
Huit régions sur seize se partagent le marché à hauteur de 73% des ventes à fin 2011. Le Grand Casablanca et Tanger-Tétouan se placent respectivement au 1er et 2ème rang avec 15 et 11% de la consommation nationale
QUI a dit que l’informel nuisait aux entreprises structurées ? Sûrement pas les cimentiers qui se frottent les mains après une année 2011 de toutes les euphories. Les professionnels parlent « d’explosion » de la consommation. Mieux encore, ils finissent le mois de janvier sur un bond de 25%. Assouplissement des conditions d’octroi des autorisations, auto-construction, habitat clandestin, informel… le tout sur fond d’une année électorale : Ce sont-là autant d’explications du boom des ventes avancées par l’Association professionnelle des cimentiers (APC). La corporation se dit surprise de cette croissance de 10,7% à fin 2011. Une évolution supérieure à ses prévisions qui tablaient au meilleur des cas sur 5 à 6%. En effet, le flottement est attribué au contexte politique qui a conduit à de nombreuses dérives. Dans son édition du 9 décembre dernier, L’Economiste avait révélé un ensemble de pratiques non réglementaires, notamment des constructions non autorisées. «De sources concordantes auprès des cimentiers, les autorisations de construction ont été octroyées avec plus de souplesse et les autorités auraient fermé les yeux sur des irrégularités dans l’acte de bâtir!». L’APC confirme ces informations: «Des milliers de logements auraient été construits un peu partout dans le pays, en zone rurale, en montagne et dans le péri-urbain surtout ». Plusieurs cas ont été répertoriés notamment à Agadir, Tanger-Tétouan, Casablanca, Marrakech, Béni Mellal et El Brouj.
Faute de visibilité, les observateurs avaient attribué cette croissance à une éventuelle reprise des grands chantiers et des programmes de logements. Toutefois, « la production réelle de logements en 2011 était assez faible à peine 50% des 120.000 logements, en plus d’une baisse des crédits bancaires octroyés». Ainsi, la principale explication de l’accroissement de la consommation est à imputer à l’informel.
La hausse des ventes survenue en 2011 a été précédée par une importante stagnation en 2010 (+0,33%). La consommation totale a été de plus de 16 millions de tonnes, soit 500 kg par tête d’habitant. Théoriquement, chaque Marocain a consommé 38 kilos de plus qu’en 2010. Un pic de production a été enregistré pendant le mois d’octobre (1,6 tonne). Le taux d’accroissement de la décennie est de 7,2% contre 2,4% pour les années 80 et 4,7% pour la décennie 90. Les ciments de type CPA 55 et CPJ 45 ont connu une réelle percée. Ils ont représenté 61% des ventes.
En janvier dernier, 1,57 million de tonnes de ciment ont été écoulées. La croissance de la consommation est habituellement enregistrée en janvier. Toutefois, elle reste particulièrement importante cette année (25%). Côté répartition géographique, d’importantes hausses ont été enregistrées dans les régions de Guelmim-Es-Smara et Tadla-Azilal. La performance de la région de Tadla-Azilal s’explique par l’avancement des travaux de l’autoroute Berrechid-Beni Mellal destinée à relier la région au réseau autoroutier. La mise en service de ce tronçon autoroutier (172 km de longueur) est prévue pour 2013. Seules les régions d’Oued Ed-Dahab-Lagouira et Taza-Al
Houceima-Taounate affichent une baisse de leur consommation (respectivement 21,73 et 17,98%). Casablanca demeure à la tête des ventes, de Marrakech-Tensift et Haouz. La région de Sous Massa-Draa arrive en troisième position. Elle a consommé plus de 127.970 tonnes de ciment. La dynamique que connaissent les régions du Nord, notamment avec l’usine de Renault et le port de Tanger Med, a permis aux deux villes de Tanger et Tétouan d’écouler plus de 127.152 tonnes.
Ilham BOUMNADE