Santé

Alzheimer: Des chiffres alarmants

Par L'Economiste | Edition N°:3913 Le 22/11/2012 | Partager
150.000 cas estimés au Maroc actuellement
Et plusieurs milliers non diagnostiqués qui meurent sans connaître leur maladie
Déficit flagrant en infrastructure et en politique de suivi des patients

La prévalence de la maladie d’Alzheimer va crescendo et le Maroc compte au moins 150.000 cas et non les 80.000 annoncés ici et là. Mais, en l’absence de statistiques officielles et d’une étude de la morbidité des personnes âgées, les professionnels en sont encore au stade de l’approximation. Leurs estimations sont basées sur la prévalence de l’OMS en fonction du vieillissement de la population. Pour certains, ces chiffres seraient même en dessous de la réalité, dans la mesure où les personnes atteintes de la maladie n’en sont même pas conscientes. «Il existe des milliers de malades qui quittent la vie sans jamais savoir, ni eux ni leurs proches, qu’ils ont été victimes de ce grand mal de la vieillesse».
Ailleurs et d’après le world Alzheimer report, ils étaient 35,6 millions de personnes atteintes de cette maladie qui doubleront d’ici 2030. D’après les projections de ce reporting, au cours des 20 prochaines années, le nombre de personnes atteintes de la maladie augmentera de 125% en Afrique du nord contre 40% en Europe. C’est dire l’urgence d’une politique sanitaire et sociale pour l’Alzheimer. Cette pathologie était au cœur de la thématique des 5es Rencontres internationales de gérontologie organisées le week-end dernier à Marrakech. En forte progression, elle pose un véritable défi, d’une part au système de santé et, d’autre part, aux familles des patients qui doivent bien souvent faire face seules à ses conséquences dramatiques», introduit Dr Mustapha Oudrhiri, président de l'Association de gérontologie espoir (AGE) qui a organisé ces rencontres scientifiques en partenariat avec l’Ecole des hautes études en santé publique de Rennes (EHESP). L’idée est de partager les expériences et les connaissances sur la maladie d’Alzheimer et comparer ce qui se fait au Maroc en matière de traitement et surtout de prise en charge avec les autres pays. En attendant, «la solution miracle» ou la découverte d’un vaccin,  l’expérience française  pour la prise en charge des patients, mais aussi de leur famille et ce depuis 2001, demeure la plus avancée. Son plan Alzheimer consiste  entre autres en des structures d’accueil particulièrement adaptées aux besoins des personnes âgées, des structures de « répit » sous forme d’unités d’hébergement renforcé et  de pôle d’activités et de soins adaptés. Le tout fait pour garantir l’accès aux soins à tout patient «dans le respect de ses droits fondamentaux», explique Me Olivier Poinsot, avocat et conseiller pour l’Agence française d’évaluation de la qualité des Etablissements et services médico sociaux.
On en est loin au Maroc. Tout d’abord, il existe un retard de diagnostic très important. Au Maroc, et dans la plupart des cas, les symptômes sont souvent mis sur le compte d’autres maladies, ou simplement sur le compte de l’âge.  Et même lorsque ces malades sont diagnostiqués, il n’y a pas  de suivi ni de parcours de santé. Il n’existe pas de structures spécialisées au Maroc, ni de centres d’accueil de jour et encore moins de structures de répit pour les aidants. Ce sont d’ailleurs les premiers constats désolants  de l’étude réalisée par Dr Kamal Bouisk et Mustapha Oudrhiri  pour la mise en place d’un programme de prise en charge médicale des personnes atteintes d’Alzheimer. Ses résultats se résument à la difficulté de prise en charge aussi bien dans la composante médicale de par la rareté des professionnels, que par le manque d’information sur la maladie. Tout aussi dramatique, la situation des aidants ou des proches des malades. L’étude a mis à nu les souffrances des parents de patients atteints d’Alzheimer. Ils sont sujets à de fréquentes dépressions et 60% d’entre eux vont décéder plus rapidement, résume Oudrhiri. A ces difficultés psychologiques s’ajoutent, les entraves financières. La maladie coûte très cher aux aidants puisque le patient souffre généralement d’autres maladies chroniques qui nécessitent de nombreux  traitements. En plus des médicaments, les patients ont besoin de soins à domicile qui nécessitent du matériel technique et une aide professionnelle. «C’est un véritable fardeau financier à la charge de la famille uniquement  sans aucune aide de l’extérieur sauf celle des associations dont les champs d'intervention sont limités.

Un centre à Ain Chock

Une première tentative de prise en charge des malades d’Alzheimer a vu le jour à Casablanca à travers le centre Albaraka Ain chock, initié et dirigé par l’Association de gérontologie  «espoir». A la base, il a été créé pour accompagner les personnes âgées qui rencontrent  des problèmes de santé. Rapidement, il s’est retrouvé comme un centre pour les malades d’Alzheimer. Tout en offrant un cadre convivial, il assure aussi une assistance médicale et devient un lieu de rencontre et de sensibilisation aux maladies dites de l’âge. Le centre dispose d’une équipe médicale assurant un suivi composé de deux médecins dont un gériatre, psychologues, kinésithérapeutes, psychomotricienne et des infirmiers.


Badra BERRISSOULE

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