Economie

ONG: Bientôt le grand ménage

Par | Edition N°:3752 Le 30/03/2012 | Partager
97% d’entre elles ne présentent aucun document sur leur gestion
10% concentrent 80% des subventions
Un projet de loi sur leur participation à la législation prêt dans 7 mois

Selon Lahbib Choubani, ministre des Relations avec le Parlement et la société civile a annoncé que, son département est «en train de collecter des informations pour mettre en place une banque de données sur les associations qui sera accessible à tous les citoyens»

«LE gouvernement est convaincu que la consolidation des acquis démocratiques du Maroc ne peut être garantie sans une société civile forte et expérimentée». Lahbib Choubani, ministre des Relations avec le Parlement et la société civile, a d’emblée précisé son orientation, lors d’une table ronde sur le «rôle des associations dans la législation», organisée par l’Observatoire national des droits de l’électeur, mardi dernier à Rabat. Néanmoins, la mise à niveau du réseau associatif est capitale pour répondre aux nouvelles exigences.
Aujourd’hui, «des milliers d’associations existent à travers le pays. Mais le manque d’expertise dans la relation avec les autorités est flagrant», a noté le ministre. Pour lui, «cette nouvelle étape nécessite une société civile indépendante, qui ne recherche pas des gains». En effet, la gouvernance est l’un des principaux chantiers sur lesquels compte s’atteler le département de Choubani. Cela concerne notamment les volets de la démocratie interne et du financement public. «Le gouvernement précédent a préparé des données qui traduisent les dysfonctionnements dont souffre le tissu associatif», a avancé le ministre.
Une étude du Haut commissariat au plan, datant de 2007, a montré que les associations ont bénéficié d’un financement de près de 8,8 milliards de DH. «Près de 80% de ce montant a été destiné à seulement 10% d’entre elles», a déploré Choubani. Pire, la même étude a relevé que 97% des associations ne présentent à l’Etat aucun document concernant leur gestion financière. «C’est pour cela que nous sommes en train de collecter des informations pour mettre en place une banque de données, qui sera accessible à tous les citoyens», a annoncé Choubani. L’indépendance des associations est également pointée du doigt. En effet, «nous sommes souvent face à des associations où s’imbriquent le civil et le politique.
Plusieurs structures sont créées notamment pour recruter des électeurs», a déploré pour sa part Abdallah Bakkali, député de l’Istiqlal. Pour lui, «il est important de déterminer si la société civile est suffisamment expérimentée et crédible pour assumer sa mission de force de proposition en matière législative». Des constats qui semblent être peu appréciés par les représentants des associations, comme Khadija Merouazi, secrétaire générale du Médiateur pour la démocratie et les droits de l’Homme. «Lorsque nous nous mobilisions pour la défense de certaines causes comme celles des prisonniers, personne ne s’intéressait à notre aptitude. Pourquoi ce problème se pose aujourd’hui?», s’est-elle interrogée. Pour la militante associative, «les dysfonctionnements sont un phénomène transversal qui touche tous les secteurs». Elle n’a pas hésité à critiquer l’orientation de Choubani. «Il ne faut pas perdre le temps dans des débats relatifs à la gouvernance. Vous devez vous atteler aux véritables chantiers relatifs à l’élaboration des textes législatifs pour concrétiser les dispositions constitutionnelles sur la société civile», a-t-elle martelé. En tête, la mise en place de la loi fixant les modalités de participation des associations à la législation. Ceci est d’autant plus important que cette réglementation devra accorder aux associations un cadre institutionnel pour véhiculer les attentes des citoyens.
  «Lors du déclenchement du printemps arabe, la société civile n’a pas trouvé des voies institutionnelles pour exprimer ses doléances. C’est pour cela qu’elle a choisi de manifester dans la rue, pour des sujets qui devaient être débattus au Parlement», a expliqué Tarik Atlati, président du Centre marocain des études stratégiques. «La préparation de ce texte doit passer par un débat public, permettant de réunir les propositions des différents intervenants, mais aussi les bonnes pratiques au niveau international», a noté Bakkali.
C’est l’orientation que semble adopter le département de Choubani, qui a appelé les associations à présenter leurs propositions, avant de lancer un débat dans les régions, pour ensuite passer au niveau national». Les Marocains résidant à l’étranger seront également impliqués.
L’objectif est d’aboutir à un texte qui reflète une vision commune dans près de 7 mois. Certaines associations sont déjà à l’œuvre, comme l’Observatoire national des droits de l’électeur. Son président, Khalid Trabelsi, a fait savoir qu’un rapport, en cours d’élaboration, sera transmis aux différents intervenants.

 

Mohamed Ali MRABI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc