert 33,6% en moyenne de la demande sur le marché intérieur contre 27,6% sur la période 2000-2005. Une évolution à mettre sur le compte des différents accords de libre-échange conclus par le Maroc et qui étaient censés booster les ventes du Maroc. Le reproche qui revient souvent est que les entreprises marocaines n’ont pas mis à profit le démantèlement asymétrique dont le Maroc a bénéficié: les exportations marocaines ont ainsi profité d’un accès aux marchés en franchise de droits de douane depuis l’entrée en vigueur des accords (Union européenne, Turquie et Etats-Unis). En revanche, les pays partenaires ont accédé au marché selon un schéma de démantèlement tarifaire précis.
Dans son check-up des exportations, la direction des études et des prévisions financières (DEPF), relevant du ministère des Finances, revient encore une fois sur les handicaps structurels qui minent la compétitivité du pays. Celle-ci reste tributaire de la formation des ressources humaines, de la modernisation de l’Administration et de l’amélioration de l’environnement de l’entreprise. Par rapport à ce dernier point, l’idée défendue est de faciliter l’accès au financement bancaire des PME. Il s’agit là d’un dossier sur lequel le Maroc est mal noté en particulier par Doing Business, le classement de la Banque mondiale. Selon la DEPF, l’amélioration de l’environnement de l’entreprise passe aussi par une plus grande flexi-sécurité sur le marché du travail et d’efforts dans la recherche & développement. L’offre exportable est caractérisée par un faible niveau d’innovation et de R&D et reste concentrée sur des demi-produits et des produits finis de consommation. En 2012, ces deux groupes représentaient respectivement 29 et 25% et sont eux-mêmes dominés par  les engrais naturels et chimiques (39,5%), l’acide phosphorique (27,4%), les composants électroniques (8,5%) ainsi que les vêtements confectionnés (42,9%) et les articles de bonneterie (17,2%). Autrement dit, une grande partie de nos exportations dépend soit de l’évolution des cours à l’international, soit de la demande des principaux partenaires commerciaux. De plus, le poids des réexportations sous forme d’admission temporaire est important. A elles seules, les réexportations en admission temporaire sans paiement des vêtements confectionnés occupent 75% des ventes totales à l’étranger de ce type de produits, note l’étude du ministère des Finances.
Quant aux marchés à l’export, ils sont peu diversifiés comparativement à plusieurs pays concurrents. L’analyse de la structure des exportations par destination relève une concentration sur l’Union européenne. Et ce, même si elle s’est atténuée au cours des dernières années passant de 74,1% des exportations globales du Maroc en 1998 à 57,5% en 2012. La France et l’Espagne constituent les principaux clients du Maroc avec des parts de 20,5% et 18,2% respectivement en 2011. Ils absorbent les 2/5e de la production marocaine destinée à l’export. L’évolution des exportations du Maroc dépend donc fortement de ces deux pays et de leur conjoncture économique. Hors Union européenne, les parts du Maroc ont progressé de 5,7% au Brésil,  5,3% en Inde  et 1,6% au Pakistan grâce aux phosphates et dérivés. Sur le marché de l’Afrique subsaharienne, une accélération au cours des quatre dernières années est constatée même si le volume reste faible: 12,4 milliards en 2012, soit 7% du total exporté, contre 1,8% en 2000.

Plus 6,5% pour les métiers mondiaux du Maroc

Le Maroc a des fragilités mais aussi des réussites comme l’aéronautique, l’automobile ou encore l’offshoring. Ces secteurs contribuent à la modernisation du tissu industriel. Les exportations de ces métiers mondiaux du Maroc ont atteint près de 97 milliards de dirhams en 2012, contre près de 75,5 milliards en 2008, ce qui correspond à un additionnel de 21,56 milliards de dirhams et une croissance annuelle moyenne de 6,5%. Les exportations des métiers mondiaux du Maroc ont renoué avec la croissance en 2010 après la baisse de 2009 sous l’effet de la crise.  En revanche, les  performances des secteurs du textile-habillement et de l’électronique sont restées relativement faibles avec des taux d’accroissement respectifs de 2,1 et 4%.

K. M.

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