
(Source: Ministère des Finances)
L’amélioration du niveau des recettes fiscales n’aura pas suffi à dissiper les inquiétudes. Avec un déficit budgétaire de 6,5%, un niveau jamais atteint depuis longtemps, un compte courant de la balance de paiement à -6,5%, la situation des finances publiques est critique. La question d’un recours à un emprunt international se pose avec insistance, celle d’une reforme de la compensation, d’une réduction du train de vie de l’Etat aussi
Le nouveau ministre des Finances Nizar Baraka a été formel: le gouvernement n’a pas l’intention de dévaluer le dirham. La déclaration a été faite lors de la conférence de presse sur l’exécution du budget de 2011, donnée hier à Rabat. Le Dirham est lié à un panier composé de 80% en euros et 20% en dollars. Le taux de change de référence n’a pas bougé. Et l’essentiel de nos importations, constituées en pétrole et céréales, sont stables. Donc, il n’y aura pas d’impact sur le niveau d’importation. Au contraire, cela pourrait entraîner des charges de la facture. Pour le ministre, «une éventuelle dévaluation ne boostera pas les exportations, à cause de la crise internationale». Sur le changement de taux de croissance entre celui de 5,5% avancé dans le programme gouvernemental et celui revu à la baisse à 4,2% annoncé à l’issue du dernier Conseil des ministres, le ministre des Finances s’est voulu rassurant, en précisant que le 5,5% était un objectif. Pour convaincre, il a donné l’exemple de 2010 lorsque le gouvernement avait réalisé un taux de 3,5% alors que la moyenne de la législature a été estimée à 4,8%. Une accélération de la politique d’exportation et la reprise des investissements pourraient relancer la machine. Nizar Baraka a annoncé un prochain investissement du Canadien Bombardier. Cela permettrait d’atteindre une croissance de 5,5%. Il a rappelé que les agences de notation et le FMI attirent l’attention de notre pays sur l’importance du rétablissement des équilibres macro-économiques. Toutefois, ils font confiance au gouvernement sur ses capacités à le réaliser. Il reste que certains indicateurs sont au rouge. Le niveau de déficit atteint est estimé à 6,1% du PIB. Comme nous l’avions annoncé en exclusivité dans notre édition du 13 février. Le déficit commercial s’élève à 37,1 milliards de DH. Sans parler du compte courant de la balance de paiement par rapport au PIB qui a été de moins 6,5% en 2011 contre moins 4,5% en 2010. Cela montre que l’Etat vit au dessus de ses moyens.
En tout cas, le projet de loi de Finances pour 2012 n’est pas encore finalisé. Ses grandes lignes ont été présentées au Souverain lors du dernier Conseil des ministres. Reste son adoption par le Conseil de gouvernement. Il faudra attendre au moins deux semaines avant de le boucler et le présenter au Parlement. Pour l’heure, le texte est en cours d’actualisation, pour reprendre l’expression de Idriss Yazami, ministre délégué chargé du Budget. Et pour cause, un travail d’adaptation technique se fait actuellement. Il faut prendre en compte plusieurs données. Ainsi, le retard de la pluviométrie et la vague de froid ayant affecté certaines zones vont se traduire par un recul de la campagne agricole par rapport à l’année écoulée. Il faudra également tenir compte de la baisse des investissements étrangers et de l’attentisme qui a prévalu au cours des derniers mois. En plus, la situation internationale est mauvaise, à cause d’une récession des pays européens, avec le FMI qui a révisé leur taux de croissance. D’autant plus que la relation entre l’évolution du marché européen et les exportations est étroite.
L’autre point important a trait au Fonds de solidarité nationale qui sera créé dans le cadre de la loi de Finances pour 2012, sachant qu’il figurait dans la mouture retirée du Parlement par l’ancien gouvernement.
L’objectif est d’assurer une équité dans l’effort de solidarité. Les couches que ne ciblent pas la Caisse de compensation doivent restituer les subventions. Ce fonds servira également à généraliser le Ramed. Reste l’épineuse question des sources de financement. Officiellement, la réflexion est en court. Le ministère travaille sur la base de la contribution solidaire. Il est à préciser que l’ancienne mouture avait prévu un financement basé sur la contribution forfaitaire de certains secteurs notamment les banques, les assurances et les télécoms. Pour le ministre, il ne s’agit pas de stigmatiser certains secteurs. L’idée est de trouver des critères objectifs pour éviter de mettre certains secteurs contre d’autres, souligne Azami.
Nouveaux bailleurs de fonds
Actuellement, le Maroc a accès à de nouveaux bailleurs de fonds. En juillet dernier, il a rejoint le partenariat de Deauville, lui permettant de bénéficier, au même titre que l’Egypte, la Tunisie et la Jordanie, d’une enveloppe de 80 milliards de dollars sur la période 2011-2013. Ainsi, 40 milliards seront à mobiliser auprès des pays membres du G8 et 38 milliards auprès des institutions financières régionales et internationales. Si le Maroc a adhéré au partenariat de Deauville, il a aussi lancé la coopération avec la BERD dans ce cadre. Le Conseil d’administration a donné son aval pour que cette banque intervienne au Maroc à partir des Fonds de coopération. Ainsi, Rabat bénéficiera avec l’Egypte, la Tunisie et la Jordanie des Fonds de coopération d’une enveloppe globale de 2,5 milliards d’euros entre 2012 et 2015, sous forme d’assistance technique dans un premier temps et de financements directs par la suite. A cela s’ajoutent les fonds arabes et ceux des pays du Golfe. A cela s’ajoute la possibilité de recourir au marché financier international. Pour Nizar Baraka, le niveau d’endettement, estimé à 52,9% du PIB, est soutenable.
Mohamed CHAOUI