Entreprises

Comarit: Une bouée de sauvetage pour Abdelmoula

Par L'Economiste | Edition N°:3975 Le 25/02/2013 | Partager
Le redressement judiciaire accepté par le tribunal de commerce de Tanger
Un premier pas avant la levée de la saisie sur les bateaux
Les actionnaires devront présenter un plan de redressement viable

Soulagement dans le monde des affaires à Tanger. L’annonce de l’acceptation du redressement judiciaire présenté par les dirigeants de la Comarit par le tribunal de commerce de Tanger jeudi dernier a tranquillisé plus d’un fournisseur de la compagnie maritime. Cette dernière fait face à de sérieuses difficultés financières depuis la saisie de ses bateaux en 2012.
La demande avait été présentée en juillet dernier, à l’issue d’un conseil d’administration de la compagnie. C’est alors que le PDG de la Comarit-Comanav, l’homme d’affaires Ali Abdelmoula, annonce la mesure dans une lettre à ses employés. Selon lui, la situation d’attente dans laquelle se trouvait la compagnie maritime «n’était plus tenable».
Avec la demande de redressement judiciaire acceptée, la société, plongée dans un coma financier depuis plusieurs mois, bénéficie d’une protection judiciaire pour pouvoir disposer de ses actifs et relancer les machines sans subir la pression des créanciers. En effet, selon un expert judiciaire, le redressement judiciaire permettra à la société de demander la levée de la saisie décrétée sur les bateaux de la compagnie dans les ports de Sète et d’Algésiras. Une simple requête envoyée via la justice permettra de libérer les bateaux. Mais tout n’est pas gagné. Le management de la Comarit doit aussi présenter dans les 4 mois un plan de redressement viable au tribunal. C’est sur la base de ce plan que la gestion de la compagnie sera suivie via la nomination d’un syndic de redressement nommé par le juge.
Diverses hypothèses restent en suspens, entre lesquelles une éventuelle coopération avec le groupe maritime FRS, éventualité annoncée en novembre dernier. Une autre possibilité, moins évidente, reste l’entrée dans le capital d’un groupe investisseur italien. Longuement annoncé par Abdelmoula comme le sauveur, ce groupe avait demandé, à en croire le patron de la Comarit, que l’Etat mette la main à la pâte et injecte lui aussi des fonds. En tout cas, il est encore trop tôt pour savoir ce que le groupe Comarit-Comanav présentera comme alternative pour sortir de la crise actuelle, Ali Abdelmoula étant connu pour son mutisme et son caractère réservé.
Selon des sources au sein du secteur maritime, il serait relativement aisé pour la compagnie de remettre en l’état les bateaux, même si les frais risquent d’être assez élevés. L’état des bateaux est jugé relativement satisfaisant, un minimum d’équipage a été maintenu pour assurer les travaux d’entretien. Pour l’heure, les autorisations de la Compagnie pour assurer le service sur les différentes lignes connectant le Maroc avec l’Europe n’ont pas été révoquées, ce qui lui permettra un redémarrage plus facile. 
Depuis 2011, les problèmes financiers de la Comarit-Comanav ont commencé à faire surface. Entre août et novembre 2011, la Comarit a fait l’objet de deux saisies exécutoires d’un montant global de près de 2,6 millions de DH au profit de l’Administration des douanes. Au niveau de la Comanav Ferry, deux saisies similaires ont été effectuées par la CNSS en janvier et mai 2012 pour un montant global d’un peu plus de 15 millions de DH. Et à partir de janvier 2012 le feuilleton des saisies de ses différents bateaux a commencé.

Une ardoise de plus de 2 milliards de DH

Actuellement les dettes techniques pour la seule compagnie Comarit s’élèvent à 250 millions de DH, dont près d’une centaine au titre des approvisionnements en combustible. Au total, certains estiment le passif de la compagnie à plus de deux milliards de DH. Mais c’est au niveau des emplois que la facture du quasi naufrage de la compagnie risque d’être le plus grave. Le groupe Comarit-Comanav emploie plus de 1.400 personnes, dont une grande partie n’a pas reçu son solde depuis la mi-2012. La nouvelle du redressement est d’ailleurs vivement applaudie au sein du personnel.
A noter, enfin, que le redressement judiciaire devrait aussi protéger momentanément la Comarit d’une autre dette insoupçonnée envers l’Etat espagnol. Ce dernier avait frappé la compagnie de navigation en décembre dernier d’une amende pour entente sur les prix avec 39 millions d’euros, soit environ 420 millions de dirhams. Une dette qui devra attendre.

Ali ABJIOU

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