Société

Plongée au cœur de l’héritage Bourdieu

Par L'Economiste | Edition N°:3723 Le 20/02/2012 | Partager
Regain d’intérêt pour les travaux du célèbre sociologue, 10 ans après sa mort
Mieux comprendre le printemps arabe et la crise économique

L’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat (EGE) a rendu hommage dernièrement au sociologue Pierre Bourdieu, décédé il y a 10 ans. Disciples, penseurs, chercheurs et étudiants se sont retrouvés pour échanger autour du père des habitus et de l’auto-socio-analyse

A la lumière de la crise économique européenne et du printemps arabe, l’œuvre  du «sociologue politisé» Pierre Bourdieu (1930-2002) connaît enfin son heure de gloire. Lui qui entretenait avec les médias une relation de condescendance réciproque (et c’est un euphémisme!) est aujourd’hui érigé en héros. Dans un hommage qui lui a été rendu à l’Ecole de gouvernance et d’économie (EGE) de Rabat récemment, les intervenants sont revenus sur les raisons de cet engouement. Jean Zaganiaris, enseignant chercheur au centre de recherche sur l’Afrique et la Méditerranée, en voit deux. «La première est directement liée  au contexte géopolitique actuel. Nombre de ses théories aident à comprendre l’évolution du contexte mondial, qu’il s’agisse des manifestations dans le monde arabe ou de la crise gréco-européenne». Pour Joseph Hivers, doctorant à l’Institut d’études politiques de Lausanne (IEPI), avoir recours à Bourdieu pour comprendre un mouvement de contestation comme celui du 20 février peut être très intéressant. «Il s’agit d’un mouvement né de l’une des formes de violence symbolique, connue au Maroc sous le terme de la ‘‘hogra’’». La violence symbolique étant un concept bourdésien, en opposition à la violence physique. Zaganiaris renchérit en expliquant que «ce mouvement fait référence à des concepts auxquels Bourdieu s’est intéressé quelques années plus tôt, comme le chômage ou la redistribution équitable des richesses». Au niveau mondial, ses contestations des années 90 sont tout autant à la mode. Dans «La misère du monde» (1993, éditions du Seuil), il décriait les inégalités sociales, et pointait du doigt des problématiques qui s’inscrivent toujours dans l’actualité comme l’immigration.
Dans «Contre-feux» (1998, Raisons d'agir éditions), se sont les dérives du néolibéralisme qui sont «à l’honneur», et cet héritage permet de jeter un regard nouveau (quoique posthume) sur la crise des subprimes par exemple. 
Pour expliquer ce retour en force médiatique de Bourdieu, Zaganiaris a aussi évoqué l’action de personnes l’ayant connu ou apprécié, et qui veulent le mettre au goût du jour pour fêter le dixième anniversaire de son décès dignement. L’édition de son livre sur l’Etat qui compile les cours qu’il donnait au Collège de France pourrait en témoigner. Ce qu’il faut rappeler aussi, c’est que ce sociologue est «le deuxième sociologue français le plus cité dans le monde, après Foucault».
Pascale Laborier, professeur de sciences politiques à l’université de Nanterre, met tout de même en garde contre l’excès de zèle des «disciples» de Bourdieu. En effet, des théories dont il n’a jamais proclamé la paternité lui sont parfois alléguées car, dit-elle, «il s’agit d’une matière encore vivante, et l’émotion qui l’entoure ne facilite pas la lecture objective de ce grand sociologue».


R. A. et M. B.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc