Société

Les Femen débarquent au Maroc!

Par L'Economiste | Edition N°:4000 Le 01/04/2013 | Partager
Après la création de la page Facebook, le premier cliché atterrit sur la toile
Méthode et revendications sont antinomiques
«La nudité est la vérité»: leur message universel

Contrairement à l’Egypte et à la Tunisie, la première Femen marocaine a choisi l’anonymat. Plus d’une centaine de personnes ont aimé la photo en une soirée, et le triple de ce chiffre l’a commentée… Les messages de soutien ne sont pas légion. Masi quelque part, le fait que ça arrive au Maroc, ça veut aussi dire que le pays n’est pas aussi fermé que la Corée du Nord

LES Femen ont trouvé leur chemin pour le Maroc, c’est un fait. Le mouvement féministe ukrainien qui s’est fait connaitre par des actions musclées et des messages écrits sur des poitrines dénudées, a fait sa première adepte marocaine.
Le cliché est tombé sur la page Facebook des Femen Maroc le 28 mars au soir, mettant en scène une jeune femme tête couverte mais torse nu. Sur son corps, elle a tracé en lettres noires: «la liberté est mon choix».
Dans les commentaires, les rares encouragements se perdent dans une profusion de moqueries et de messages de condamnation.
Pour ou contre, il faut rendre à César ce qui lui appartient, et concéder que ce mouvement réussit le pari de faire parler des droits de la femme.
Dans un pays où il est encore question de «culture propre», et où le harcèlement sexuel dans la rue est un phénomène banalisé, la violence quasi consentie … les Femen ne sont pas devant une cause sans fond. Pour autant, il est probable que le militantisme Femen s’arrête à la toile, et que des actions sur le terrain ne voient jamais le jour.
Il faut aussi dire que ce phénomène ne laisse pas les Marocains de marbre. Tout le monde s’intéresse au «phénomène qui buzz».
La page Facebook du groupe, créée le 23 mars 2013, recueille quelque 4.000 fans, contre plus de 13.000 pour la tunisienne, créée au début du mois. Pourtant, les internautes semblent majoritairement contre ce mouvement, qualifié à plus d’une reprise d’«aberration».
Parmi ses détracteurs, l’on retrouve aussi des féministes, qui estiment que la méthode des Femen va à l’encontre de leurs revendications. Se réduire à un corps au nom de la liberté de la femme, s’exhiber pour être écoutée, se dénuder pour obtenir le respect, c’est tout bonnement antinomique. Même le choix des militantes obéit au diktat publicitaire profondément machiste de la jeunesse et de la minceur. C’est «plus vendeur» pour la cause ? Non. Les Femen ont effectivement réussi à faire parler d’elles, (et de leurs bonnets), mais leur apport effectif pour la cause pourrait être inversement proportionnel au tapage médiatique provoqué. 
Plus que leur méthode, la prétention de diffuser «un message universel», qu’il n’est pas nécessaire d’adapter selon les sociétés, ou les modes de vie des femmes qu’elles «défendent », échappe à la logique. Ainsi, pour les Femen, «la nudité est la liberté».
Il s’agit pour elles d’une vérité absolue, à prendre comme telle. Le droit de porter, en toute son âme et conscience, une burqua, un voile ou un habit de nonne, ne peut dès lors être considéré comme une liberté.
La définition du féminisme selon les Femen semble donc biaisée dès le départ, la «dictature de la liberté» et de son mode de fonctionnement étant pour le moins un non sens.

Dans le monde arabe

PARMI la dizaine de pays où les Femen se sont implantées, figurent l’Egypte, et la Tunisie. C’est d’ailleurs en Egypte que tout a commencé, et c’est Aliaa El-Mahdy, qui s’était déjà fait connaitre en octobre 2011 en posant nue dans son blog, qui sert d’étendard au mouvement.
Pour sa dernière sortie, elle s’est dénudée devant l’ambassade cairote en Suède, (son pays d’exil), tenant le drapeau égyptien d’une main et utilisant un faux coran en guise de cache sexe. Sur son corps l’on pouvait lire «charia is not constitution» (la charia n’est pas la Constitution). Ensuite, la disparition d’Amina Tyler, la première femen tunisienne, a engendré une chaine de solidarité sur la toile, des dizaines de femmes arabes envoyant des clichés de leurs corps nus réclamant leurs droits … et la «libération» d’Amina.
Elle aurait été retenue par sa famille dans une banlieue près de Tunis, isolée, privée de son téléphone et de son accès à internet malgré sa majorité, mais surtout bourrée d’antidépresseurs engourdissants. Sa famille, son avocate, ses médecins et même des mouvements féministes tunisiens, semblent de mèche pour la tenir éloignée et faire taire le tapage médiatique qu’elle a créé, et arrêter la chaine de solidarité. Mais son cas ne semble pas avoir dissuadé d’autres jeunes filles d’adhérer au Femen Tunisie. Depuis, elles sont une dizaine à avoir rejoint le mouvement, postant essentiellement des photos de leurs jambes pour éviter de choquer.

Rime AIT EL HAJ

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