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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

lundi 21 avril 2014,
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Le HCP veut mesurer le bien-être des citoyens
Des experts africains en conclave pour trouver des indices de mesure
Une «statistique citoyenne» au service des attentes des populations
Un programme de l’OCDE pour canaliser les efforts

   

Mesurer le bien-être des citoyens est le nouveau cheval de bataille du Haut-commissariat au plan (HCP), qui œuvre au «développement d’une statistique citoyenne, mise au service du développement économique, mais aussi des attentes des citoyens». Ahmed Lahlimi, Haut-commissaire au plan, a d’emblée donné le ton lors de la conférence africaine sur le bien-être, organisée conjointement par le HCP et le Centre de développement de l’OCDE, jeudi dernier à Rabat. Lahlimi a pointé le rôle essentiel des statistiques dans «l’amélioration de la pertinence des mesures et de l’analyse des politiques publiques, déterminantes du rapport entre la satisfaction des citoyens et le progrès économique». Car «la croissance n’est pas suffisante en elle-même. La cohésion sociale est également primordiale», a estimé de son côté Mario Pezzini, directeur du Centre de développement de l’OCDE. «Le PIB ne peut pas refléter le bien-être des citoyens. Car pour mesurer le niveau de satisfaction de la population, nous devons penser en termes de valeurs», a estimé Martine Durand, directrice de la statistique à l’OCDE. L’idée est «d’aller au-delà du PIB», explique-t-elle. Ceci est d’autant plus important pour les pays africains dont «la croissance moyenne a été remarquable sur les 10 dernières années, avec une moyenne de 6%», avance Pezzini. Toutefois, cette croissance ne se traduit pas forcément au niveau de la qualité de vie et des conditions matérielles des citoyens. Aujourd’hui, «les pays africains ont diversifié leurs partenariats, surtout avec le déplacement de la carte de la croissance vers le Sud et l’Est», note le directeur du Centre de développement de l’OCDE. Les relations des pays africains avec la Chine, l’Inde, le Brésil… sont de plus en plus importantes. «Toutefois, les modèles de développement mis en place sont essentiellement basés sur l’exploitation des ressources naturelles. Or, nous connaissons les limites de ces modèles, notamment en matière de durabilité, et ce qui en résulte en termes d’inégalités sociales», explique-t-il. De son côté, Lahlimi a affirmé que «les nouvelles opportunités d’investissement doivent prendre en compte le souci écologique et la durabilité des ressources». Cela passe, selon lui, par «la poursuite des grandes réformes structurelles. Les pays qui n’intègreront pas ces changements dans leurs modèles de développement n’auront qu’une place marginale sur la carte du développement durable». L’objectif est d’aboutir à concilier croissance économique et bien-être des citoyens. Le Haut-commissaire au plan, qui a évoqué deux études élaborées par son institution, notamment sur la mobilité sociale, et le bien-être dans la vie du citoyen, a fait savoir que «le progrès social est évalué par des mesures objectives, mais aussi par le ressenti de la population». Il a émis le souhait que «la statistique institutionnelle parviendra à prendre en charge la mesure de tous ces indicateurs». Car, «des statistiques transparentes et rigoureuses sont la base d’analyses multisectorielles pour détecter les causes du problème des inégalités sociales», a expliqué Pezzini. C’est dans cette optique que l’OCDE a lancé le programme «Pour une vie meilleure», afin de développer la mesure du bien-être dans les pays de l’Organisation. Ce programme met l’accent sur la situation des ménages, et place la satisfaction des citoyens au cœur de la démarche. Trois facteurs sont passés à la loupe pour déterminer le niveau du bien-être des populations. Il s’agit d’abord de la qualité de vie, notamment en matière de santé, d’éducation, de travail, de relations sociales… A cela s’ajoutent les conditions matérielles, reflétées par le revenu, la qualité du logement…
Le troisième volet est relatif à la dimension de soutenabilité qui s’intéresse à la préservation du capital humain, environnemental et économique. Parallèlement, l’OCDE a lancé une plateforme d’échanges sur la mesure du bien-être, avec un indice baptisé Your better life index. Cette plateforme virtuelle, Wikiprogress, «permet de dialoguer avec les citoyens à travers le monde, en leur donnant le moyen de mesurer le niveau du bien-être dans leur pays, grâce à des indicateurs pertinents et facilement compris», a avancé Durand. L’échange avec le public est également favorisé grâce à un réseau de correspondants de l’Organisation, en plus d’un réseau de chercheurs qui mènent des études sur cette thématique.

Nouvelles idées

La Conférence africaine sur la Mesure du bien-être et du progrès des sociétés constitue la troisième étape dans le processus de préparation du 4e forum mondial de l’OCDE, qui se tiendra en octobre prochain à New Delhi, en Inde. A l’instar des autres étapes, notamment au Mexique et au Japon, la rencontre de Rabat a été l’occasion d’approfondir la réflexion sur les mesures du bien-être, et de permettre aux nouvelles idées de jaillir. Elle devait également engager le lancement d’un réseau africain du bien-être, après ceux mis en place en Amérique latine et en Asie Pacifique.

 

Mohamed Ali MRABI