fermer
Accueil

L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mercredi 22 mai 2013,
En cours de chargement ...
Votre journal aujourd´hui

Immigration subsaharienne
11 ans d’attente et «d’espoir»
Pays de transit, le Maroc est devenu une destination permanente
Beaucoup d’entre eux espèrent une régularisation
Travail informel dans l’agriculture et le commerce ambulant

Immigration subsaharienne 11 ans d’attente et «d’espoir»

La majorité des immigrés subsahariens optent pour des emplois informels comme ouvriers ou vendeurs ambulants. Ils espèrent une régularisation pour prétendre à de meilleures opportunités de travail
 

   

ON les retrouve partout. Dans les coins de rue, sur les chantiers de construction… les immigrés subsahariens font du Maroc de plus en plus une destination permanente plutôt qu’un pays de transit comme cela a été le cas il y a quelques années. C’est en grande partie «parce qu’ils ne peuvent plus aller plus loin depuis le durcissement des politiques migratoires européennes et le contrôle plus renforcé aux frontières», a expliqué Mike Collyer, professeur à l’université britannique de Sussex, lors d’un séminaire organisé par le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger (CCME), hier à Rabat. Parmi cette communauté d’immigrants au Maroc, une grande partie est installée de façon irrégulière. Il s’agit là d’une question relativement récente au Maroc. D’où le besoin de disposer de données pour «cerner les contours de ce phénomène et de proposer des pistes pour élaborer des politiques dans ce domaine», a avancé Driss Yazami, président du CCME. C’est pour cela que le Conseil a réalisé une étude sur cette problématique, en partenariat avec d’autres organismes internationaux, grâce à un financement de l’Union européenne.
L’objectif est aussi de «sensibiliser autour des risques liés à la situation d’immigrants irréguliers», a noté Myriam Cherti, chargée d’études à l’Institut de Recherche sur les Politiques Publiques (IPPR), basé à Londres, qui a présenté les résultats de ce document de référence. Il en ressort que les profils des immigrants irréguliers au Maroc sont très variés. On retrouve des mineurs qui ont fait le trajet vers le Maroc sans être accompagnés d’un membre de leur famille. D’autres sont plus âgés et ont passé au Maroc de longues périodes allant jusqu’à 11 ans. Au sein de l’échantillon interrogé, la plupart des migrants sont jeunes et célibataires. Une grande partie d’entre eux «ont tendance à avoir une image exagérément romantique de l’émigration», peut-on lire dans le rapport. Or, «leur expérience laisse penser que la réalité de leurs conditions de vie au Maroc est très éloignée des attentes». Dans leur rapport avec les autorités marocaines, les immigrants subsahariens avancent que «la réponse de l’Etat à leur situation tend à être humanitaire, à court terme et en cas d’urgence». Néanmoins, le traitement réservé à cette communauté est plus rigide dans les villes frontalières comme Oujda, au moment où il y a une tolérance relative d’autres villes comme Rabat ou Casablanca. Récemment, certaines ONG sont montées au créneau pour dénoncer l’utilisation de la force contre les immigrants subsahariens dans la région de l’Oriental. Ceux qui ont pu traverser les zones frontalières vers le centre du pays ont généralement des activités. Il s’agit surtout de postes dans des secteurs caractérisés par l’emploi informel comme la construction, l’agriculture ou encore le commerce ambulant. La limitation des perspectives sur le marché de l’emploi est liée à leur situation irrégulière. Car les secteurs formels n’acceptent généralement d’employer que les immigrants disposant d’un permis de séjour valable. C’est pour cela que «plus de la moitié des personnes interrogées disent qu’elles seraient tentées de séjourner au Maroc en cas de régularisation de leur situation».
Pour le moment, les immigrés irréguliers estiment faire l’objet de discrimination au Maroc. Ce sentiment est perçu comme une situation quotidienne. Cela se traduit par « une inégalité dans l’accès à certains services, ou simplement de mauvais traitement». D’où le besoin ressenti par ces migrants de se regrouper en petites communautés, avec très peu de communication avec les populations locales. D’ailleurs, les résultats de l’étude montrent que la connaissance de la seule langue française a un effet limité en tant qu’outil d’intégration de ces migrants qui estiment que «la maîtrise de la langue arabe est indispensable». Cela s’étend également à la religion, dans la mesure où certains immigrés ont affirmé «avoir prétendu être des musulmans pour éviter la discrimination».


Mohamed Ali MRABI