
Saâd Eddine El Othmani et Taïeb Fassi Fihri, respectivement nouveau et ex-chef de la diplomatie marocaine, feront-ils le déplacement ensemble à Manhasset pour le 9e round des pourparlers informels sur le Sahara?
LES 11, 12 et 13 mars prochain, Maroc, Algérie, Mauritanie et Polisario se retrouveront à Manhasset dans la banlieue de New York pour un nouveau round de pourparlers informels sur le Sahara.
Ce 9e round se tient dans un contexte particulier. Même si l’ordre du jour n’a pas été révélé, les observateurs en attendent peu de choses. Certes, il y a aujourd’hui de nouvelles donnes qu’il faut prendre en considération, à commencer par l’arrivée d’un nouveau gouvernement. Ce dernier, issu des urnes, est conduit par le Parti justice et développement (PJD) dont le secrétaire général est le chef de gouvernement qui a attribué le portefeuille des Affaires étrangères, jusqu’alors considérées comme un ministère de souveraineté, au président du conseil national de son parti, Saâd-Eddine El Othmani. La délégation marocaine, dont on n’a pas encore annoncé la composition, sera certainement conduite par le nouveau chef de la diplomatie marocaine. Une question: son prédécesseur, Taïeb Fassi Fihri, qui a acquis une parfaite maîtrise du dossier après avoir participé aux rounds précédents, sera-t-il de la partie? Ses nouvelles fonctions de conseiller de SM le Roi ne l’en empêchent en aucune façon. La présence de Fassi Fihri parmi la délégation marocaine peut même être un atout: il connaît fort bien tous les interlocuteurs du Maroc et est au fait de leur façon de mener les négociations et aussi des résultats auxquels ont abouti les rounds précédents. Mais le Pjidiste El Othmani acceptera-t-il de l’associer à cette délégation?
Peut-être. Certains observateurs estiment que Fassi Fihri pourrait être d’une «grande utilité» pour El Othmani. En fait, les deux hommes peuvent être complémentaires: Fassi Fihri a l’expérience des négociations avec les membres du Polisario qu’El Othmani n’a jamais rencontrés, alors que l’actuel titulaire du portefeuille des Affaires étrangères est au fait des dernières positions tant de l’Algérie que de la Mauritanie à la suite de ses rencontres avec les présidents Abdelaziz Bouteflika et Mohamed Ould Abdelaziz. En plus de celles avec le président tunisien, Moncef Marzouki et d’autres chefs d’Etats africains lors de son voyage à Addis Abeba qui a coïncidé avec la tenue du Sommet de l’Union africaine.
En tout état de cause, El Othmani est connu pour être un homme qui ne s’arrête pas à ces considérations, somme toutes basiques, et s’il estime en avoir besoin, il n’hésitera pas à faire appel à son prédécesseur. La présence de Fassi Fihri dans la délégation marocaine n’est donc pas à exclure. Le poids de la grande expérience qu’il a acquise à la tête de la diplomatie marocaine en plus de son nouveau titre de conseiller royal donneront plus de «crédibilité et de liberté décisionnelle à la future délégation». C’est du moins ce qu’estiment de nombreux observateurs et même des personnalités proches du dossier du Sahara.
L’autre question, et certainement la plus importante, que l’on se pose, c’est si ce nouveau round va aboutir à un quelconque résultat concret. Une question à laquelle il est encore difficile de répondre. Toutefois, analystes et observateurs voient dans le dégel constaté ces derniers jours dans les relations maroco-algériennes un espoir sur le chemin d’un règlement définitif de la question du Sahara. D’ailleurs, lors de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), il a été préconisé de «contourner» cette question pour redynamiser le Maghreb Arabe. Le Maroc avait déjà et à plusieurs occasions réitéré sa «détermination à poursuivre son engagement actif avec l’Envoyé personnel de l’ONU, Christopher Ross, pour favoriser une solution politique rapide qui puisse respecter la souveraineté du Royaume et qui permettrait, de ce fait, de relancer la construction du Maghreb». Reste que la balle est toujours dans le camp de l’Algérie. C’est à ce pays de «mesurer et d’évaluer à leur juste valeur les risques et les dangers de la non-intégration maghrébine», estime une source proche du dossier.
Défis
«UN Maghreb stable, fort et économiquement intégré est toujours possible», estime-t-on dans les milieux politiques et diplomatiques. Et il peut être à même de surmonter les défis qui l’interpellent, particulièrement dans son voisinage subsaharien secoué ces derniers temps par de sérieux soubresauts d’insécurité qui menacent la stabilité, non seulement en Afrique du Nord, mais également au-delà, dans la bande sahelo-saharienne. Mais il faut dépasser les rivalités partisanes et surtout mettre fin au conflit du Sahara, souligne-t-on.
Jamal Eddine HERRADI