Santé

Nouvel espoir pour les maladies auto-immunes
Entretien avec Patrice Cacoub, professeur de médecine interne à Paris

Par | Edition N°:3881 Le 04/10/2012 | Partager
L’interleukine 2 pourrait révolutionner les traitements classiques
A petites doses, elle apporte une bonne réponse immunologique
Une molécule déjà préconisée dans certains cancers

Administrée à petites doses, cette nouvelle molécule, l’interleukine 2 peut donner de bons résultats pour les maladies auto-immunes, indique le professeur Patrice Cacoub, qui ajoute qu’ils n’en sont, pour l’instant, qu’aux premiers essais

Patrice Cacoub, spécialiste de l’hépatite et Professeur de médecine interne à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris est derrière une approche révolutionnaire. Un nouveau traitement pour les maladies auto-immunes. La découverte est encore au stade académique et a été publiée en début d’année dans la revue américaine New England of Medicine. Cacoub était l’invité du Congrès de la médecine interne organisé dernièrement à Marrakech. Il y a présenté aussi les nouveaux traitements de l’hépatite C.
- L’Economiste: Les nouveaux traitements de l’hépatite C donnent-ils plus d’espoir de guérison?
- Patrice Cacoub: Oui, ils bouleversent totalement la donne. L’hépatite C comme vous le savez est une maladie potentiellement grave qui peut dégénérer en cirrhose du foie. Heureusement qu’elle est traitable. Actuellement, avec une combinaison de deux médicaments et une durée de traitement qui va de 6 à 12 mois, on guérit globalement près de 50% de malades. La nouveauté depuis quelques mois est l’introduction d’une trithérapie qui nous permet de passer d’un taux de guérison de 50% à près de 80%. Et la dynamique de recherche est bien lancée vu les progrès réalisés en 20 ans. On peut espérer légitiment guérir 100% des hépatites C dans l’avenir. Il reste encore des progrès à faire. Je pense notamment à la recherche sur les traitements sans interféron et à la réduction des durées de traitement.

- Ces nouveaux traitements seront-ils rapidement généralisés et introduits dans des pays comme le Maroc?
- A ma connaissance, la prévalence au Maroc de l’hépatite C dépasse 3 à 4 % avec plusieurs milliers de patients. Et ces nouveaux traitements donnent bien évidemment de l’espoir. Le Royaume a déjà introduit le fameux traitement à deux médicaments. Le processus va prendre évidemment quelques mois, le temps que les autorités sanitaires mettent les autorisations réglementaires en place. Il faut savoir que ce n’est pas parce que nous avons la trithérapie que l’on va enterrer la bithérapie. Avec les deux médicaments, on peut faire encore de très bons scores de guérison, notamment dans les pays qui, pour des raisons économiques, ne peuvent pas encore introduire les 3 molécules.
- C’est en faisant des recherches sur l’hépatite C que vous avez découvert une molécule pour le traitement des maladies auto-immunes. Comment définir ces maladies?
- Ce sont des maladies relativement rares au cours desquelles l’organisme des patients produit certaines substances qui vont attaquer ses propres cellules. En temps normal, il existe un grand nombre de cellules immunocompétentes qui représentent un système de protection, des lymphocytes régulateurs «T» qui permettent une balance et un équilibre. Dans les maladies auto-immunes, ces lymphocytes régulateurs ne remplissent plus leur fonction. 
- Comment y remédier?
- L’idée est d’essayer de booster la réponse immunologique pour faire monter les régulateurs. On a justement démontré que cela marche avec des petites doses d’interleukine 2. Cela fait 20 ans que l’on utilise cette molécule comme traitement dans certains cancers du rein et des mélanomes, mais avec une tolérance catastrophique. Elle ne peut être administrée qu’à faible dose pour une meilleure tolérance. Nos résultats ont prouvé que cette molécule a un potentiel énorme comme traitement anti-inflammatoire ou immuno-modulateur de nombreuses maladies auto-immunes. Nous restons confiants car, lorsque nous avons publié nos recherches et résultats au New England Medecine, une équipe américaine a publié des résultats identiques pour une autre modèle de maladies immunologiques.
Nous venons de démarrer un essai pour le diabète chez les jeunes avec des résultats probants. On va développer des essais thérapeutiques dans d’autres maladies auto-immunes pour essayer de confirmer ou non si ce traitement est révolutionnaire. Mais ayons de la retenue, il ne marchera pas partout…
- L’étape suivante?
- Pour l’instant, tout cela est au stade académique. L’industrie sera intéressée par ce produit lorsqu’on aura démontré que cette molécule est très porteuse. Pour ne rien vous cacher, nous avons monté une start-up en partenariat avec les fondateurs de cette recherche, l’université Pierre Marie Curie et l’Inserm pour gérer les partenariats futurs avec l’industrie.
- Comment définir les maladies rares ou orphelines et comment les détecter?
- Il y a une définition numérique de ces maladies rares, selon leur prévalence. Dès lors qu’il existe 1 malade sur 10.000, on estime que c’est une maladie rare. L’autre façon de voir les choses, est de dire que par maladie orpheline, on entend celle que l’on arrive difficilement à classer parmi les maladies dites générales. Dans un poumon ou dans un cœur, les maladies sont claires et touchent un seul organe alors que dans les pathologies rares, ces maladies touchent plusieurs organes en même temps. Généralement, ce sont les internistes ainsi que les spécialistes de l’immunologie qui détectent ces maladies. Evidemment, le processus traîne un peu, car les médecins spécialistes des organes ne connaissent pas vraiment la pathologie et les patients préfèrent, eux, épuiser les spécialistes avant d’aller ailleurs.


Propos recueillis par Badra BERRISSOULE

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