Analyse

Le Ramed, une manne pour l’industrie pharmaceutique
Le générique s’adjuge la part du lion

Par | Edition N°:3744 Le 20/03/2012 | Partager
Le segment représentera 90% des achats de médicaments
Les génériqueurs tablent sur un marché de 2 milliards de dirhams

En 2011, le chiffre d’affaires de l’industrie pharmaceutique s’est élevé à 8,3 milliards de DH, dont 2,5 milliards pour les génériques

Les génériqueurs se frottent les mains. Le programme Ramed constituera une manne pour l’industrie. En effet, sur les 2,3 milliards de dirhams dont le dispositif sera doté, ils vont s’accaparer environ 90%.
C’est le pourcentage que représentent en moyenne les achats publics de médicaments. La tutelle devra reconduire le même schéma d’approvisionnement. L’objectif étant d’assurer la pérennité du système Ramed.
Sur les 2,07 milliards de dirhams que représentent les achats de génériques, 70% seront consacrés à l’achat de médicaments destinés aux maladies chroniques telles que l’hypertension, le diabète, le cancer ou encore l’insuffisance rénale.
Malgré l’extension du marché du générique via le programme Ramed, les  professionnels ne s’attendent pas à faire de gros gains sur les ventes. «Les génériqueurs commercialisent tous les mêmes produits. Et en raison de la procédure des appels d’offres, les prix vont forcément baisser. D’ailleurs, les marges bénéficiaires pratiquées pour les appels d’offres varient toujours entre 2 et 3%», affirme Mohamed Houbachi, président de l’Association marocaine du médicament générique (AMMG). Toujours est-il que le chiffre d’affaires réalisé par l’industrie du générique à fin 2011 a atteint 2,5 milliards de dirhams, contre 5,7 milliards pour le princeps. En 2011, la production de génériques a atteint 87 millions de boîtes contre 206 millions pour le princeps.
Le programme Ramed démarrera progressivement. Le budget alloué à l’achat des génériques ne sera pas dépensé d’un seul coup. Le dispositif n’étant pas encore intégralement déployé. Mais les opérateurs s’attendent au lancement des premiers appels d’offres pour l’achat de médicaments dès avril prochain. L’effet Ramed ne sera donc pas immédiat. «Il faudra attendre 2013 pour que le dispositif atteigne sa vitesse de croisière», estiment les professionnels.
Sur un tout autre registre, les génériqueurs qui montent en puissance, puisqu’ils représentent un peu moins de 30% du chiffre d’affaires de l’industrie pharmaceutique, entament une opération de promotion. L’objectif est d’améliorer l’image du générique auprès des praticiens et des patients.
L’efficacité du générique ne fait pas encore l’unanimité auprès des praticiens ni des consommateurs. Pourtant, ces médicaments sont bien assortis de leur bioéquivalence.
Plusieurs polémiques éclatent encore au sujet des génériques. De l’avis du président de l’AMMG, «l’innovation a atteint ses limites dans les laboratoires de princeps. Par conséquent, ces industriels se focalisent sur leurs acquis pour maintenir leur chiffre d’affaires. Pour y arriver, ils recourent à la rumeur contre le générique ou à la réglementation». L’Anti-Counterfeiting Trade Agreement (ACTA) constitue une des mesures réglementaires de nature à freiner la percée du médicament générique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’AMMG vient d’enclencher un lobbying auprès du Parlement. L’objectif étant de convaincre les élus de ne pas ratifier le traité d’ACTA. «Ce traité antisocial privera les patients marocains d’accéder à des médicaments à moindre coût et devra retarder l’introduction des génériques au Maroc de quatre à cinq ans», prévient Houbachi. Après le courrier adressé au Parlement, l’AMMG envisage maintenant d’interpeler les groupes parlementaires des deux chambres.

2 centres de bioéquivalence en projet

La bioéquivalence ne pose pas de problème pour exporter, notamment en  Arabie Saoudite. Deux centres ont même réalisé les investissements nécessaires pour pouvoir effectuer les démarches de bioéquivalence des génériques qui étaient confiées à des laboratoires installés à l’étranger. «Notre investissement permettra de générer des économies de devises puisque nous serons aux mêmes standards internationaux», explique le responsable d’un des deux centres de bioéquivalence en cours de création. Toutefois, l’entrée en service de ces derniers reste suspendue à l’adoption du décret sur les essais cliniques. Le texte est en cours d’examen au Secrétariat général du gouvernement. «Aujourd’hui, les professionnels demandent la mise en place d’une politique volontariste pour favoriser la consommation du générique, car tous les moyens utilisés jusqu’à présent ont montré leurs limites», suggère-t-on auprès des génériqueurs. En clair, il s’agit d’élaborer une politique d’encouragement de  délivrance et essentiellement de prescription de médicaments génériques.

Hassan EL ARIF

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