Economie

Efficacité énergétique
Nous sommes loin des 12% d’économie

Par | Edition N°:3772 Le 27/04/2012 | Partager
50 audits énergétiques, «insuffisants»
La demande d’électricité croit de 8% par an

La feuille de route de l’efficacité énergétique, actée en 2009, prévoit en effet d’arriver à 15 % d’économies d’énergies en 2020 et 25%, dix ans plus tard

De l’invention de l’ampoule en 1875 à l’avènement de la fibre optique à la fin des années 70, la consommation mondiale d’énergie a été multipliée par 50. Au Maroc, la demande croit de 8% depuis près d’une décennie. A ce changement sans précédent, s’ajoutent la crise avérée du climat (concentration atmosphérique de CO2 et évolution des températures) et la hausse continue des prix de l’énergie.
Face à cette équation à plusieurs inconnues, les experts présents au séminaire sur l’efficacité énergétique, organisé le 24 avril à Casablanca par Massolia (lire entretien ci-dessous), sont unanimes: «l’efficacité énergétique c’est 60% de la réponse aux problèmes de l’énergie». Preuve, selon Vincent Bryant, ingénieur au département efficacité énergétique de GDF Suez Energie Services que «c’est la 4e énergie, après les fossiles, le nucléaire et les renouvelables».
Ce n’est donc pas un hasard, complète Ahmed Bouzid, responsable efficacité énergétique à l’Agence de développement des énergies renouvelables et efficacité énergétique (ADEREE), «si l’efficacité énergétique est retenue comme critère clef dans la stratégie énergétique du Royaume». La feuille de route de l’efficacité énergétique actée en 2009 prévoit en effet d’arriver à 15 % d’économies d’énergies en 2020 et 25%, dix ans plus tard. Un enthousiasme que ne partage pas Saïd Guemra, expert conseil chez Gemtech pour qui l’efficacité énergétique est déjà «un secteur négligé par les pouvoirs publics; Et c’est bien dommage». Pourquoi? «Malgré le fait que l’efficacité énergétique représente 60% du potentiel de réduction des consommations fossiles et gaz à effet de serre, elle n’a pas de valeur politique ajoutée». «Elle ne s’inaugure pas, contrairement à l’éolien ou au solaire», lance-t-il un brin provocateur.
Le Maroc s’est fixé l’objectif très réaliste d’une économie de 12% à l’horizon 2020, ce qui veut dire qu’on va cibler les projets les plus simples techniquement, notamment l’écrémage des premiers projets d’efficacité énergétique. A supposer que la facture énergétique reste figée à une moyenne de 60 milliards de DH/an, ce qui est fort optimiste vue la tendance haussière irréversible des prix de l’énergie, analyse Guemra, l’économie cumulée, hors inflation atteint 7,2 milliards de DH sur 8 ans, soit une moyenne de gains de 900 millions DH/an. Sachant que vue du côté investissement, «le temps de retour moyen des projets de classe 1 et 2 seraient tout au plus de 2 ans». Ce qui veut dire, poursuit-il, «que nous devons investir 1,8 milliard de DH/an, soit une moyenne de 5 millions de DH/jour, correspondant à la réalisation de huit à dix projets d’efficacité énergétique par jour, d’un coût moyen de 600.000 DH/projet».
Si sa démonstration est pertinente, la question se pose de savoir où en sommes-nous par rapport à ces chiffres. Les 50 audits énergétiques réalisés à ce jour par l’ADEREE «qui ne sont que des estimations du potentiel d’économie réalisable dans l’industrie et le bâtiment, sans aucune réalisation effective sur le terrain», suffisent-ils à approcher de l’objectif de 12% d’économie à réaliser à l’échelle nationale, s’interroge Guemra? De toute évidence, il est admis par la plupart des experts du secteur que pour atteindre la performance énergétique, l’efficacité énergétique doit associer une cohérence technique et performantielle. Pour cela, Amine Homman, DG de Cofely, filiale de GDF Suez spécialisée dans les services à l’énergie et à l’environnement, appelle à distinguer deux approches. Celle dite «passive, obtenue par le bâti, son inertie et la qualité de l’isolation thermique de l’enveloppe, ainsi que sa protection solaire en été, de l’efficacité énergétique active». Cette dernière intègre, selon Homman, une gestion technique du bâtiment par un système de contrôle en continu de la performance énergétique globale.
Yassine Sari, directeur général de DPI Ingénierie, spécialisé dans le montage technique et financier de projets énergétiques tranchera que «la valorisation de l’efficacité énergétique répond à une logique de service qui serait plus efficace quand il est précédé d’une ingénierie appropriée». Son plaidoyer est sans équivoque: «l’efficacité énergétique dans l’industrie, c’est avant tout une démarche d’ingénierie, c’est-à-dire de structuration, d’évaluation, d’audit, d’études d’impact avec pour objectif de s’inscrire dans la performance énergétique». Mais y parvenir, prévient Sari, «il faut aussi des composants, des procédés pour pouvoir confirmer cette efficacité énergétique».
In fine, résumera le DG de Cofely, que l’objectif de tout concept d’efficacité énergétique est de «consommer moins et mieux pour le même confort thermique», d’autant plus, que «l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas». En tout cas, cette première des quatre étapes au programme des Tribunes Massolia aura permis de (re)poser la question de pertinence de la stratégie de l’efficacité énergétique.


Bachir THIAM

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