Analyse

La grosse panne du livre

Par | Edition N°:4030 Le 14/05/2013 | Partager
La part du secteur dans l’industrie, à peine 2%!
19 fois moins d’exportations que d’importations
L’urgence d’une politique du livre

Source: Ministère de la Culture
Le chiffre d’affaires du secteur de l’édition et de l’imprimerie a connu, entre 2003 et 2011, une «évolution» de 0,2%. Quand les investissements ont quasiment quadruplé passant de 33 à 122 millions de DH.

Les Marocains seraient-ils les derniers de la classe en lecture? Chaque année, l’on se demande pourquoi ils désertent les bibliothèques et les librairies. Seulement, ont-ils déjà été de bons lecteurs? Les spécialistes s’accordent à dire que non. «Les Marocains n’ont jamais été de grands lecteurs. D’ailleurs, les intellectuels ont  toujours dénoncé cette absence de soif de lecture. Le phénomène s’étant amplifié avec les nouveaux médias qui aident à la paresse», soutient Hassan Qranfal, professeur de sociologie à la faculté des lettres et sciences humaines d’El Jadida. Un avis que partage Hassan El Ouazzani, directeur du livre, des bibliothèques et des archives au ministère de la Culture, qui confirme que «le livre ne figure pas encore dans nos habitudes de consommation. La question est, l’on ne cesse de le redire, beaucoup plus éducative ou culturelle qu'économique».
En témoigne le poids du secteur, celui-ci ayant connu une progression dont la lenteur saute aux yeux: 0,2% entre 2003 et 2011. En effet, parler de stagnation serait plus juste. Selon les dernières statistiques du ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, le chiffre d’affaires du secteur de l’édition et de l’imprimerie s’élevait à  3,52 milliards de DH en 2011, soit moins de 2% du chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur industriel.
«Ces chiffres englobent toutes les unités œuvrant dans les secteurs de l’édition et de l’impression de divers supports, y compris le livre scolaire qui constitue une marge importante pour les maisons d’édition. Les performances du secteur du livre culturel sont évidemment bien moins importantes», ajoute Hassan El Ouazzani. De plus, le nombre de livres publiés au Maroc ne dépasse pas les 3.000 titres contre près de 68.000 en France.
Un autre indicateur du mal-être du marché du livre: un écart criant entre les importations et les exportations. L’année 2011 a enregistré des importations en «livres et autres imprimés» de l’ordre de 1,16 milliard de DH contre environ 6 millions de DH en exportations. Résultat, la valeur des exportations de livres était 19 fois moins importante que celle enregistrée au niveau des importations en 2011.
A la tête des fournisseurs: la France et l’Espagne avec un montant de plus de 5 millions de DH (soit 43% de la totalité des importations), tandis que le Liban demeure le 1er fournisseur arabe avec une valeur enregistrée de l’ordre de 11 millions de DH.
Est en cause l’absence de politique dédiée à la diffusion et au soutien à l’achat de livres et à la lecture. C’est ainsi que l’Etat a décidé de soutenir la création en débloquant un budget de 65 millions de DH, dont   13 millions alloués à la création littéraire par le biais de récompenses aux plus méritants et l’organisation d’expositions et de salons du livre dans différentes régions. Par ailleurs, le ministère de la Culture projette la mise en place d’une politique de proximité pour une action plus opérationnelle. Dans cet esprit, l’élargissement et la modernisation du réseau des bibliothèques présentent une grande priorité.
À cet effet, le ministère de tutelle compte, dès cette année, mettre en œuvre sa stratégie, à travers l’élaboration d’un programme national pour le soutien de la lecture, en mobilisant tous les acteurs concernés: associations professionnelles, secteur privé et intellectuels. D’ailleurs, celui-ci travaille actuellement sur l’ébauche d’un plan d’action pour le développement du secteur du livre au Maroc, qui sera soumis aux divers intervenants dans le secteur. L’objectif étant de mettre en œuvre des actions à caractère législatif, fiscal et financier qui peuvent intégrer le secteur du livre dans le cadre des industries culturelles.

Livre scolaire: Bagarre entre éditeurs et ministère

Le marché des livres scolaires représente à lui seul 400 millions de DH en termes de ventes et ce, sans compter les livres français réservés aux écoles françaises et privées. Un marché florissant et tranquille s’il ne devait compter sur plusieurs points de tension entre les éditeurs et le ministère de l’Education nationale. L’objet principal de la discorde: une réforme des programmes des manuels scolaires qui devait être effective la rentrée prochaine. «Nous avons essayé de rendre les programmes ludiques et favoriser l’interactivité entre professeurs et élèves, seulement la réforme a été suspendue à la dernière minute», déplore Ahmed Filali Ansari, président de l’Association marocaine des éditeurs. Ce à quoi répond le ministère en la personne de Fouad Chafiqi, directeur des curicula, que cette décision a été prise après consultation des principaux acteurs pédagogiques concernés. Ce dernier affirmant que la nouvelle plateforme des programmes du primaire est déjà élaborée et n’attend que le feu vert des acteurs de terrain, enseignants et inspecteurs.

Sanaa EDDAÏF

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